‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 87 sur 118 · Tim. V, 16 •■ [J.ri papsîffOto ri exxÀr.çîa · texte numérisé non relu

Tim. V, 16 •■ [J.ri papsîffOto ri exxÀr.çîa

ET DE THEOLOGIE POSITIVE. 2i5

voir de donner sans peine et de s'enrichir de bonnes œuvres (vi, 17-18); les esclaves doivent ôtre soumis à leurs maîtres, que ces maîtres soient chrétiens ou qu'ils ne le soient pas (vi , 1-2). La communauté prend à sa charge des veuves, c'est-à-dire des femmes âgées d'au moins soixante ans, vertueuses, sans soutien : l'Eglise les nourrit comme nos petites sœurs des pauvres nourrissent leurs vieilles. Quelque indécision se traduit dans l'emploi du terme de TrûerrCuTepot, qui est pris tantôt au sens littéraire de vieillard ou d'ancien, tantôt au sens hiérarchique de prosbytre : notre épître parle de 7rpEa5uT£poi et de TipeaSurepai, comme elle parle de vEwiepoi et de vEonspai (v, 1- 2), en môme temps qu'elle parle du presbyterium comme d'un collège organique (iv, 14). En ce dernier sens elle dira : « Que les presbytres qui président bien aient double récompense, surtout ceux qui peinent à enseigner'. » C'est dire que les presbytres ont individuellement pour charge celle de ^rpoearax;, quelques-uns y ajoutent la SiSadxaXîa. Une charge enfin peut s'ajouter à la SiSaaxaXîa, une charge que notre épître qualifie d'iTriaxoirii : u Si quelqu'un, dit-elle, ambitionne Tépiscopat, il désire une bonne œuvre : et donc, que l'épiscope soit irrépréhensible, marié seulement une fois, hospitalier, capable d'enseigner, désintéressé de l'argent, bon chef de sa propre maison, entouré d'enfants soumis et chastes : celui qui ne sait pas gouverner sa propre maison pourrait-il gérer l'Eglise de Dieu-?» Ainsi l'épiscopat est une charge d'administration matérielle analogue au gou-

1. I Tim. V, 17 : &'. xa).(ô;7:poî(jT(ÔT£; rpîaoOTeoo'. otzX>^; "f'P-^*; àÇi* oOaOwaav, {xà).trrTa ol xoTTiwvTt; èv^dytoxa; otoaaxx/.i'at. i. Ibid. III, 1-7.

2'i6 ETUDES DIIlSTrURE

vcrncment familial; elle est aussi une charpie d'instruction. La description des Pastorales n'a pas la rigueur des formules ignatiennes, mais elle les fait pressentir, en donnant l'évoque comme le curateur, comme l'épimélète de l'Eglise, IxxXrjTiaç 6cou Ittiuli- IriaETcti. La première épître à Timothée n'est pas le manuel de l'instruction ou didascalie, elle est plutôt le manuel de l'administration temporelle de l'É- ; glise.

La troisième Pastorale, l'épître à Tite, est adressée par l'apôtre Paul à un de ses disciples établi dans l'île de Crète. Elle est identique de ton et de sujet à la première épître à Timothée. Chaque ville a une ; église; chaque église, des presbytres. Tite est un Si^aaxaXoç (il, 1). L'épiscopat est une charge qui demande un chrétien désintéressé de l'argent, hospi- ^ talier, capable d'enseigner et de controverser : l'épiscope est comme l'économe de Dieu (i, 7-9).

