‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 80 sur 118 · LA HIÉRARCHIE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

LA HIÉRARCHIE PRIMITIVE

LA niHRARCIlIE PRIMITIVE

Le problème de l'origine de l'épiscopat, ou, pour poser de suite la question entière, le problème de l'origine de la hiérarchie dans l'Eglise naissante, a été, en ces dernières années, le sujet de discussions prolongées et non sans résultat *. La part que nous y avons prise nous paraîtrait fort négligeable ^, et nous n'aurions cure de reprendre le système de conciliation par nous proposé, si nous n'avions vu ce système, accepté avec faveur par plusieurs, mal compris par quelques-uns. 11 ne sera peut-être pas tout à fait inutile de montrer que nous demeurons convaincu du bien-fondé de notre opinion première, et que les objections qu'on nous a faites ne nous en ont pas détaché.

Si obscure que soit l'histoire de l'expansion du christianisme au premier et au second siècle, le fait qui en est partout l'aboutissement, c'est l'établissement du christianisme sous le nom d'Eglises.

i. J. RÊvii.LE, Les origines de l'épiscopat (Paris 1894). 4. ïicvue bibli(iuf, t. IV (18a*i\ p. 473-500. Revue critique, t. XXXI (««»), p. 16<>-170.

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Voilà un terme nouveau. F.xprime-t-il une idée mystique ou une réalité concrète? un symbole ou une institution? Ou plutôt, car personne n'imagine que ces groupes soient sans cohésion et sans vie sociale, quelle est l'organisation intérieure de ces Eglises?

Nous grouperons par régions les textes qui peuvent fournir quelques indices. Nous synthétiserons ensuite ces indices pour saisir et l'économie et le développement des institutions qu'ils révèlent.

Le premier groupe de textes est fourni par les Églises d'Asie, et c'est avant tout le recueil des épîtres de saint Ignace. Les sept épîtres ignatiennes, dans leur texte grec premier, sont unanimement tenues pour authentiques. La date précise du martyre d'Ignace reste, il est vrai, douteuse, les divers actes que l'on possède étant des pièces d'un médiocre aloi : toutefois ils renferment des notes chronologiques empruntées vraisemblablement à d'anciens calendriers liturgiques et concourant à fixer au consulat de l'an 107, 20 décembre, la mort d'Ignace à Rome. Cette date a bien des apparences d'être historique. Elle n'a d'ailleurs pas d'intérêt pour notre présente enquête. Au cours du long voyage qui l'amène prisonnier d'Antioche à Rome, suivant d'escale en escale les côtes d'Asie, de Macédoine, d'Achaïe, Ignace aura composé ces sept épîtres, épîtres de remerciements et d'exhortations aux Eglises qui l'envoyaient saluer et secourir.

Ces sept épîtres sont une exhortation passionnée et mystique à Tunité dans la soumission à la hiérarchie. — De Smyrne, il écrit à l'Eglise « qui est à Ephèse d'Asie » qu'il a comme reçu la multitude de ses fidèles en recevant son évêque Onésime.

Soyez sanctifiés en tout par Tobéissance à l'évoque et au presbyterium. Jésus-Christ est la volunlé du Père, les évoques sont la volonté de Jésus-Christ. Béni soit celui qui vous a donné de posséder un évêque tel qu'Onésime. Heureux étes-vous de lui obéir à Tenvi, comme vous faites. Heureux votre presbyterium d'être accordé à l'évêque comme les cordes de la lyre. Unité immaculée, vous ôtes unis dans une seule foi à Jésus-Christ, dans l'obéissance à l'évéquo et au presbyterium, dans la fraction d'un pain unique •! — De Smyrne encore, Ignace écrit à 1 « l^«^'lise qui est à Magnésie, sur le Méandre », ([u'il a eu la joie de voir tous ses fidèles en la personne de son évéque Damas, des presbytres Basses et ApoUonios, et du diacre Zotion. Il félicite /otion d'être soumis à l'évêque comme à la grâce de Dieu, et au presbyterium comme à la loi de Jésus- Christ. Que ni les fidèles ni les presbytres n'abusent du jeune âge de l'évêque, mais qu'ensemble ils continuent de lui obéir, non proprement à lui, mais au Père de Jésus-Christ, évêque de tout. Qu'ils n'imitent pas ceux qui reconnaissent un évêque, mais agissent n tout sans lui. Faites tout unanimement sous la présidence de l'évêque, type de Dieu, et des presbytres, types du collège des apôtres, et enfin des diacres : rien sans l'évêque et les presbytres : tout avec votre évêque, la couronne de votre presbyterium et les diacres ^. — Il écrit à ceux de r« I^glise qui est à Tralles d'Asie » qu'il a reçu à Smyrne la visite de leur évêque Polybios, auquel il les félicite d'être soumis. Rien sans l'évêque. Soumission au

\. Ephes. 1. 4, 3, 4,80.

i. Magnes. 1, 3, 4. 7,13.

presbyterium comme aux apôtres de Jésus-Christ. Les diacres ne sont pas des serviteurs pour le boire et le manger, ils sont les serviteurs de l'Église de Dieu ^ — Ignace écrit à 1' « Église qui est à Philadelphie d'Asie » que Jésus-Christ est une éternelle et pure joie si nous sommes un avec Tévêque et avec les presbytres et les diacres qui sont avec l'évoque. Quiconque est du parti de Dieu est avec lévôque. Il n'y a qu'un autel, comme il n'y a qu'un évoque avec le presbyterium et les diacres. Attachez-vous à l'éveque, au presbyterium et aux diacres^. — DeTroas, il salue l'évêque, le presbyterium, les diacres et tous les fidèles qui sont à Smyrne. Suivez tous l'évêque comme Jésus-Christ suit son Père, et le presbyterium comme vous suivriez les apôtres ; révérez les diacres. Là où est le Christ Jésus, là est l'Église catholique : là donc où se montre l'évêque, là doit se rencontrer la multitude ^. — A Polycarpe, « évêque de l'Église des Smyrniotes », il recommande d'être tout à ses devoirs d'évêque ; de ne négliger pas les veuves, dont, après le Seigneur, il est la Providence; de veiller à ce que rien ne se fasse sans lui ; de connaître tous les fidèles par leur nom ; de ne dédaigner pas les esclaves. Si quelqu'un veut se mettre au-dessus de l'évêque, il est corrompu ''.

Nous voici dans cette Asie si riche en Églises. Nous pénétrons dans les plus considérables de ces chrétientés, Smyrne et Éphèse, et dans de plus hum-

i. Trall. 2 et 7.

2. Philadelph. 8, 4, 7. Voyez notamment 4 : gv 6u(TtaffTy,o'.ov w; sT; èTttdxoTioç ajxa tw TrpeffêuTepitp xaî Staxôvoi;.

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