‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 81 sur 118 · Polycarp. 4 et · texte numérisé non relu

Polycarp. 4 et

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Mes aussi, Tralles, Mao^nésie, Pliiladrlpliie. Les é[)îli'es ignationnes révèlent Tétroite solidarité qui unit CCS communautés entre elles. Visites, épîtres, courriers, tout sert à rendre les communications incessantes. I tenace remercie l'évéque de Smyrne d'avoir pris soin de « IKglise qui est à Antioche de Syrie » ; il lui demande pourtant davantage, que l'on assemble le auaÇoûXiov ou conseil des chrétiens de Smyrne, et (pi'un lidèle soit désigné qui puisse être appelé le courrier de Dieu (6eo8pdfxoç), — Ignace aime ces raretés d'expression; — le courrier ira en Syrie porteur de lettres de l'évéque des Smyrniotes aux autres Eglises, car Ignace n'a pu écrire à toutes à cause de la rapidité de son départ de Troas *. Nous possédons ainsi une lettre de 1 évéque de Smyrne Polycarpe à TKglise de Philippes en Macédoine. Entre ces diverses chrétientés de la province d'Asie il y a homogénéité de constitution : les fidèles, dont l'assemblée est capable de former une sorte de comice délibérant, un auixêouXiov, pour élire ne serait-ce qu'un simple courrier, sont gouvernés par une hiérarchie à trois termes, les diacres, les presbytres, l'évéque. Les presbytres forment une sorte de comité, le presbyterium. L'évéque est le chef unique, absolu, aussi bien des fidèles que des diacres ou du presbyterium, chef si absolu et si nécessaire, que quiconque agit soit contre lui, soit en dehors de lui, est un membre i orrompu, séparé de l'unité immaculée.

Ces institutions hiérarchiques sont-elles particulières aux Églises de la province d'Asie, auxquelles écrit saint Ignace? Certains critiques, en effet, vou-

1. PoLYCAiiP. adPhilipp. 13 cl U. Ign.vt. ad Polycarp. 7 et 8.

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(Iraient restreindre le témoignage d'Ignace à la seule province d'Asie ; mais si leur argumentation est spécieuse pour certaines régions d'Europe, elle est insoutenable du moins pour la Syrie, le propre pays d'Ignace. Ou saint Ignace décrit les institutions existantes, ou saint Ignace décrit les institutions qu'il voudrait voir exister et dont on ne saurait nier qu'elles se sont imposées dans la suite : si une telle organisation est pour lui un type à réaliser et à propager, nul doute que ce ne soit le type syrien, et nul doute que ce type ne se soit déjà imposé en mainte Église hors de la Syrie, puisque Ignace parle aux Éphésiens des évêques établis dans l'univers, oî eitiGxoTroi 01 xarà Ta TtEpara ôpicOiv-sç ^ . L'épiscopat est pour Ignace un pouvoir, non point exceptionnel, mais régulier, le pouvoir dont il est lui-même investi dans son Eglise d'Antioche. « L'autel est prêt, écrit-il aux Romains, le chœur de votre charité pourra chanter au Père [et lui rendre grâces] de ce qu'il a permis que l'évéque de Syrie fût envoyé de l'Orient pour être montré à l'Occident. « Il est l'évéque de Syrie, Tunique évêque : « Souvenez-vous dans vos prières de l'Eglise qui est en Syrie, laquelle, moi absent, a Dieu pour pasteur : Jésus-Christ seul lui sert à cette heure d'évêque ^ ». L'épiscopat monarchique, vers l'an 100-110, est la forme du gouver-

1. IGNAT. ad Ephes. 3. L'expression "/aTà rà TtépaTa doit désigner les « limites de l'univers », comme dans les Septante, Ps. lxiv, 9, ol xaTO'.y.ovxe; xà TtéoaTa. Voyez le commentaire de ce passage dans l'édition de Lightfoot.