On peut rapprocher de l'épître à Tite l'épître dite aux Hébreux. Ce n'est pas la place de dire quelles raisons permettent de voir dans cette épître un texte contemporain de la persécution néronienne et de la Prima Petri^ et pourquoi nous inclinons à y voir une épître d'origine romaine. Cette opinion importe peu, du moment que l'on est unanime à tenir l'épître aux Hébreux pour antérieure à la Prima Clementis. Pour l'auteur, le mot de Tips^êuTEpoi ne semble pas avoir de sens hiérarchique, et désigne les anciens littéralement (xi, 2). Mais notre auteur emploie un terme bien autrement expressif, cher à la langue romaine, le terme de rjYoutxevoi(xiii, 7 et 24). C'est le mot qui, dans l'armée, désigne les officiers généraux. « Souvenez-vous de vos higoumènes qui vous ont

parlé la parole de Dieu... » Ces higoiimèncs ont le ministère delà parole, ils sont des SioiaxaXoi. « Obéissez à vos liigoumènes, soyez-leur soumis, ils veillent sur vos âmes comme [des gardiens qui] en doivent rendre compte. » Ces liigoumènes ont donc le ministère de Vè-KidMTzr^. Et l'auteur termine sa lettre par ces mots : « Saluez tous vos liigoumènes, «d'abord, puis « saluez tous les saints », c'est-à-dire les fidèles.

Un quatrième et dernier groupe de textes sera le groupe que nous appellerons syro-palestinien.

« Frères aimés, lisons-nous dans Tépitre de saint Jacques, ne sont-ce pas les riches qui vous tyrannisent, et qui vous trament devant les tribunaux, ces mômes riches qui blasphèment le beau nom dont nous avons tiré le nôtre » , c'est-à-dire le nom du Christ (il, 6-7)? Les chrétiens auxquels s'adresse Tépître de Jacques sont des pauvres, des gens de métier, moissonneurs à gage auxquels le riche propriétaire ne paie pas toujours leur salaire (v, 4), petits marchands qui vont de ville en ville, s'établissant ici, puis poussant plus loin iv. 13\ Juifs, car ils sont Juifs comme le rédacteur de lépître (ii, 21), répandus dans les villes d'un littoral où abordent les grands navires (m, 4) et ces flots que le vent de la mer soulève et retourne (i, 6). Ces pauvres sont facilement éblouis par la richesse : si dans leur synagogue ' en-

1. luvaytoyi^iv Otxwv. Le mot de syna^osue est pris ici dans son sens liltrraire et veut dire simplement votre assemblre, — eure Versammlung (Soden) — convcutum irslrttm (Vulgate). Sur l'emploi de avvaytoYri dans la littérature apostolique, voyez la note de Harnack sur Ilorm. Midi'I. xi, 9.

Ire un liomme portant bague d'or au doigt et robe blanche, en même temps qu'un homme en haillons, ils offriront au riche une place d'honneur et au misérable l'escabeau de leurs pieds, comme si Dieu, « mes frères aimés, n'avait pas choisi les pauvres de ce monde pour en faire les riches de la foi et les héritiers du royaume qu'il a annoncé à ceux qui laiment » (ii, 5)? L'auteur de ce petit traité, d'une grécité si pure, d'un moralisme imagé qui rappelle l'Ecclésiastique et la Sagesse, pratique les Septante comme il convient à un Juif helléniste. Toutefois ce n'est pas à Alexandrie, et moins encore à Jérusalem ou en Galilée, qu'il convient de chercher la « synagogue » de ses pauvres, mais bien plutôt dans quelqu'une de ces villes de la côte syrienne, vers Césarée, vers Tyr, où les Juifs étaient déjà dans la dispersion (i, 1), et ces pauvres, c'est dans la première génération des chrétiens pour qui le retour du Christ était imminent (v, 7), que l'on pourrait penser les rencontrer.

