‹ Etudes d'histoire du moyen ageChapitre 9 sur 326 · Fustel de Coulanges, Ibid., p · texte numérisé non relu

Fustel de Coulanges, Ibid., p

3. Parmi les textes que nous examinerons, quelques-uns ont été cités par M. Paul Viollet,

connue pour qu'il soit nécessaire de rapporter dans son entier le récit de Grégoire de Tours 1 . Il suffira d'en rappeler les traits essentiels. Les soldats de Clovis avaient enlevé les ornements d'une église et spécialement un vase d'une beauté singulière. L'évêque envoya des messagers au roi demandant que, si son église ne pouvait recouvrer les autres vases sacrés, on lui rendît au moins celui-là. Le moment venu de partager le butin, le roi pria ses guerriers de lui accorder, en dehors de sa part, le vase précieux. L'un des guerriers brisa le vase, disant au roi : « Tu n'auras que ce que le sort t'assignera. » Le roi ne répliqua rien. Mais l'année suivante, à la réunion du Champ-de-Mars, il retrouva le guerrier qui avait brisé le vase, et, après lui avoir reproché le mauvais état de ses armes, il le frappa de sa hache. Aucun des guerriers ne protesta.

Reléguer cette anecdote au nombre des légendes ne serait pas l'expliquer. D'ailleurs, quand même elle aurait été inventée de toutes pièces, elle n'en aurait pas moins de valeur au point de vue historique puisqu'elle doit être en accord avec les mœurs du vi c siècle et refléter Tidée qu'on se faisait en ce temps-là du pouvoir royal. Sa réalité objective n'importe guère. Elle est vraisemblable et nous croyons pouvoir affirmer que non seulement elle concorde avec tout ce que nous savons par ailleurs des coutumes guerrières des Francs, mais aussi qu'elle ne permet pas de conclure à un droit de vie et de mort absolu, et subordonné au seul bon plaisir, de la part du roi sur ses sujets.

Que Clovis ait désiré être agréable à un évêque, voilà qui n'est pas surprenant et qui était de bonne politique. Les évêques n'étaient-ils pas en fait les chefs des cités ? Ils représentaient la population qui les suivait. Gagner l'évêque c'était gagner la cité. Mais les guerriers avaient un droit sur le butin. Ce qui est bien marqué par la lettre de Clovis aux évêques du royaume Wisigothique 2 . C'était là un véritable droit de propriété se rattachant au droit privé. Ainsi s'explique le silence de Clovis en présence de l'opposition que lui fait un seul

Histoire des institutions politiques et administratives de la France, t. I, p. 212, à l'appui de

celte phrase : « Chez les Francs la juridiction souveraine qui appartient au roi, emporte un

droit absolu de vie et de mon : le roi peut meure à mort un de ses sujets de piano, sans aucune forme de procès»». M. Paul Viollet n'entend pas dire que les rois pouvaient» sans excéder leur droit, se mettre en désaccord avec la loi ou la coutume ; mais bien plutôt qu'il leur était loisible d'ordonner de leur propre autorité et, en dehors de toute assemblée judiciaire, l'exécution de tout criminel qui, en vertu de la loi ou de la coutume, était passible de la peine de mort.

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