‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 3)Chapitre 10 sur 46 · AO ÉTUDES D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

AO ÉTUDES D'HISTOIRE

Par réaction, un rigorisme s'affirmait, impérieux, non moins redoutable à TEglise, mais dont on est surpris de constater combien fut grande la popularité.

IjEi^angile selon les EgyptienSy au milieu du second siècle, prêtait au Sauveur les maximes de l'ascétisme intégral. Jusques à quand dominera la mort? demandait Salomé. Et le Seigneur répondait : « Elle dominera, tant que vous, femmes, vous enfanterez. » On ne pouvait plus nettement faire de la virginité une condition du règne de Dieu. Le Seigneur insistait : « Je suis venu, disait-il, supprimer les œuvres de la femme*. » Un temps viendrait où « le vêtement de honte, c'est-à-dire le corps, serait foulé aux pieds », et où « il n'y aurait plus ni mâle ni femelle ».

Dans les Actus Pétri cum Simoney découverts par M. Studemund, et qui sont un fragment de la 7tsp(o$o; nérpou du II® siècle, la prédication de saint Pierre à Rome a pour maxime première l'observation de la chasteté. Ainsi l'entendent bien les femmes qui se convertissent, non seulement les concubines du préfet Agrippa, mais tout autant la femme légitime du clarissime Albinus, ami de César. La conversion est à ce prix : « Complures aliae honestae feminaSy dudientes i^erbum de castitate, recedebant a viris suisy et i^iri a mulieribusy propter quod sellent caste et munde Deo servire^. »

1. E. Nestlé, iVout Testamenti graeci supplementum (Leipzig 1896), p. 7i.

i. R.-A. Lipsius, Acta PeM (Leipzig 1891), p. 85-87.

Dans les AcCa Tkomae, le Christ tenait à deux jeunes époux, au premier soîr de leurs noces, le discours suivant : « Si vons vous abstenez iJe co oiimmerce de souillure, vous deviendrez des temples saiuts, purs... Vous aurez préféré les noces pures et véritables. Vous serez les paranymphes [de l'Époux céleste], ceux qui entrent dans la cliamhre nuptiale de l'immortalité et de la lumière, » Les deux jeunes époux sont convaincus, et le lendemain ils font part à leurs parents de la joio inattendue qui les remplit. B Bien loin de moi est l'œuvre de honte et de confusion, s'écrie l'épousée : je suis unie à un homme véritable ! » Et l'époux : n Merci à toi, Seigneur, qui m'as éloigné de la souillure, qui as semé en moi la vie, qui m'as guéri de l'incurable, qui m'as donné la santé de la sagesse'. "

Dans un autre épisode des Atta Tkomae, une femme de qualité, Mygdonîa, est convertie par l'apùtre au dessein de a demeurer dans une pureté perpétuelle H. Le mari, Charisios, porte plainte auprès du roi contre saint Thomas, ce magicien héhreu qui prêche un Dieu nouveau, et qui proclame que si les maris n'abdiquent pas leurs droits sur leurs femmes et pareillement les femmes leurs droits sur leurs maris, il n'y a aucun espoir de vie éternelle. Thomas se défend devant le roi ; a S'il faut, dit-il, obéir a. un roi da ce monde, combien plus faut-il obéir an roi céleste, avec pureté, hors de tous les plaisirs charnels, loin de toute fornication, de toute luxure, de tout larcin, de toute ignominie, de toute servitude du ventre et de toutes les actions i

i«(éd. Uax Bd:i»et), p. Il-lï. Ci. [: I

ÉTUDES DHtSTOlRE

Dans les Acta Pauli et Theclae la prédicalion prêtée à saint Paul se résume on quelques béatitudes où l'aflcétisme a le premier rAle. Paul étant venu dans la maison d'Onésipliore à Iconium, o il y eut ^'rande joie, et prière à genoux, et fraction du pain, et discours de PanI sur la continence («pi i-^^a-^tiai) et sur la résurrection u. Paul disait : « Heureux ceux qui sont purs de cœur, car ils verront Dieu ; heureux ceux qui gardent pure leur chair, car ils deviendront le temple de Dieu; heureux les continents ièy"?""!)' car Dieu leur parlera; heureux ceux qui ont femme comme s'ils n'en avaient point, car ils hériteront de Dieu; heureux les corps des vierges, car ils plairont à Dieu et ne perdront pas le prix de leur pureté. » La vierge Tliékia, entendant celte prédication, renonce à son fiancé et au mariage promis. Grand est l'émoi dans Iconium, car toutes les femmes et tous les jeunes hommes vont entendre Paul et recevoir sa doctrine, qui est : n II faut craindre un seul Dieu et vivre dans la pureté i>; et encore : « Il n'y a de résurrection que pour qui demeure pur '. »