Un opuscule d'édification de cent versets à peine ne saurait nous donner grands détails sur l'organisation hiérarchique. L'épître de saint Jacques cependant n'est sans nous apprendre que les communautés forment chacune une Eglise. Chaque Église a ses presbytres. « Quelqu'un parmi vous est-il affligé? Qu'il prie. Quelqu'un est-il content? Qu'il psalmodie. Quelqu'un est-il malade? Qu'il appelle les presbytres de l'Église;... la prière de la foi sauvera le malade; s'il a commis des fautes, elles lui seront remises... Puissante est la prière du juste » (v, 12-16). Le presbytre est comparé à Élie, sa dignité est en même temps un charisme. C'est un charisme aussi que celui

du rinstruction : « Mes frères, que peu d'entre vous dovienncnt 8i57.(7X3tXoi, sachant que plus grave est le jiig*emont qu' [on cette fonction] on encourt » (m, 1). Les communautés de chrétiens de race juive aux- (jiielles s'adressait l'épître de Jacques étaient des communautés très simplifiées, et le livre des Actes (xxi, 4-11) ne les décrit pas différemment. Paul arrivant à Tyr, « y trouve les disciples », et ceux-ci conjurent Paul tt par l'Esprit » de ne monter point à Jérusalem : les fidèles avec leurs femmes et leurs enfants accompagnent Tapôtre « hors de la ville », et sur le rivage môme, tous à genoux, « nous priâmes ». A Ptolémaïs, Paul salue « les frères ». Des disciples, des frères, rien d'autre. Ces groupes de Tyr et de Ptolémaïs ne rappellent en rien le solennel collège des presbytres d'Éphèse. Paul arrive à Césarée, il reçoit l'hospitalité dans la maison de Philippe : mais les Actes ne donnent à Philippe d'autre titre que celui « d'évangéliste » et de « diacre ». Avec IMiilippe sont ses quatre filles, toutes quatre « vierges prophétisantes ». Et comme Paul et ses compaixnons étaient encore dans la maison de Philippe,

rrive de Judée un « prophète », qui s'adresse à l'apotre : « Voici ce que dit le Saint-Esprit... » Dans ces communautés de la côte syrienne, les prophètes tiennent une place qu'à pareille époque les Eglises de chrétiens helléniques ne connaissent plus.

Un état social très voisin de celui que décrivent ^oit les Actes, soit l'épître de Jacques, nous a été révélé par la Didachè. La Didachè ignore les épî-

tres paulines; elle parle d'un « évangile du Seigneur », sans qu'on puisse déduire de ses évan-

gélismes que son évangile est aucun de nos trois

synoptiques. Par ailleurs, des textes de la première moitié du second siècle, comme Tépître dite de Barnabe et le Pasteur d'IIermas, dépendent de la Didachè. Il faut conclure, avec Zahn, avec Funk, avec Schafî, que la Didache date des vingt dernières années du premier siècle. A nos yeux, elle pourrait être plus ancienne encore : il n'y est fait allusion à aucun gnosticisme, ni à aucune persécution ; pour elle la j venue du Seigneur est imminente ^ Certains traits ' de mœurs rappellent le monde de Tépître de saint Jacques. Ainsi la Didache connaît, elle aussi, les artisans qui passent de ville en ville : « Quiconque vient au nom du Seigneur, qu'on le reçoive ; s'il ne fait que passer, assistez-le de votre mieux ; s'il veut s'établir et qu'il soit artisan, qu'il travaille et qu'il mange; s'il n'a aucun métier, veillez à ce qu'il ne vive pas au milieu de vous chrétien oisif; s'il ne veut rien faire, c'est un homme qui trafique du Christ; défiez-vous^ ». La communauté est une œuvre de mutuel secours matériel, comme il convient à une œuvre de pauvres. Les membres en sont unis par une singulière solidarité d'amour et de confiance : ce sont des frères, unis, des quatre vents du ciel, pour se sanctifier et marcher ensemble à la rencontre du royaume de promission ^.

Chaque Eglise a pour l'administrer des épiscopes et des diacres, élus par elle, qui doivent être des fidèles éprouvés et désintéressés, et auxquels on doit tout respect. Mais pourquoi ce respect et cette soumission? C'est que ces épiscopes remplissent aussi

\. Didach. xvr, 1.

Page 1