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Les SincèreSf scène x

iU ÉTUDES D'HISTOIRE ET DE CRITIQUE DRAMATIQUES.

ration la plus personnelle qui fut jamais. Ce sont des personnages de Shakespeare, ceux de la Nuit vénitienne j A^A quoi rêvent les jeunes filles, des Caprices de Marianne, de Fantasio ; plusieurs sont des personnages de Marivaux, dans On ne badine pas avec ramour, le Caprice, Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, Il ne faut jurer de rien. Les amoureux de Musset ont le même tour de sentiment que ceux de Shakespeare, la même impétuosité de passion, la même fantaisie; ils rappellent la sincérité ou le scepticisme, la préciosité élégante, le badinage mondain, le goût d'analyse subtile, propres à ceux de Marivaux. Les femmes de Musset sont aussi passionnées, ses jeunes filles aussi pures que celles de Shakespeare; elles prennent souvent à celles de Marivaux leur ironie coquette ou leur candeur très éveillée. Comme Shakespeare, Musset aime les décors italiens et les costumes de la Renaissance, les jardins baignés d'ombre et les nuits étincelantes; il fait passer dans les personnages déjà baptisés par Shakespeare son génie de poète né pour l'amour et malheureux par lui, son âme et son cœur d'enfant du siècle; il promène dans la forêt de Shakespeare les muses grecques de ses Nuits ; à Marivaux, il emprunte la poudre et les passions de ses comtesses, la soie brillante de ses marquis ; dans ces têtes fines et légères, il met la passion mélan* colique de son temps.

Parfois c'est à travers l'un qu'il rappelle l'autre. Vous allez entendre Bénédict railler le mariage; Valentin plaisante de même dans // ne faut jurer de rien ; chez Marivaux, Rosimond, du Petit-Maître corrigé, s'égaye sur le même ton et la même idée. Or la même surprise de sentiment atteint Bénédict, Rosimond et Valentin; ils arrivent au mariage par la même route, je veux dire la révélation dans leur propre cœur, la découverte dans

celui d'une jeune fille, d'un amour naïf et désintéressé. Sujet éternel, dira-t-on. Sans doute, mais ce n'est point l'effet du pur hasard s'il a eu la préférence de trois poètes qui l'ont marqué à la fois d'une empreinte personnelle et de traits communs, frères de cœur et d'esprit à travers les âges, semblables et différents, comme il convient à des frères.

Après Marivaux et Musset, je crois que si Théophile Gautier s'était sérieusement donné la peine d'être un poète dramatique, il aurait pu joindre à la beauté plastique de sa forme française la fantaisie romanesque de Shakespeare. N'y a-t-il pas la couleur florentine qu'aimait le poète anglais dans ce délicieux Passant, qui révélait ici même le poète de Severo Torelli et des Jacohites'i Disciple de Victor Hugo et de Shakespeare, lyrique original, assembleur de rimes étincelantes, M. Théodore de Banville a fait applaudir sur la même scène un Beau Léandre^y italien d'origine, funambulesque de langage et d'action, original, un peu shakespearien; dans le reste de son théâtre, trop peu joué et dont deux ou trois pièces auront peut-être un jour, toutes proportions gardées, la fortune de celles de Musset, je retrouve encore du Shakespeare, à travers l'influence de Victor Hugo et la personnalité du poète si agréablement chimérique. Enfin, c'est dans Shakespeare que prenait son inspiration M. Auguste Dorchain, l'auteur d'un charmant Conte d'avril, joué à l'Odéon, lui aussi.

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