Pour ces moralistes, la vie chrétienne n'est véritable que si elle est la pureté des anges. La continence est la vertu à laquelle on s'engage par le baptême. Hors de la pureté pas de salut. Cette morale a un nom dans les hérésiologies, l'encratisme, mais les Encratites ne sont pas une secte. Saturnin et ses disciples sont signalés par saint Irénée (Irénée dépend ici de saint Justin) comme « séduisant nombre d'âmes par leur continence affectée », comme professant que le mariage et la paternité sont œuvres

a Ptiri (fd, Lipsiui;), p. iim-ili.

sataniques. Mais Marcion aussi est signalé par saint Irénée comme le maître de ceux qui sont appelés continents, qui prêchent contre le mariage, qui détournent la créature de sa fin, qui accusetil obliquement celui qui créa dans l'humanité le mâle et l.i femelle'. I/encratisme déborde l'école de Marcion. Car Jules Cassianos, signalé comme le doctrinairf de l'encralisme [Encrniitartim vcl acerrimiis haeresiarches], est un disciple, non de Mareion, mais de Valentin *. L'auteur des Philosophnamena \ca. 220- 230), qui a pu voir autour de lui beaucoup d'Encratites, assure qu'ils ne sont point dissidents de In foi de la grande Église. « lisse donnent, dit-il, le nom d'Encralites ; mais sur Dieu et sur le Clirist ils professent exactement la foi de l'Eglise '. » C'est un encratite sûrement cet évéque de Cnossos auquel Denys, évéque de Corinthe [ca. 170), écrit de ne point B imposer aux fidèles la chasteté comme un lourd fardeau, mais d'avoir égard à la faiblesse de la plupart* ». L'encratisme est donc un esprit, non une secte, un esprit répandu dans rÉglise même, au second siècle.

De cet ascétisme catholique, on a un spécimen dans la Secunda démentis. L'auteur cite la maxime de l'Évangile selon les Égyptiens sur n les deux qui deviennent un 11, sur l'annihilation des sexes : « Si vous faites ainsi, le royaume de mon l'ère viendra, u Sans doute, le presbytre, anonyme auteur de celte homélie qui porte le nom de Seciinda démentis, atténue

s. HieiiinvH.

L Philoiophi

ETL'OES DUISTOIRK

rigueur de la maxime prêtée au Christ; mais il cite, elle avait donc cours et autorité parmi les Idèles. Son homélie est toute pénétrée d'ascétisme, lirélieii doit « garder sa chair comme un tempift Dieu «. Il doit « garder pure sa chair et observer commandements du Seigneur, pour conquérir la' éternelle ». 11 doit n garder pure sa chair et ii laculé le sceau [de son baptême], pour conquérir 'élernelle vie n. Car ceux n qui n'auront pas gardé sceau, leur ver ne mourra pas, leur feu ne s'éteindra pas ». Et le presbytre résume toute son homélie et morale, en disant : u Je ne crois pas vous avoit inné un vil conseil sur la continence Kn un temps où le martyre était un sort ordinaire, n faut pardonner à la prédication populaire d' demandé à tout chrétien de l'héroïsme. Mais, évidemment, la distinction des préceptes et des conseils ■quait pas dans cette prédication.

Si répandue qu'ait pu être celle morale ascétique, i est incontestable qu'à câté d'elle, moins ambi- '., moins littéraire surtout, s'arfirmait une morale msihlemenl différente, qui a trouvé dans le Pasteur as son expression la plus autorisée^.

f Comme VEpître aux Hébreux, comme la Prima tri, comme la Prima Clemenlis, le Pasteur d'Hers est un document romain. A celte origine il dut

Il II cii-m.i. 8,9, i:(. i:i,

VoyrE ilaoB t'<>[>[trc: de saint tgnnr.e A'I P/tiladelph. VUl,

e qui peul s'interpréter dnns le mamo ai-ns derindiilgenee pou».

pônltenla; mais je D'oserais le hrcBser trop '

