HISTORIETTES DE TALLEMANT DES RE AUX
mencement ; il prend date de Henri IV, et c'est pour nous apprendre qu'il avait le pied et le gousset fins, qu'il n'était pas grand abatteur de bois, et autres choses de cette espèce , que fort heureusement nous pouvons transcrire sans danger d'être compris là où nous ne voudrions pas l'être. Après Henri IV vient l'inévitable pendant du bon roi, l'austère Sully, comme on dit, que, depuis une cinquantaine d'années surtout, l'histoire semble avoir pris tout fait des mains du panégyriste. Tallemant porte quelques atteintes passablement rudes à cette réputation académique, qu'il faudrait en effet réduire à ses véritables proportions et à son allure un peu maussade. Tout ce qu'il en raconte est loin d'être à sa louange ; mais voici un trait de son humeur qui nous réconcilierait avec lui. Le surintendant, qui ne se tourmentait pas autrement d'être trompé par sa femme., fit construire un escalier séparé pour conduire à son appartement, et lui dit : ii Madame, faites monter les gens que vous a savez par ce chemin ; car si j'en rencontre g quelqu'un de mon côté , je lui ferai sauter « toutes les marches. a À ce propos, vous vous rappelez ce duc de Guise, qu'un drame moderne nous a représenté si jaloux, si féroce, si barbe-
si
bleue ; eh bien! il a son conte aussi dans ce recueil, et un conte qui embellit singulièrement cette physionomie qu'on avait défigurée à plaisir. Un de ses amis voulait l'éclairer sur la conduite de sa femme, et lui demandait conseil de ce qu'il devait faire, comme s'il s'agissait d'un autre : « Pour moi, répondit le Balafré, je « poignarderais qui viendrait me dire une chose <c pareille. » 11 est vrai qu'une autre fois il pressa fort sa femme de prendre un bouillon où elle s'imrgina qu'on avait mMdiu p »U )i , et qui se trcuva être un breuvage très-salutaire. Mais cette petite malice est bien loin du gantelet de fer qui meurtrit un beau bras pour l'obliger à écrire un rendez- vous de mort. En général si l'anecdote est bonne à quelque chose, c'est à tuer le drame, l'éloge et le poëme épique, trois imposteurs des plus effrontés qu'on puisse voir.
On pense bien que la plu. grands part de ces récits roule sur le sujet inépuisable de toutes les médisances, sur ce texte fécond en menteries, en méchancetés , en plaisanteries détestables, qui forme le fonds des conversations mondaines et défraie le gros esprit des salons. Mais n'est-ce pa& une chose singulière qu'avec tout le scandale