‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 85 sur 118 · LIX · texte numérisé non relu

LIX

Toutefois railleur delà Prima Pétri réserve à Jésus ('hrist seul ce vocable symbolique : après s'ùlrc donné comme apôtre (i, 1) et comme témoin des soufîrances du Christ (vi, i), il revendique le titre de prcsbytre, et, s'adressant alors aux chrétiens qui sont presbytres comme lui, il leur rappelle que leur devoir propre est de paître le troupeau de Dieu, en répudiant tout désir de gain et toute vanité de commandement, en se conformant au berger suprême, à ràp/moiVyiv, c'est-à-dire à ce môme Christ qu'il appelait le berger et Tépiscope des âmes ^ La Prima Pétri, comme le discours de Milet, témoigne de rexercice de rtirKTxoTtvi par une pluralité de presbytres. — L'épître aux Romains, à son tour, compare rÉglise à un corps dont tous les membres n'ont pas la même fonction. Dans l'Église, il y a des apôtres, et Paul est l'un d'eux : mais d'autres ont reçu du Saint-Esprit d'autres missions, celui-ci est prophète, celui-là est Si^aaxaXoç, celui-là est Tr^oiaTaii-evo; : tel autre a le charisme de la compassion, tel autre celui de la consolation, tel autre celui de l'aumône... Saint Paul, que tant de critiques se plaisent à présenter comme un adversaire de toute loi hiérarchique, est l'apôtre qui, après avoir prêché aux Thessaloniciens la soumission à leurs TrpoïdTauLfvoi, reconnaît le Trpoïardtfjitvo; comme un membre de l'Eglise investi de sa nission par le Saint-Esprit-.

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212 ÉTUDES DHISTOIIIE

Venons à un troisième groupe de textes, textes . d'une localisation indécise, mais apparentés cependant au groupe européen et au groupe asiate.

On désigne sous le nom à'Epitres pastorales Tépître à Tite et les deux épîtres à Timothée, trois textes qui se donnent comme l'œuvre personnelle de Paul et de Paul seul. Elles sont incontestablement antérieures aux épîtres d'Ignace etàlépître de Polycarpe, c'est-à-dire à des écritures des environs de l'an 107*, puisque toutes trois y sont citées. L'opinion moyenne, parmi les critiques, voit dans les Pastorales une composition de l'époque de Domitien {81-9Gj, à peine antérieure à la Prima Clementis : elles seraient toutes trois l'œuvre d'un unique écrivain, qui aurait entendu mettre sous le nom de l'apôtre Paul sa conception de la tradition et de l'organisation ecclésiastiques. Au contraire, les critiques fidèles à l'hypothèse de l'authenticité paulinienne des Pastorales, y voient une composition des dernières années de l'apôtre (64*-67*). La question des Pastorales est ainsi une de celles qui divisent le plus; mais comme, heureusement pour notre sujet, il importe assez peu que les Pastorales soient contemporaines de la Prima Pétri ou contemporaines de la Prima Clementis, nous supposerons le problème non résolu, et nous citerons les Pastorales simplement comme un document antérieur aux épîtres ignatiennes.

« La miséricorde de Dieu soit donnée à la maison d'Onésiphore », lisons-nous dans la seconde à Timothée. « Tous ceux qui sont en Asie s'étaient éloignés

de moi : lui, il est venu à Rome, il m'a clicrclié, il m'a trouvé. Tu sais mieux encore quels services il m'a rendus à Ephèse... Saluez Aquilas et Priscilla et la maison d'Onésiphore ^ ». Dans l'hypothèse de l'authenticité, ces détails supposent que l'épître est écrite de Rome à un disciple établi à Kphèse ; dans l'hypothèse d'une fiction littéraire, ils supposent que l'auteur tient à accréditer son œuvre en Asie. En toute hypothèse, que nous sommes loin encore de l'organisation si ferme des épîtres ignatiennes ! Le mot d'ekklesia n'est pas prononcé, seule l'expression de « maison d'Onésiphorc » revient par deux fois, associé au souvenir d'Aquilas et de Priscilla, d« cet Onésiphore qui à Ephèse a rendu de si grands services à l'apùtre ^. Les temps sont mauvais. L'apôtre est captif, il parle de sa défense et du juste juge, Dieu, qu'il oppose au lion dévorant (iv, 8, 17). Lassitude, amertume, désolation : « Tous ceux qui veulent vivre religieusement dans le Christ Jésus seront persécutés : des hommes mauvais, des charlatans croîtront dans le pire, ils tromperont les autres comme ils se sont trompés euxmômes » (m, 12, 13). Comment lutter? Parla parole, par l'enseignement du vrai, et ce sera l'œuvre de Timothée : « Veille, lui est-il dit, veille en tout, fais le devoir de Yévangèliste^ remplis ton ministère... Souviens-toi d'attiser le charisme de Dieu, qui est en toi par l'imposition de mes mains; ne rougis point de moi; souffre le malavec moi pour l'évangile dont jai été fait le porte-parole, l'apôtre, le SiSauxaXo; » (i, 6, 11). Timothée n'est pas apôtre, comme Paul : mais il est sûrement didascale, et cette épître est comme le

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