ET DE THÉOLOGIE POSITIVE. hh

(le so répandre très vite et très loin. De plus, il est nne apocalypse : le nom d"Hermas, qui so donne comme le voyant de celte apocalypse , rappelait un chrétien salué, par saint Paul à la fin de 1'^pllre aux Romains : llermas lui-même prt'leiid recevoir l'ordre d'adresser son apocalypse à un Clément {Vis. II, 4, 3), que l'on devait aisément confondre avec l'auteur de la Prima Clementîs. Ces rencontres ou ces artifices contribiièrent à aei:rôditcr le Pasteur. Irénée et TepluUîen le citent comme une a écriture n;\e De aleatoribus et Clément d'Alexandrie, comme une « écriture divine »; Origène. comme une n écriture reçue dans les Églises, mais non reconnue par toutes pour divine ». L'Église de Rome, qui avait un canon plus ferme et quelque raison de connaître mieux l'origine du Pasteur, déclare, dans le Canon dit de Maratori, que celte apocalypse n'a rien d'apostolique, qu'elle est au con traire une composition toute récente, qu'elle a été publiée à Rome sous l'épiscopat de Pins [ca. 140- 150), qu'elle est l'œuvre du frère môme de Pins, et qu'on doit la lire, mais qu'on ne peut pas la lire publiquement au peuple dans l'église comme si elle était à mettre au rang des écrits des prophètes ou des apôtres '. L'Église de Rome, en dissipant l'équivoque dont aurait pu s'accroître le crédit Aa Pasteur, confirmait cependant l'autorité de ce livre né dans le presbytérat romain, et qui, s'il n'avait rien du caractère d'un livre prophétique ou apostolique du canon, s'il n'avait pas non plus la haute dignité d'écrits, comme la Prima démentis, lus piiblique-

a (FreihurK iS9a). n

KTt'DES O'HtSTOIRK

I ment au peuple, eiprimait cependant la doclrine i presliyléral romaiu.

I.a rapidilé avec laquelle le Pasieiir se répandif témoin Ipénée, Terlullien et Clément d'AlesanJria la persistance du crédit qu'on lui attribua, prouvai que la doctrine du Patiteiir répondait à des sentirai réels et communs. L'esposition du Pasteur qui n rien d'abstrait, où l'Iiellénisme d'un Justîa ne | montre pas plus que la spéculation gnostique, oàl genre apocalyptique adopté par l'auteur n'a pas \ emprunt à l'imagerie judaïque des anciennes apt " lypses, où l'allégorisme, celui de X'EpUre aux Se- \ \reax ou de VEpilre de Barnabe, ne marque pas. et où ne marquent pas davantage la dialectique et les concepts des épilres de saint Paul, celle expoe lion dépouillée donne l'impression d'un cliristianisn pratique, préoccupé de conduite et de salut, d'œuvrt pies et de fins dernières. On a dit, avec justesse, i le Pasteur « nous apprend combien le christianisdi de la communauté romaine primitive porte dfl clairement le cachet du catholicisme romain ulâ

' rieur », et on en a pris occasion de conclure qaa M faut bien se garder de ne consulter que le philos Justin pour connaître » la conscience chrétienne i i\' siècle, n mais aussi, et plus encore peut-être i l'écrivain populaire, le prêcheur peu lettré

I pense et sent comme la foule », et dont l'inva lion pauvre et sans éclat nous révèle « plus fidèï

V ment sans doute le sentiment populaire et la foi da

f simples 'n.

Or il n'y a qu'une pensée dans le Pasteur, qui a.

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de rendre l'espoir du salut au chrétien tombé dans le péché. Sa thèse géuérale est « le pardon des péchi-s il la suite d'une sincère repentance » ; la mission revendiquée par Ilermas est « l'annonce aux saints dé chus que. raSrae pour eux, il y a encore possibilité de I récupérer le salut perdu, à condition que sans aucun délai ils se repentent de tout leur cœur ' n .

Prenons garde toutefois que ce message dont slcharge Ilermas semble assez nouveau pour qu'Hermas ait senti le besoin de l'attribuer à l'Église elliimême. Une femme Agée, personiiincation de l'Église, est apparue à Ilermas, qu'elle appelle Ilermas « au grand cœur, impassible, toujours riant >•, Hermas le continent » ('EpuSç 6 ly^f-fr/ii;] ; elle lui a donné l'ordre de purifier sa maison de tout pêcbé, car Dieu veut garder la maison d'IIermas. Pour cela, qullermas ne cesse de ramener ses enfants ii leur devoir. aGn que Dieu puisse guérir les fautes de la maison d'Hermas et de tous les saints. Le desseiu de Dieu, révélé à Hermas par l'Église, est extraordinaire comme un jubilé. Ilermas, semble-l-il, n'ose présenter le pardon qu'à titre de grâce exceptionnelle et seulement en vue de la fin prochaine du monde. Toutes les fautes commises par les enfants d'IIermas et tous les saints, « jusqu'à ce présent jour » oii l'apocalypse est donnée, leur seront remises si de tout cceur ils se convertissent; mais, passé ce jour fixé, si une faute est commise par eux, plus de salut, car la conversion pour les justes a une fin. Quant à Hermas, ce qui le sauve, c'est sa simplicité et sa continence (tioàXJ) i-jnfâziitt); l'oncratisme reste pour l'É-

