‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 113 sur 118 · Epistul. XXII · texte numérisé non relu

Epistul. XXII

KT DE TlIKOLOniE POSITIVE. 315

coemeteriis ebrietatcs et laxuriosa com'h'ia ' ». Au- ^^ustin presse l'évoque de Cartliage de couper court à Tabus en supprimant cet usage, qui, dit-il, « dans ritalio presque entière et dans toutes les Kglises transmarines, peu s'en faut, ou bien n'a jamais été admis, ou bien a été supprimé par le zèle des évoques ». On ne peut tolérer, en effet, que les cimetières, la tombe des martyrs, des lieux sanctifiés par la prièr(^ et les saints mystères, soient cboisis pour de semblables intempérances : « Saltcm de sanctorum corporum sepiilcris, saltem de locis sacramcnioninif de dorinhus orationumy tantum deciis arceatiir ». Si l'on veut procurer quelque soulagement aux défunts, on a la ressource des « oblationes pro spi^ ritihus dorniientinm super fpsas niemorias », on fait célébrer reucbaristio à leur intention. Si Ton veut donner aux pauvres, que l'on donne un peu d'ar-

L'usage condamné ainsi, en Italie et en Afrique, sur la fin du iv" siècle, est, il semble bien, un usage païen, un essai de christianisalion des parentalia, non une déformation des prétendues agapes liturgiques, r/usage de manger et de boire sur la tombe des défunts constitue ce que saint Augustin appelle des « quasi parentalia ». Saint Augustin fait remonter cet usage au temps qui suivit la paix de rKglise^. Ce qui est chrétien, au contraire, c'est l'usage tradi-

1. On boil non moins copieusement sur la toml)C des martyrs. Cf. PsEUD«>-Cvpi\iAN. De duplici viartyrio, ^ : * Tomiilenti.i a«li'o co.nmunis est Africao nostrac, ut propcmoduni non liabeant pro criiniiic. Annon videinus ad marlyrum memorias chrislianum a (•hri>tiai]0 cogi ad ebrictalem? » Alcisti.n. Co/j/ra Faust. Munich. W,i\ : « «juj se in meraoriis marlyrum incbriaut, quomodo a nobis approliarî possunt? •

i. Epislul. XXIX, 9.

tionnel de dislribuer aux pauvres des aumônes en argent, et tel est l'usage que saint Augustin veut qu'on encourage.

Saint Jérôme \ dans une lettre qui date de 384, raconte en termes mordants que les veuves clirétiennes de Rome ne savaient pas faire l'aumône discrètement, mais qu'elles y mettaient une publicité du plus mauvais goût : « Cum ad agapen '^ocaveinnî, praeco conducitur ». Et il rappelle à ce propos « la plus noble des dames romaines », distribuant de sa main des nummi un à un aux pauvres dans la basilique de Saint-Pierre pour mieux établir sa réputation de femme pieuse, « quo religiosior putaretur ». Ces aumônes faites ainsi publiquement dans une basilique, c'est ce que saint Jérôme appelle du nom d'agape. Saint Augustin dira de même : « Plerumque in agapibus etiam carnes pauperihus erogantur... Agapes nostrae pauperes pascunt, swefrugihus, sive carnibus »'. Agape était devenu en latin le synonyme d'aumône. On pourra voir dans Ducange la persistance de ce sens dans le bas latin, où faire l'agape, demander l'agape, signifie faire l'aumône, demander Taumône. Et si Ton veut bien se rappeler la collecte dont parle soit Tertullien, soit saint Cyprien, on pensera que l'agape-aumône est pour les Latins la forme traditionnelle de l'agape ^.

Passons à l'Orient grec.

i. Epislul. XXII, 3-2.

a. Contra Faust. Manich. XX, 20.

3. Quant à faire des festins dans les églises, l'on n'y songeait pas, où l'on n'y songeait que pour s'élever contre une telle inconvenance. Voyez le trentième canon du concile de Carthage de 397 : « Ut nuUi episcopi vel clerici in ecclesia conviventm*, nisi forte transeuntes hospitioruoi necessitale illic reficiant : populi etiam ab huiusmodi conviviis quantum Oeri potest prohibeaiilur. »

On eut fort étonné, sans doute, saint Jean Chrvsostome si on lui avait demandé comment se célébraient les agapes à Constantinople, car pareil usage liturgique lui est totalement inconnu, f.a preuve en est dans le commentaire qu'il donne du texte cité plus haut do la première épîtro aux Corinthiens. « Les premiers chrétiens, dit-il, avaient tout mis en commun, et telle était encore leur règle au moment où Paul écrit aux Corinthiens, quoique déjà on l'observât moins rigoureusement, puisqu»» Tapùtre témoigne qu'il y avait dans la communauté de Corinthe des riches et des pauvres : les biens n'étaient donc pas mis en commun. Toutefois dans les réunions du culte, quand la célébration des mystères était achevée, on procédait à un repas commun, où les riches apportaient leurs provisions et invitaient les pauvres à partager avec eux : tous mangeaient ainsi ensemble. Mais cet usage fut vite corrompu. . . De là le désordre réprimé par saint PauP. » Cette exé<:rèse de saint Jean Chrvsostome nous confirme dans le sens que nous avons donné au texte de saint Paul : l'apùtre n'a en vue aucune institution liturgique. Mais surtout saint Jean Chrysostome, à la façon dont il parle de ces repas en commun pratiqués par les Corinthiens, ne nous permet pas de douter, à ses yeux, que ces repas appartenaient à l'histoire du christianisme primitif, uniquement^. M. Keating m'étonne quand il affirme, après cela, que les expressions de saint Jean Chrysostome « semblent nous donner une peinture, peut-être un peu idéalisée,

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