‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 43 sur 118 · EcsEn. //.E.v · texte numérisé non relu

EcsEn. //.E.v

5. 11 faut prendre srrupuleuscmont garde de vouloir systématiser on une ilocirine homogène les expressions successives d'une doctiiiie (pii n'est pas fixée. Il setnble indubilal)le ijue les martyrs de I.}t»n remettent le péclit* même par la vertu de la j>riere <|u'ils ac'ressent à Dieu : ...r,0xovTO xaOànîp lTé9»vo; ô teXeio; (lâp-ruç* K-jpie, (jl9) (TTr.cio; aOToî; t/jv àtxotptîav TaOrriv (y, 2, îi)... 7to).),à Kîpl aJTwv èy-xiovrc; Sâxpua irpà; tôv TraTe'fa, Cwr.v -riTr.aavTo, xaî îitù'f.t^ aÙToT; r,v xaî (juveaeçi'javTO toî; iï)r,ff:ov (7). Nous verrons plus loin la criticiuc laite par saint Cyprien de ce pouvoir d'intercession.

:j. en a cru longtemps que Vévèque visé par Tertullien était— soit un éviVjue de Cartliaj(0(()rsi, Morcclli,('iiescler;,— soif plus généralement le pape Zépliyrin.On deduisaitceilc dernière idenliticalicm de la clironologie communément reçue des truvres de Tertullien. Les l'fiilosophnioncna, dont la découverte est de 18.*)0, ont pern)is à De Rossi d'attribuer siircmenlà Calliste l'acte attaque par Tertullien. /ÎH//f//jjjo, \^À',, p. m. Huma ^'Ulrrrunca, t. II (1867), p. 50-2. I/opinion de De Uossi est aujourd'hui unanimement reçue (narnack,Funk, Nôldechen, rreuschen,Rolffs, etc.)-

quoi se trouve constituer ainsi un des moments capitaux (le l'évolution de la doctrine pénitenticlle.

j'apprends, dit Tertullien, qu'un cdit vient dctre publié par Téveque de Rome. Lironie éclate dès ces premiers mots, car il n'y avait que les magistrats ou l'empereur à publier des êdiis. C'est, poursuit Tertullien, un édit aussi souverain qu'un édit d'empereur, il ne comporte ni interprétation, ni appel : « edictum...^ cl quidem peremptorium ». Puis parodiant le protocole des édits impériaux, Tertullien imagine les titres les plus solennels, les plus inusités alors, pour en accabler Tévéque de Rome : (f Pontifex MaximuSf quod est episcopus episcopornm, edicit.., » Et continuant la parodie, il ramasse toutrédit en une formule : « Ego et moechiae et fornicationis délie ta paenitentia funcils dimitto ^. »

C'est une caricature qui veut pousser au grotesque la décision rendue par Calliste. Elle est de la même ironie outrancièrc que la question que pose immédiatement Tertullien : Où peut-on bien, demande-t-il, afficher un pareil édit, sinon sur les portes des maisons de débauche? Tertullien entend traiter Calliste avec ce mépris insultant, mais aussi avec une rigueur de juriste. Il prend un à un tous les considérants dont Calliste motive sa décision, il les rétorque avec une abondance enragée. Et comme il les presse dans leurs expressions mêmes, on a pu essayer de restituer le texte, ou des lambeaux du texte de Calliste.

L'objet principal de l'édit de Calliste paraît exactement exprimé dans cette proposition, telle que la donne Tertullien: « Adimi quidem peccatorihus, çel

i. E. RoLFFs, Das Indulgenz-Edict des rômischen Bischofs Kallist krilisch icntersuchtund reconslruiert (Leipzig 1893), p. 49-22.

ET DK TIIKOLOr.IE POSITIVE. 91

ma.iinie carne poUutis coniniunicntionem , scd ad pracsvnSy restitucnduni scilicet ex pacnitcntiac ambitiiy scntndi/ni ilLiDi de menti a m Dei qiiae mavult pcccdtorispaenitentianiquaniniorteni » (xviii, 12). Va\ d'autres lorinos, Callisto a en vue un des trois pécliés réservés, le péché d'adultère ou de fornication. Tandis (jue pour ce péché la règle veut que le délinquant soit exclu de la communication — ou, comme dit Tertullien (xviii, 2), de lacommiinicatio ecclesiastira '■ , c'est-à-dire de la réunion des lidèles et de la participation aux saints mystères, — et tandis que la règle veut que cette exclusion soit perpétuelle, Calliste prononce contre le délinquant l'exclusion de la commua niciitio ecclesiasticay mais l'exclusion temporaire, « sed ad pracsens ». Et il suit de là que le pécliour, lorsqu'il aura accompli sa pénitence, sera réintégré ' dans la communicatio ecclesiastica, tandis que la règle était qu'il n'y fût jamais réintégré, selon que l'exprime Tertullien : « Disciplina apostoloniin.., iibique de ecclesia eradicat omne sacrilegium pu-

ficitiae, sine rcstitutionis mentione » (xx, 1). Le i i>uv()ir, en vertu duquel Calliste prononce la restitution du })éclicur, est celui que les théologiens

ppelleront plus tard le pouvoir des clés. Nous avons à reprendre chacun de ces points de

loctrine.

1. Sur le sens de ce mot, voyez De pudicit. m, 5; xia, 10. 1-2; w. :;. Il; wiii, 5. Happrncliez le • />#■ ccclesin expvUHur • de vu, i-2, et le • limilcm limiitis » de i, il, et le « pro fon'bus • de m, .'». Dans le De parnit. vif, 10 : « Colloruvit in vcsUhiilo ])acntlenlinm srcunitnm. » Dans VApoloijct. .19: ■ ....Si (juis ita deliquerit,tit a comiiiunicatiûne orationis et conventus et omnis sancti commerça relegelur. •

Premièrement, la pénitence de Tadultèrc sera temporaire.

