L'APPLICATION DE LA PEINE DE JWORT
Par M. PROU
C'est une opinion généralement admise que les rois mérovingiens disposaient à leur gré de la vie de leurs sujets. Fustel de Coulanges a représenté ces rois comme des monarques absolus, « comme des princes qui font tout ce qu'ils veulent ' ». t Tous ces rois, même les meilleurs, mettaient à mort les hommes qui leur déplaisaient, fussentils parmi les plus grands, fussent-ils de race franque 2 . »
Fustel de Coulanges, tout en constatant que les rois mettent à mort ceux de leurs sujets qui leur déplaisent, ne dit pas que ce soit là leur droit ; il indique seulement une manière d'agir sans se prononcer sur sa légitimité. On pourrait donc souscrire à son opinion si les faits qu'il allègue, à savoir l'histoire de Boantus, celle de Magnovald et celle de Chundo, nous montraient le roi n'obéissant qu'à sa fantaisie. Mais, à vrai dire, de tout le chapitre consacré par Fustel de Coulanges à l'étude du pouvoir royal, il résulte plutôt qu'il considérait les rois mérovingiens comme ne dépassant pas les limites de leur droit quand ils ordonnaient sans motif légal le meurtre d'un de leurs sujets.
Pour établir que le monarque franc peut frapper de mort l'un de ses sujets, on cite 3 d'abord l'anecdote dite du vase de Soissons, trop
i. Fustel de Coulanges, Histoire des institutions politiques de ^ancienne France. La monar' chie franque (1888), p. 122.