‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 3)Chapitre 13 sur 46 · I. NOUS cl · texte numérisé non relu

I. NOUS cl

d'après l'éJUIon de E. Piiec9che!i, TerlulUan, De p * " ■" iliurg IBBI), qui a l'aTSiiiisge dB subilrtii

kti:des d'histûikk

F comme il Iclail encore àsaint Irénée : le DepaeniteA- \tia esL adressé en effet aux catéchumènes, ou, comme J TerluIUen les appelle, aux audientes {vi, 14, 15, 17, [ 20), aux <t nofUioli qui incipiunt divints sermonibut maures rigare * {vt, li. L'Église a êlê pressée d 1 Utuercet apprentissage, cette probation. Le baptèSH I est toujours une nouvelle naissance : encore faut^ Ique le nouveau-né soit viable.

Les âmes sont religieuses si profondément {

\ devenir chrétiennes n'est pas pour elles un effort b

I tellectuel, mais bien un effort moral, et c'est de cetti

dilTicblté que Torlidlien a souci. It connaît (

hommes portés à penser que Dieu se contfinle {

l'hommage de noire cœur et de notre esprit, et n«

lient quittes de nos actions : ils pèchent, mais Isi

foi est sauve, et sauve aussi leur crainte de Dio

Déjà Hermas dénonçait cette doctrine, pure esprei

BÎon de la sagesse païenne, pour qui la nature e

I bonne, et pour qui à suivre la nature il n'y a poij

t matière à offenser la divinité. Pour le chrétien, i

I contraire, il y a conflit enti-e sa loi morale et la n

ture ; il y a incohérence entre celle indifférence mî

raie et la foi; comme Hermas, Tertullien voit daB

L oetle incohérence une redoutable hypocrisie : « /«J

I ingénia de semine hypocritarum puUulare constn

\,runt » (v, 10-12).

Même cheisles catéchumènes, Terlullien surpren

ùcombien leur coûte ce nécessaire changement de li

intérieure. Us sont assurés de trouver dans le bapi

I le pardon de leurs fautes, et ils abusent i

I assurance pour en commettre de nouvelles, e

Bâttendant le baptême : insensés qui escomptent 1

irdon de leurs fautes sans en faire pénitence.

ET DE TUEOLOGIE POSITIVE. 7i

La pénitence est-elle donc devenue une condition de la validité du baptême? Tertullien lui-nii5nie va au-devant de cette objection. Non, répoud-il, je ne restreins pas l'efficacité du baptôme : le bienraît divin de la rémission des péchés reste entier à qui l-.sI plongé dans l'eau du baptême. Mais pour en arrivée là, il faut travailler. Qui consentirait à donner le baptême à un homme dont la conversion serait incertaine ?

Cependant, objocte-t-on. Dieu est engagé à remettre leurs péchés à ceux qui reçoivent le baptême, et c'est pour lui une obligation, ceux-ci fussent-ils indignes. Sans doute, répond Tertullien, Dieu s'exécute. Mais croyez-vous que sera durable ce que Dieu a accordé par force? Est-ce que nous ne voyons .pas faillir beaucoup de baptisés? Que l'on ne se ' flatte donc pas : le baptême est la consécration de la 'foi, et la foi commence par la sincérité de la pénitence : 1 AW ideo iibliiiniur ut delinquere deainamus, sed quia desiimus iam corde loti sumus » (vi, 1 11-17. et. Il, 3-7). Bien plus fortement qu'en aucun , texte du Pasteur s'affirme ici la condition morale de ITinitiation cbrétienne. Des rites païens, isiaques ou ;mîthriaques, peuvent promettre la purification à 'l'homme souillé de fautes ; niais si le iDaptême chré- , tien a ce pouvoir purificateur, s'il est un acte phy- 'sîque infailliblement efficace quelle que soit l'indignité de celui qui s'y présente, on est en droit d'exiger de celui qui sollicite le baptême une conversion préalable et sincère des mœurs : la foi pui'e ne suffît pas, il y faut joindre cette « paenitentiae fides n, cette conversion de cœur, que Tertullien fex^tepreaque au détriment du baptême, puisque, à