2. iGNAT. ad Rom. 9 : Mvrjaovs'jSTE ev xr^ r.ooovjyr^ û[j.f3v tï;; vi Suf'a ixx).r|G'{aç, TjTiç àvù âp-où Tioiaivi i(à ^zC^ -/pyj-at, \i.ôvoz avTr.v 'Ir,<70Û; XpicTÔ; cTTiaxoTTriTci xatf| û[xwv àyaTi/]. — 2 : tôv stzigxottov Zupia; 6

ET DE TIIFiOLOGIE POSITIVE. 231

ncmont des communautés chrétiennes d'Asie et de Syrie.

Toutefois cette forme est le terme d'un développement dont d'autres textes traduiront les états antérieurs.

Pour Ephèse, le discours de saint Paul à Milet. Tout en reconnaissant que le récit auquel nous devons le texte de ce discours est une source de premier ordre, certains critiques épilo«^uent sur laqueslion de savoir si l'auteur du récit n'est pas l'auteur du beau discours qu'il prête à Paul. Ce doute serait motivé, que le témoignage du discours de Milet n'en serait pas moins le témoignage d'un contemporain (le Paul, sur les institutions de son temps. El cela suflit à notre exposition.

Rapportons ce témoignage.

Déjà l'auteur du récit, parlant de la première mision de Paul en Galatie, raconte que l'apôtre, lors- «lu'il eût jugé de la solidité de ses premiers convertis, avait « institué pour eux en chaque Église dos preshytres * » : Lystra, Iconium, Antioche de Pisidie sont donc des Eglises ayant à leur tête des presbytres. Ephèse a de même des presbytres. Lorsque Paul « nous eut rejoints à Assos, nous le prîmes à bord et nous gagnâmes Mitylènc; le lendemain nous étions devant Chios, le jour suivant à Samos, le jour d'après à Milet. Paul avait décidé de ne s'ar-

1 exurcssion « évéque de Syrie » est une expression obscure et re- < iierchôe, comme saint Ignare aime à en produire : M. Zahn l'inter- ITfte t episcopum syrum » {PP. App. ii, SU). Se rappeler rependant • m'en Cœl«^s\rie il n'y eut loiiglenips pas de localitf clirétionno en dehors d'Antioche (Sozou. //. E. vi.av; : Syrie serait <lonc synonyme d'Anlloolie.

1. Act. XIV, -23 : x.'^^^'^o^tT^aayxti aùtoï; xat' éxx).r,(riav 7tp6<r6uT£po'j;.

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rè'ier pas à Éplièse, pour ne point s'attarder en Asie. Mais de Milet il dépôche à Éphèse et mande les presbytres de l'Kglisc * ». La Vulgate, en traduisant ici presbytres par maiores natu^ n'a pas songé que saint Paul n'aurait vraisemljlablement pas imposé cette marclie forcée de trente milles, précisément aux membres les plus âgés de la chrétienté d'Éphèse. Que sont alors ces anciens qui ne sont pas des vieillards? Paul va le dire : « Veillez sur vousmêmes et sur tout le troupeau, sur lequel l'Espril- Saint vous a établis épiscopes pour paître l'Eglise du Seigneur ^ ». Ces presbytres ont une responsabilité envers la communauté, responsabilité que Paul compare à celle du berger envers son troupeau : les presbytres sont les épiscopes ou pasteurs de l'Église. Ce langage n'est pas le langage ignatien, il est sensiblement antérieur, et nous verrons qu'il s'accorde à celui de Paul écrivant aux Philippiens. Pour Paul, riTriffxoTrvi à Ephèse est une fonction collective : l'Eglise d'Ephèse, comme les Églises de Galatie, est conduite par ses presbytres. Dans l'épîLre aux Colossiens, il n'est parlé ni de presbytres ni d'épiscopes. Saint Paul parle de bergers (TToifXEvaç) qui sont en même temps des instructeurs (êioaaxàXouç) : bergers qui sont évidemment les presbytres-épiscopes que nous avons rencontrés déjà dans les Églises d'Asie. Mais Paul met au-dessus de ces bergers trois catégories de ministres, que nulle part encore nous n'avons vus figurer dans le

1. Act. XX, 17 : 7iÉ[x<|^a; e'; "Eç£(70V [xeTcxa)i(7aT0 to"j; TrpsaêuTépo-JC %r\', èy.x)Tji7Îaç.

-2. Ibid. 2S : \j\i.dL. lo TTvsOuaTo àyiov éOsTo èTriffxououç TToifxaiveiv ttiv èxxXrjaiav.

personnel des Eglises : les apôtres, les prophètes, les évanfçélisles, qui ensemble travaillent au service des « saints », c'est-à-dire des fidèles *.