Calliste fait valoir en faveur de cette indulgence que Dieu, très bon, met la miséricorde au-dessus du sacrifice; qu'il veut moins la mort du pécheur que sa rcpentance ; qu'il veut le salut de tous les hommes, et surtout des fidèles (ii, 1)*. Calliste s'appuie sur la parabole de la brebis égarée que le Seigneur cherche et qu'il rapporte sur ses épaules (vu, 1) ; sur la parabole de la drachme qui s'est perdue dans la maison, c'est-à-dire dans l'Eglise, et qui est retrouvée à la lumière de la lanterne, c'est-à-dire du Verbe de Dieu (vu, 10). Il insiste sur la parabole de l'enfant prodigue : le fils aîné est la figure du peuple juif; mais le fils prodigue est le chrétien, qui, ayant reçu de Dieu le Père la fortune du baptême, s'en est allé loin du Père, a vécu comme un païen, s'est mis au service du prince de ce siècle, a été mis par lui à la garde des pourceaux ; puis il est revenu vers son Père, et alors il a recouvré sa tunique d'autrefois, c'est-àdire le revêtement de TEsprit saint, et son anneau, c'est-à-dire le sceau du baptême : « Récupérât çestem pj'ioreniy îndumentum Spiritus sancti, et annulum denuo signacidum laçacri » (ix, 9-11). Calliste fait état de ce que le Sauveur a permis à la pécheresse de

1. M. RoLFFs joint à ces premières raisons celles que Calliste tire d u texte Tu çî(2s esutservmn iudices, — de la parabole de la zizanie, — de la Ggure de l'arche de Noë, — mais ces raisons n'ont rien à voir avec la rentrée d'un pécheur que nous supposons absous. Nous verrons plus loin comment ces considérants ont trait à un autre point de discipline.

baigner ses pieds de larmes, et aussi de ce que le Sauveur a conversé avec la Samaritaine (xi). Notons que Calliste ne fait aucun usage du fait do la femme adultère, qui aurait été bien plus probant pour sa thèse. 11 fait état de l'incestueux de Corintho. Cet impudique a été par saint Paul livré à Satan « in inlerituni carni's ». Cela si^nùlic d'après Calliste, la pénitence, a oflicium paenitentiae », car les jeûnes, la malpropreté, les mauvais traitements subis par la chair dans la pénitence, sont une satisfaction oll'erte à Dieu. Et ainsi l'impudique a été livré à Satan, non pour périr, mais pt)ur s'amender et pour être pardonné (xiii). Enfin Calliste fait appel au témoignage de l'Apocalypse, où la femme Jézabel reçoit de l'Esprit de Dieu cet avertissement qu'un temps lui est donné pour se repentir de ses fornications; ses amants et elle seront écrasés dans leur couche même, s'ils ne font pénitence de leurs œuvres (xix).

Pour ces motifs Calliste conclut (r. G) : E^o et moechiae et fornicationis delicta paenitenlia functis dimitto.

Il est piquant d'observer que les arguments que l'ait valoir Calliste sont pour la plupart ceux que faisait valoir Tertullien lui-même dans le De paenitentia. Les paraboles de la brebis perdue, de la drachme égarée, de l'enfant prodigue, Tertullien les avait commentées dans ce sens. De même les reproches adressés aux Eglises de l'Apocalypse. Calliste n'a guère en propre que l'argument qu'il tire du fait de l'incestueux de Corintho, argument d'ailleurs de nulle valeur, comme le lui reproche judicieusement Tertullien, puisque le chrétien que Paul pardonne dans la seconde épître aux Corinthiens n'est pas

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rinccslucux qu'il a condamné dans la première.

Tertullicn avait déduit de ces arg-uments la faculté pour le pécheur d'être pardonné par Dieu, tandis que Calliste en déduit le pouvoir pour l'Kglise de remettre l'adultère dès ce monde. Tertullien s"indig'ne de la conclusion de Calliste : si l'on remet l'adultère, pourquoi pas l'idolâtrie et l'homicide? Et en effet, il n'y a pas de raison de foi divine de remettre l'un et de retenir les autres'. Mais ici la logique est pour Calliste. Car, une fois posé le principe de la miséricorde en Dieu, une fois concédé au baptisé failli l'espoir du pardon divin, les restrictions mises par les rigoristes à Texercice de cette miséricorde et à ce droit au pardon sont arbitraires et uniquement dictées par l'appréhension des conséquences que peut entraîner le principe juste qu'ils ont admis.

A plusieurs des invectives de Tertullien dans le De pudicitia, on peut conjecturer que Calliste faisait valoir des arguments d'ordre pratique, pour légitimer lamitigationpar lui édictée de la discipline. Si la pénitence ne donne point le pardon, à quoi bon faire pénitence? Ainsi parlaient les pécheurs. Il ne faut, continuaient-ils, rien faire de vain : or vaine sera la pénitence, si elle ne donne point le pardon. Mais, au contraire, c'est un précepte qu'il faut faire pénitence : elle donnera donc le pardon (m, 1-2). — Tertullien , en répondant à cet argument, oublie que dans \q De paenitentiay il a présenté l'exomologèse comme un moyen efficace d'obtenir le pardon de Dieu : l'assemblée des fidèles était saisie de compassion à la vue du pénitent en larmes ; le Christ

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