‹ Etudes d'histoire et de théologie positive (volume 2)Chapitre 90 sur 118 · LÔMNG, p · texte numérisé non relu

LÔMNG, p

canonique, car elle a mis fin à l'état cliarismatique et introduit la monarchie épiscopale *.

Ces divers systèmes évolutionnistes supposent tous que le besoin crée l'organe, et ce postulat sulFirait à mettre entre eux et nous une mésintelligence radicale. Par surcroît, il y a de grands écarts de calcul dans la façon dont les textes sur lesquels on s\ippuie sont datés selon les uns, selon les autres et selon nous. Une certaine entente est toutefois possible. — Le R. P. de Smedt ^, par exemple, accorde que les termes de presbytres et d'épiscopes peuvent être tenus pour synonymes, au moins dans le langage du Nouveau Testament, et que le terme juif de presbytre correspond assez bien au terme grec d'épiscope, le premier cependant plutôt honorifique, le second plutôt administratif. Presbytre pouvait s'appliquer à tous ceux qui étaient associés à la direction des Eglises, ne fût-ce qu'à titre honoraire de bienfaiteur, de prémices, de patron : épiscope suppose un pouvoir personnel de juridiction. Les épiscopcs étaient les TrpsaSuTcpoi rpoïaTautvoi, mais il pouvait exister d'autres iroeoCuTepoi qui n'avaient pas cette qualité. Les Églises ont-elles eu de tout temps à leur tête un chef unique, ou ont-elles été régies par un collège de presbytres égaux? Il n'y a rien d'impossible à ce que l'épiscopat n'ait pris sa forme définitive qu'après le temps des apôtres ; tant que ceux-ci vécurent, ils purent garder entre leurs mains le gouvernement des Eglises, en s'y faisant

A. SoiiM. p. 81 et s.

2. De Smedt, L'Organisation des Églises chrétiennes jusqu'au milieu du IW siècle. (Cong^^s scient, intern. des catholiques de 1888, t. II, p. 297-338). M. MicniEi.s, L'origine de l'épiscopat iLouvain IIKK)), p. lîX- 133, a montre que le sentiment du P. De Smedt était au fond identique à celui de Petau suivi par Perrorie.

258 KTï:nF>S D'IlISTOmiC

suppléer par de simples prcsbytres. Pourtant lo P. de Smedt, s'autorisant de ce que les Actes rapportent de saint Jacques et de la communauté de Jérusalem, croit à la monarchie épiscopale originelle. — La terminologie primitive n'est donc point rigoureuse, et les institutions définitives ont pu être préparées par des institutions transitoires, comme un édifice par ses échafaudages : tel est le terrain sur lequel l'entente est possible.

Essayons donc de systématiser à notre tour.

Le mot sxx)//i(Tia est d'origine hellénique et désigne dans le grec classique l'assemblée plénière délibérante des citoyens libres d'une ville ^ . Une assemblée populaire, comme celle du peuple d'Ephèse dans son théâtre, est encore une <( ekklesia ^ ». Ce sens littéral est celui que les Septante ont adopté^. Mais « ekklesia » pouvait prendre et a pris un sens symbolique dérivé du sens littéral : les Septante ont appliqué le mot à l'assemblée idéale du peuple de Dieu *, et nous retrouvons cette acception dans les plus anciens textes chrétiens, où « ekklesia » désigne le nombre total des chrétiens, des « saints », l'Israël nouveau : c'est dans ce sens que saint Paul se reproche d'avoir un temps persécuté « l'ekklesia » de Dieu, et que l'évangéliste

i. Voyez G. Glotz, art. Ekkt.esia du Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, et A. Hort, The Christian Ecclesia (Londres 1897), p. 1-21.

Page 1