Pour Antioclie, dans un passage qui appartient à la même source que le discours de Milet, les Actes des Apôtres désignent la communauté sous le nom d'Kglise : ils connaissent divers noms de membres notables de cette l^lglise, Barnabe, Siméon le Noir, Lucius le Cyrénéen, Manaën, Paul. Il n'est question ni d'épiscope, ni de presbytres, ni de diacres. Barnabe, Siméon, I.ucius, Manaën, Paul, sont prophètes et didascales '^.

I/épîlrc aux (lolossicns et Tépître à i^hilémon ajoutent un trait que les textes précédents ne donnaient pas : « Saluez, écrit l'apôtre aux Colossiens, saluez les frères qui sont à Laodicée; saluez Nymphas et rFglisc qui est dans leur maison ». Et à Philémon : « Paul à Philémon, et à Amphias notre sœur,... et à lEglise qui est dans ta maison. » Ceci est comme une moindre Eglise dans la grande, une Église domestique, un groupe de fidèles qui sont comme la famille et la clientèle d'une même maison. — Les versets 1-20 du dernier chapitre de l'épîtrc aux Romains, si on les considère comme la salutation de l'exemplaire destiné aux Ephésiens, et celte conjecture n'est pas invraisemblable, témoignent de l'existence à Ephèse d'une Eglise domestique sur le modèle de celles de Nymphas à Laodicée

1. Ephcs. IV, 11-1-2 : aÙTÔ; [le Clirisi] eotoxev to-j; aiv àîTO'îToXo'j;, Toy; Se TîooqpTQxa;, toù; oè eùaYyeXKTra;, toù; 5s ::oi}i£va; y.clï ?t5a(ixâ)oy;, xpo; xèv xaTapT'.(i|jLÔv Tcâv àyi'tov xtX. I.o mot cvangclisle est synonyme d'ap»Mre {Gai. i, 8); il ne se retrouve que deux Mitres fois dans le N. T., Act. x\i, 8 et M Tim. iv, 5,

i Act. XIII, I. — CI. Act, \v, 3i.

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et de Philémon à Colosses : « Saluez Prisca et Aquilas et TKglise qui est dans leur maison. » C'est de cette Eglise que Paul parlait aux Corinthiens, quand, d'Ephèse, il leur écrivait : « Les Églises d'Asie vous saluent, et surtout Aquilas et Prisca avec l'Église qui est dans leur maison ^ »

Après le groupe des textes asiates, voici le groupe des textes que nous appellerons européens, et en première ligne la Prima Clementis, que l'on est unanime à reconnaître pour composée à Rome, vers 95. Elle ne porte plus le nom de qui l'a rédigée, mais seulement le nom de l'Église qui l'envoie. Toutefois Denys, évêque de Corinthe, écrivant au pape Soter (166*-175*), cite cette vieille lettre romaine adressée aux Corinthiens sous le nom de Clément, donnant par là lieu de croire que l'exemplaire authentique portait le nom de son rédacteur, et que ce rédacteur était ce Clément ^.

La Prima Clementis est l'expression de la conscience romaine à la fin du règne de Domitien. Dieu y est prié de délivrer les fidèles de « ceux qui les haïssent injustement ». Car l'Eglise romaine vient de passer par des « épreuves soudaines et répétées ».

\. Col. IV, 13 : Nu(JL?àv xaî Trjv xat' oTxov a-jtwv [Hort. lit- aùrr;] £xx).rj(Ttav. Phile. 2 : x^ xaT' oTxovaou èxx).r,(7Î(y. Rom. xvi, 5 : Tr.vxa-' oixov aÙTûiv lxx)>Y](jtav. / Cor. xvi, i9 : <>ùv t^ xaT' oTxov aJTÛv èxx).Yi<Tta.

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