ÊTL'DKS DHISTOinE

per

^^ Dit

k ter

iSOsyuiuc,ceUe conversion est déjà une purifi cation. Par là du moins s'allirme la conception morale de la vie [ohrQlienne, conception qui fera accepter la pénitence mme un acte normal, et non plus exceptionnel Tertullicn se représente celle conversion anté- 'ieure au baptême comme un état dont le baptisi proposer de ne jamais déchoir : o Paenitm-tiam se/net capessendam et perpétua continendam* (vi, 1), Un seul retour au pécliô sufilrait à 1 mentir, à la ruiner : il faut donc que le baptisé, dès U iqu'il sest acquitté de la pénitence do ses fautes a tÈrieurea au bapU^me, ne retourne jamais à o fautes (v, 1-9). Pour Tertullien, comme pour Hep? mas, la vie chrétienne devra être un encratism lUmtinu. N'y aura-t-il donc pas de pardon pour le baj tisé, s'il tombe dans le péché ?

llermas enseignait que ce pai-don existe, au moii pour une fois, et nous avons vu combien ce pard(M timidement présenté, paraissait répugner encore an lidèles de son temps. Au moment où Tertullie publie le De paenitentia, il semble que cette i pugnance s'est rendue. Ecrivant pour des catéchi mènes, il coûte à TerluUien de parler de ce droit, i peur d'encourager par là les baptisés à croire qu l'on peut pécher. Mais, en réalité, il n'est permis personne d'être pervers parce que Dieu est bon, Dieu ne peut pas ne pas être bon. Dieu sait la coQ idilion de l'homme en cette vie : il sait que le dému lille, assiège l'homme : concupiscence d( . chair, séductions du siècle, terreur des puissance terrestres, fausses doctrines, scandales, tentationsj démon se sert de tout. Or le baptisé ne peut plaBI : baptême. 11 lui restera de recourir à v~

nouvelle pénitence. Mais il ne saurait y recourir qu'une fois. C'esL la pénitence seconde, après laquelle il n'y en a plus. « Collocadt [Deits] in veHibulo paenitentiam secundam, quae pulsanUbua pate/aciat [ianuani] : sed iam semel, quia iani secundo, sed amplius nunquam , quia proxime frustra » [vu, 9-10).

Nulle trace chez Terlullîen des hésitations sensibles encore chez Hermas. TertulUcn affirme le di-oil au pardon au nom de l'Écriture. Il réfutait, sans lo savoir, les critiques modernes qui ont voulu faire de l'encratisme la loi de l'Eglise primitive alors qii'elle n'en est que l'illusion. Est-ce que Dieu ferait de si vifs reproches aux sept Églises de l'Apocalypse, si ces Eglises étaient incapables de repentance et de pardon ? « Non comniinaretur non paenitenti, si non ignosceret paenitenti. n Que signifierait la parabole de la drachme perdue, do la brebis égarée, de l'enfant prodigue? Le père de l'enfant prodigue, c'est Dieu même, et cet enfant, c'est toi, pécheur, loi, son fils : encore que tu aies gaspillé ce qu'il t'availdonné, et que tu reviennes nu, il te reçoit, parce que tu reviens, et il se réjouit de ton retour, mais tout cela parce que tu te repens de tout cœur, parce que tu compares ta famine à l'abondance des mercenaires de ton père, parce que tu abandonnes le troupeau immonde des pourceaux, parce que tu demandes pardon à Ion père. TertullicQ insiste sur ce fait que le prodigue crie son péché à son père, et de conclure : « Tanuim relevât confessio deliclorum, quantum dissimulatio exaggeraC » (viii, 1-9).

TertuUien va préciser ici plus nettement que nulle part n'a fait Hermas. Cette pénitence seconde doit

iTUDES d'hISTOIIIE. I>

ÉTUDES D'tlISTOIRE

S extérioriger par ud acle. Cet acte, qui porte, nous (lit Tertullien, un nom grec, lïojjwiÔYii'iiï, est l'acte par lequel nous confessnDB au Seigneur notre faute, non que le Seigneur l'ignore, mais parce que cette cen- Tession engendre la repenlance, et que la ropentance apaise Dieu :

Huiuspaenitentiae£ecundaeetunius...operosîorprobatio, ut non sola conscientîapraeferatur, sed aliquo etiam actu administretur. Is actus, qui magis graeco vocabulo exprimitur et frequentatur, iïo[iolôiTjaiî est, qua dclictuin Domino nostntm confitemur, non quidem ut ignaro, sed quatenus satisfactio confessione disponitur, confesaione. paenitentia nascitur, paenitentia Deus mitîgatur (ix, 1-2).

On voit la préoccupation que Tertullien a ici de plus qu'IIermas : celle pénitence seconde doit être éprouvée laborieusement, et on ne peut la laisser &. l'arbitre de la conscience du pécheur. Cette pénitence sera donc publique.