KTUDES DUISTOIRE

^^^glise un idéal : U est l'hoDneur et le salut d'IUrmas;

^^B^IDais les saints faillis se voient octroyé un droit ai

^BT repentir. Ud jour est uuuoQcé. jour de pardon, C

^H E tous seront puriliés de leurs fautes antérieures '

^V Une tour est montrée à Hermas, qui se bâtit stu.

l'eau, car leau du bapt()me est la source unique delà

vie et du sulut. I.a tour est construite de piètres o

biques, blanclies, appareillées, qui Tigurent les ap(

Itres, les épiscopes, les didascales, les diacres, qui ont rempli leur ministère avec pureté, et dont k nus soûl morts, les autres vivent encore. Puis d'a^ très pierres, qui figurent les martyrs et les lîdèl saints. Au pied de la tour oh peut voir les pierres q sont inutiles et refusées à jamais : les faux fidèl qui ont cru hypocritement, c'est-à-dire sans rU abandomier de leur iniquité; ceux qui ont cru, ma 1 qui n'ont pas persévéré; ceux qui ayantla foi ont ren

le Seigneur au moment de la tribulation : pas de sal ( pour eux. Entre les saints et les réprouvés, il y a b V fidèles qui ont péché et qui veulent se converti* nqu'ils se convertissent et ils seront acceptés dans le rassises de la tour. Mais si la construction de la toi ftest achevée avant qu'ils se soient convertis, ils n'ai Jifont aucune place dans l'édiûce *.

Hermas maintient l'idéal de la pureté baptismalt ;ette chasteté de la vérité (a-pÔTTyç tt^^ àXiiBEÎa;) dontle rrais chrétiens ne doivent point déchoir. II conço l'Église comme une Eglise de parfaits. Mais l'îndq jfence le presse, et la lutte de son idéal et de son i( nolgence, qui résume la vie morale de son temps, ai ^u fond le vrai sujet du Pasteur. 11 conçoit le sali

plus large que l'Église visible : des âmes se converlîront qui pourtant dans la tour mystique ne seront pas appareillées, mais seulement dans une autre place beaucoup plus humble', La tour mystique est gardée par sept femmes, qui sont sept vertus : la première est la Foi, quia pour fille la Continence (JYXpiÎT(ia].l.es autres vertus sont la Simplicité, la Science, l'Innocence, la Pudicilé, la Charité. Celui qui accomplira les œuvres de ces vertus, aura sa demeure dans la tour avec les saints de Dieu. Mais de toutes ces vertus la plus belle, la préférée, est la Continence, et " quiconque observera la Continence sera heureux en celle vie et héritera la vie éternelle ' u. Ceux que le Seigneur élit pour la vie éternelle « seront sans tache, purs ■>, leur cœur immaculé; la vie chrétienne confiiste à croire, à craindre Dieu et a èlre contlnenl^. Mais cet eucratisme est un encratisme adouci : être continent, pour Hermas, c'est s'abstenir de toute malice et faire le bien. L'encralile d'Hermas s'interdira l'adultère et la fornication, l'ivroguerie, le vol( le dol, le faux témoignage, le blasphème, l'hypocrisie : pratiquera la foi, la crainte de Dieu, la charité, la concorde, la patience; il secourra les veuves, les orphelins et les pauvres; il sera hospitalier et aumônier *. Ces commandements sont élémentaires et ils représentent que les devoirs communs de la vie chrétienne.