Et, en elfet, c'est bien un exercice public de pénitence qui apparaît ici aussi clairement qu'on le peut désirer. La discipline veut d'abord que le pécheur couche sur la cendre et se couvre d'un sac ; il ne doit plus se laver; il ne doit-plus se nourrir que de pain et d'eau ; le jeûne s'ajoutera à la prière ; il gémira, il pleurera, il mugira les jours et les nuits vers le Seigneur, son Dieu, Mais voici qui est plus caractéristique : il se jettera aux pieds des presbytres, aux genoux des [saints] cliersà Dieu', et à tous les frères il demandera de prier Dieu pour lui : « Presbyteria

■ CoKs Dei ■ désigne les conr<!Sseurs ou tnartj'rB qui uni survécu 1 ■ mutyre el dont 11 sers qoeslion |>lus luin, comme aussi bien lee | Rives, dont Terlullien algnalB la présence à cOlé dea presbylres [Dt J

advolvi, et caris Dei adgeniciilari, omnibus fratiibim legationes deprecationis sitae iniungere : haec oninia exomologesis >> [ix, 3-5). N'oublions pas (]ue-Ie De paenitentia est un Iract destiné aux catc chu mènes. ils auront vu pareQIes scènes aux portas des églises carthaginoises, — ils auraient pu les voir tout autant à Rome', — et ce devait être nu spectacle pitoyable: Tertullien le développe comme une leçon, dont ses lecteurs ont à profiler. Elle leur inspirera la fuite du péché.

Mais ne les décourage ra-t-elle pas de recourir, le cas échéant, à ce violent traitement de l'exomologèse? B Exomologesis prosternendi et humilificandi ftominis disciplina est u [ix, 3). Qui pourra s'y soumettre de son propre mouvement*? Car il ne saurait i^lre question d'une sentence de l'autorité pour l'imposer au pécheur, s'il s'agit de fautes qui ne sont point notoires. Aussi n'est-on pas surpris de voir TerluUien avouer que la plupart des pécheurs se soustraient à cette exomologèse, ou la diffèrent indéfiniment : " Ple-

i. Voyei! dans Eusèlie. if. E. v, j8, là, la descripliod de retuinologâae de NataLios. • revêtu d'un sac et d'un cUlce, cuiiverl de cendres, contrit et pleurant, «e jelanl suppliant aux pieds de l'cvi^quo Zt'plij'rïn, se roulant aux geuaui non geulemeat du clergé, mala aussi des laiqnes, si bien que l'Ëgliae du christ misâricordleui tout eniiere, prise do pillé, fondaitcn larmes. • Natalios avait abandonné l'Ëgllse pour s'atiaclier au scliiitne de Tlicodote : je no mentionne son cas que pour la description de son exomologËie.

3. S"il a'agil de lames secr6tes, «t tel es! bien le cas le plas fr*iuent. Tertullien ue pense qu'aux Taulea secrètes quand il Ccrit : • Grande plane emulumeu lum verecundiSBoccullalia délie tipoilicelurtVideliaet siqtiidliuntaiiae noIitiaesubduierimus.proindeetDeumcelabiniusT... Aut melius est damnatum latere, quam palam absolvi? • Depaenit. x, 7-S. ~ Pour les scandales noloires, une aentenco pou\all inlerrenir pour cliasser le coupable do rÊElise. Tcrtull. Apologet. 30 : :.. eiliorlalionea, castiBationes et censura diting ; nam et iudicalur maa pondère. ... si quia ita deliquerll ut a comiaunlcalione il relegctur. »

kài

KTL'DES D UISTOIRE

rosque hoc opiis, ut publkalionem sui, aut suffugere aut de die in diem differre praesumo e (x, Ij. n faut que le nombre des pécheurs qui se souraellenl à l'exomologèse soit bien petit, pour que TerluUiec présume que la plupart s'y soustraient. A ce compte, que d'hypocrites recèlera l'Église?

TertuUîen soulève ce doute, mais il ne le résout pas 1 il n'est pas dans son plan de le résoudre. Pareillement, son lecteur se demande quelle est la durée de cette cxomologèse et si le pécheur qui s'y soumet en est jamais relevé. En réalité, cette exomologèse était, selon les cas, temporaire ou perpétuelle, nous le savons d'ailleurs ' . Mais le De paenitentia ne le dit pas.

Sur retficacilé de rexomologèse,Tertullien est plus arUrmalîT. L'esomologèse, dit-il, a pour effet de prononcer la sentence de châtiment du pécheur, de faire fonction de l'indignalion de Dieu, et de substituer une peine temporelle aux supplices éternels : « Temporali afflictatione aeterna supplicia, non dicam frustretur, sed expungal » (ix, 5). Tertullien conçoit l'exomologèse comme une satisfaction spontanément offerte à Dieu par le pécheur. Le pécheur s'accuse, et par là il s'excuse ; il se condamne, et par là il s'ahsoul : " Cum accusât, excusât; cum condemnat, absolvic « (iv, 6). La valeur de l'exomologèse est donc en soi toute précaire. — L'Église s'y associe : témoin de l'aveu désolé du péclieur, elle lui accorde sa compassion et collabore à émouvoir Dieu en sa faveur. Car les fidèles sont l'Église, et l'Eglise est le

i. cf. i^epudici'l. XVIII, U : > Debueml eDimquaedamnayersliiroiitdo itetermi Disse quonani uaque et sub cuiidllione damnasscl, t\ lempocl coiLdilionali el non perpelun acverUale damiiassen i

Christ. Le pécheur qui se jette aux yenoux des fidèles se jette en réalité aux genoux du Clirist et supplie le Christ : « Cum te adfratnun genua protendis, Christum contrectas, Christam exoras. « Et quand les fidèles versent des larmes sur le pécheur, c'est le Christ qui s'émeut et qui prie son Père. Or, ce que le Fila demande, il l'obtient toujours du Père : « Facile impetratiir semper, qiiod Filius postulat. " Vous voyesi, conclut Terlullien, l'avantage qu'on a à ne point cacher son péché (x, 5-7). Ainsi, pour Tertullien, si la satisfaction oiTcrte par le pécheur est précaire, elle est rendue efficace par le suffrage des fidèles, pour cette raison que les fidèles sont l'Église, et que l'Église est le Christ, et que la prière du Clu'îst est infailliblement impétratoire.

La doctrine du pouvoirdes clés n'est pas exclue, mais elle n'estpas clairement présentée par TertuUien, tandis que Callislerexprimeraabsolunient. Mais il faut relever avec soin que les fautes dont TertuUien promet la rémission efficace grâce à l'intervention de l' Église, sont des fautes commises contre Dieu, el. non contre l'Eglise ; le pécheTir est réconcilié à Dieu, non à l'Église. On a dit : si le christianisme avait pardonné les péchés graves (savoir l'apostasie, l'adultère et l'homicide], il aurait anticipé le jugement de Dieu, il aurait assuré au pénitent son pardon. Sans aucun doute, mais c'est précisément ce que l'Église entend faire, et nous venons de voir TertuUien allirmer et expliquer cette « usurpation " de l'Église. Aussi ne pouvons-nous comprendre que M. Ilarnack, qui connaît si à fond la littérature primitive, mais qui caporalise souvent avec tant d'entrain les faits et les textes, puisse écrire que l'Église pardonnait seulement

les Iran sg rossions des commandemeots de l'Eglise,

, dit-il, Bonl vi-niclles, el non les oITenses faites

1 A Dieu, quille à ajouter, en note, que la distinction

Tde fies deux catégories de péchés reste enveloppée

< 4'tine obscurité qu'on n'arrive pas apercer'. Maiscelle

distinction n'est pas de Tertullien, ni de saint Cyprien

ni d'aucun ancien ; pour étonnante que la chose puisse

sembler, on doit dire qu'elle est une création d

I M- Harnack.

I La théorie présentée par Tertullien de la pénltenclj "est sensiblement plus formée que celle d'Hermas. I Pasteur affirmait la faculté pour le chrétien faH] d'èlre pardonné une fois, encore qu'il présentât, ; une fiction apocalyptique, cette faculté comme c r cédée par une sorte de jubilé exceplionnel : Tertulli^ KnlTacc cette restriction bizarre et pose en règle no( F maie la faculté d'être pardonné une fois. Mais ce pal don unique ne s'obtient que par la voie de l'exomologèse, cVst-à-dire par une ppobation publique, qui est tout ensemble une satisfaction offerte à Dieu devant l'Église par le pécheur, et une suppHcation adressée fc Dieu par l'Église pour le pécheur. Cette supplicatioT L est eslimée efficace, et par là Tertullien pressent a ■ vertu sacramentelle. Mais ta rémission qu'elle opèri %8t une grâce unique.

Le De pudicilia appartient au groupe des derniera ttcrits de Tertullien et est contemporain de l'épisco- «t du pape Calliste (217-222) : avant d'y étudier ï

ET DE TlIliOLOGlE POSITIVE.

polémique de Tertullien montaniste contre la discipline promulguée parCalliste, nous voulons chercher les données qu'on peut y relever sur la discipline catholique existante, et par là compléter celles que le De paenitentia nous a fournies.