La vie chrétienne perd de son héroïsme pour dever réalisable. Encore parait-elle à Hermas difTicile à

GO ETUDES D'HISTOIHE

pratiquer fidèlement. Le Pasteur l'assure que le chrétien n'a qu'à se revêtir de la concupiscence du bien et détester la conoupisL-eoce du mal, pour se mener où il voudra comme on mène un cheval dressé. Mais cette pédagogie paraît à llermas surhumaine ; il doute que de tels préceptes, qui sont beaux, puissent être observés, car ils sont « excessivement durs ». Le Pasteur réplique que l'énergie de l'homme y peut suffire : « Si tu te dis qu'ils peuvent être observés, tu les observeras aisément. ■ Et l'obligation n'en est pas moins impérieuse : u Si tu ne les observes pas, il n'y aura de salut ni pour toi, ni pour tes enfants, ni pour ta maison. » Tout de suite pourtant, le Pasteur, comme déjà l'Eglise, enseigne que le chrétien failli ne doit pas désespérer du salut : qu'il se convertisse de tout son cœur, qu'il accomplisse la justice tout le reste de sa vie, et Dieu, qu'il servii'a en droiture, est disposé à guérir ses fautes antérieures ' .

Ainsi la doctrine essentielle d'IIermas est bien de réagir contre le rigorisme en le ménageant, de conserver ses préceptes en les interprétant avec bénignité, et d'autre part d'affirmer la vertu du repentir. Hermas, en effet , ne conçoit pas que Dieu soit un maître dur et jaloux. Le Seigneur est magnanime, dit-il, et dès lors qu'il a appelé des âmes à la foi, « il veut les sauver » '. llermas dit encore : « Dieu n'a point de ressentiment contre ceux qui reconnaissent leurs fautes, il leur est miséricordieux ^. » Mais cette paternité miséricordieuse et magnanime, ce désir divin du salut des âmes baptisées, est inefficace sans le mou-

ET DE THÉOLOaiE POSITIVE,

tnt propre du pécheur, qui ue saurait ëlre gucri s'il n'a voulu lui-même sa guérïsou .

|lel est le principe de l'indulgeDce, il est clair Encune faute ne devra être exclue du droit d'en pêficier. Seul les pûclicurs seront réprouvés k qui mt péché et qui ne se sei-oul point convertis », me les païens seront réprouvés parce qu'ils n'ont Inconnu leur créateur '. La concupiscence du mal ffifigurée aux yeux d'Ilermas par des femmes belles, mais de noir vêtues, aux épaules découvertes, aux cheveux épars, tandis que les vertus sont figurées par des vierges pudiques et blanches, llermas imagine des fidèles, qui, après avoir pris rang avec les saints dans la tour mystique, se sont laissé détacher de la tour par le désir de ces femmes mauvaises. llermas demande : o Si ces hommes se convertissent, s'ils répudient le désir de ces femmes, s'ils reviennent, ne seront- ils pas à nouveau recueillis dans la maison de Dieu? ■> Et llermas s'entend répondre : « Oui, ils seront recueillis, à condition qu'ils répudient les œuvres de ces femmes... Mais s'ils ne se convertissent pas, d'autres les remplaceront, et eux pour jamais seront rejetés ". »

Nous pouvons préciser : l'adultère, le meurtre, l'apostasie, ces trois fautes qui plus tard constitueront de véritables cas réservés, ne sont pas exclus du bénéfi ce du pardon.

[ermas suppose le cas où une femme chrétienne

|i«I KTUDES DHISTÛIHK

tcommet un adultère. En Romain qui sait que l'adul' Itère enlralnc la répudialinn, Hermas se demande le mari pèche en continuant de vivre avec sa I femme coupable. La rt^ponso est qu'il ne pèche pas. Itont qu'il ignore l'adultère de sa femme; mais s'il i cunnaissance et si sa femme ne se convertit Ipas, mais persévère dans sa conduite coupable, il I doit la répudier et vivre seul. Que si sa femme, après 1 avoir été répudiée, se convertit, fait pénitence Kveut revenir à son mari, son mari doit la recevoî Ket, s'il ne la reçoit pas, il commet un grand pécl T Car B il faut recevoir celui qui a péché et qui l convertit » de son péché '. Et son mari, après l'a^ répudiée, n'a pas la faculté de prendre «ne aul ' femme, pour cette raison, non pas que le premiei [ mariage demeure, mais que le mari, prenant une sei conde femme, ravirail à la première l'oceasion de se repentir, si indiscutable est pour Hermas le droit l'adultère au pardon.

Que le meurtrier ait droit aussi au pardon, c'est qu'établit au mieux un récit rapporté par Cléou d'Alexandrie et emprunté par lui très certainement â l'enseignement des presbytres d'Asie *. Il est peu de ■cits plus populaires. Lorsque l'apôtre Jean fut re- 1 de l'île de Patmos à Êphèse, sollicité de tous 'Mes, il allait visiter les localités voisines peuplées de ., tantôt pour établir des évêques, tantôt pouP, admettre dans le clergé les fidèles que l'Esprit-Saii

îse

I ). Mancf. IV, 1.

'limi Haivelur. Ce rëcll n'a rien de commun a\ el le pseado-Alji< iM le lient de Clémeot par l'interméd [aire cl d'EUBèl>e (ir. £. m, i3). Clément le donne Gomme vu » «opaiiSopivov xal |i.v:^iLig laipiiaf^vov, nu récit Iraditlonsel

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r désignait, tantôt pour organiser entièrement des Eglises. Il vint ainsi k une ville peu éloignée, « dont quelques-uns disent le nom ». L'apôtre y retnarc|ua un adolescent, beau de visage et de caractère ardent, qu'il recommanda solennellement à l'évêque. ■ Le presbytre, ayant pris l'adolescent dans sa maison. le nourrit, l'édoqua et finalement l'initia [aux saints mystères] ; après quoi, il se relûclia de ses suins et de sa vigilance, pensant que le sceau du Seigneur était une suffisante sauvegarde. « Le jeune homme fut entraîné par des adolescents de son âge, oisifs et dissolus : ce furent dabord des banquets, puis des courses nocturnes pour détrousser les passants; eniin, " méconnaissant entièrement le salut de Dieu, cl ne voulant plus rien que de grand dans le crime même, il réunit ses amis, forme une bande de brigands dont il prend la conduite et devient sans rival dans la violence et le crime. » Quand l'apôtreJean revint et qu'il demanda à Tévéqne ce qu'il avait fait du dépôt confié à sa garde, l'évêque ne put que répondre en pleurant : « Celui-là est mort, n Et comme Jean demandait de quelle mort : « Il est mort à Dieu, » répondit l'évêque.

Ce récit est trop connu pour que nous ne l'abrégions pas. L'apôtre Jean court à la recherche du jeune homme, qu'il trouve dans la montagne au milieu de sa troupe. Mais le jeune homme à la vue de l'apôtre prend la fuite. Et Jean courait après lui de toutes ses forces, oublieux de son âge, criant : « Pourquoi fuistu, mon enfant?.,. Je suis ton père, aie pitié de moi, mon enfant, ne crains rien, tu as encore l'espoir de vivre.., n L'autre « s'arrêta, baissant les yeux; enynite il jeta ses armes ; puis, tremblant, il se mit à

ÊTt'DES D'UISTOIKB

^^Plard, ses sanglots éU) ient toole sod apologie, ses larmes le baptiaaipnt une seconde fois <•

Adultères et meurtriers peuvent donc retrouver 1»; vie ijuils ont perdue. Hermas n'exclut pas les apoetats, mais pour ces derniers il dislin^ie les espèces ne leur apostasie. Il accorde la faculté de se convertir hnx clin^liensqui ont renié le Seigneur, pourvu qu'ils Âe l'aii'ut pas renié de cœur. Et, de peur que cettA

uisliqnc ne fausse la règle du devoir, Herm:

marque que celte faculté vaut pour le passé et nt

lour l'avenir*.

Toutefois on ne conçoit pas que l'exercice de ce^

Ejniséricorde divine soit sans condition et, pour aini

Idire, à la seule merci du pécheur. Que le pécheur 9

I convertisse de tout son cœur, mats qu'il ne croie pav

■ que ses fautes lui sont remises aussitôt, car il nW > pas tout & fait « ainsi. Nos moralistes du secon

V'Biècle distinguent la conversion {fi^iivatx) et la gu^

Tjfîson ((aaiî) : la première est l'œuvre de l'homni

' pécheur, la seconde est le don de Dieu. Il faut que

une fois converti, le pénitent fasse souffrir son âmft

il faut qu'il l'humilie; il faut qu'il la mortifie. Ce

■ seulement après ces épreuves que Dieu lui donnen i guérison. Ce mot de guérison revient à raaînti

reprise sur les lèvres d'Ilermas. Il la comprend lomme une intervention de Dieu. Car à « Dieu seul i 1 appartient de guérir, lui seul étant tout-f Au pécheur il appartient de se purifier de ses actioni jnauvaises et de n'ajouter plus une faute aux fautâi

. Hcrmas [Sim. VIII, lî, 3) présenle de anàea^arii. cl. Sim. IX, lu, 3-4.

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