La première de ces données est la distinction des péchés en deux classes : le» uns, eu cftct, sont rémissibles, d'autres sont irrémissibles : « [Deltcia] dividimus in duos exitus; alia erunl remùsibilia, alla irremissièili'a, secundum quod neniini dubiam est alia casiigationem mereri, alia damnationem » (m, 12). Tertullien tire celle distinction d'un texte de la première épître johannine (i Jo. v, 16), qu'il rapporte et commente ainsi : » Si qnis sctt fratrem suum delinquere delictum non ad mortem, postiilabil et dabitur fila ei, quia non ad mortem delinquit — hoc EhiT iiEMissiniLE. — F.sl delictum ad mortem : non pro illo dico lit qttis poslntet — uoc krit iRnEMtssinii.E, » Et de là on devra conclure que la pénitence est de deux sorles, l'une efRcace, l'autre impuissante : a Secundum kanc differentiam delictoriim, paenilentiaequoque conditiodiscriminatur: alla erit quae veniam consequi posslt, in delicto scilicet remissibiUy alia quae consequi nullo modo posait, in delicto scilivet irremissibili » (ii, 14-10). Cependant conclure ainsi, ce serait mettre Tertullien en contradiction avec la doctrine qu'il professait dans le De paenitentia . La contradiction est plutôt dans les termes que dans les choses, Car, par péché irrémissible, il faut entendre tout péché dont la rémission est censée appartenir à Dieu seul. Ce sont des cas réservés, mais réservés à Dieu ; tJIaec enim erit paenitentia quam et

t deberi quidem agnoscimus multo magis, xed de

ÉTUDES irUISTOiaB

venia Deo reservamus » (xis, 6). Le péclienr doit faire pénitence de son péché, et il le doit d'autant rplus que son péché est plus grave ; mais Dieu seul peut l'ahscudre.

Relevez soigneusemcnl le principe posé ici par TertuUien. L'Kglise de ce monde n'a pas l'illusion deJ croire cpi'elle est une société de saints ; elle collaborfl à la saucliri cation de ses fidèles, mais elle limite cett4 collaboration. Ne dîtes pas, comme M. Harnack, quel le chrétien qu'elle abandonne est perdu, et que, ] suite, elle ne doit en abandonner aucun, et que, pal suite encore, elle doit posséder un moyen aussi elE4 cace que le haptî'mc de justifier le chrétien failli < 9 vous feriez ainsi de l'institution du sacrement de péJj nilonce la conclusion d'un sorite, et rien n'est pliuj [artiliciel. Dans la réalité historique, nous trouvon^ 'J'Eglise exerçant le droit divin de pardonner, 1 'abandonnant à Dieu telles fautes graves, comm icelles que Tertullien appelle irrémissibles, et, mieud encore, comme toutes les rechutes, non qu'elld tienne de pareils pécheurs pour perdus à jamais^ mais parce que, pour l'instruction de tous, elle vend qu'ils négocient eux-mêmes avec Dieu même leuq réconciliation.

Tertullien accorde qu'il existe des péchés auxquels

nous sommes tous exposés quotidiennement. A q

[p'appive-t-il pas de céder injustement à la colère,

lever la main sur quelqu'un, ou de maudire, ou dei

irer à la légère, ou de manquer à sa parole, ou da

lentir? S'il n'y a point de pardon pour ces l'autesJ

lersonne ne pourra se sauver. " Horitin ergo .

l'I, Doamengadiichk. t, |3, p. in

niaper e-roraloiem Patris Christum •• (xix, 22-1't].

Notons que ces pécliés ne sont nullement des olTenBes faites à l'Kglise, msJs bien à Dieu. Dans un autre passage, Terlullien tient pour ccmissible pareillement la faute du fidèle qui aura été enlratné au spectacle d'une course de chars, d'un combat de gladiatenrs, ou d'une pièce de théâtre ; qui aura consenti à prendre part à un jeu de hasard, à un banquet païen, à quelque cérémonie Idolâlrique; qui par inadvertance aura hasardé un reniement équivoque ou commis un blasphème. On est quelquefois sévère pour des fautes de cet ordre, à ce point que l'on va jusqu'à exclure le pécheur de l'Eglise. C'est à tort. Pareilles fautes, assure Terlullien, sont rémissîblcH. Pareils pécheurs sont vraiment la brebis perdue, mais vivante, que l'on doit chercher et ramener : n Dehet requîri algue revocari : qiiod paies! recitperari non périt, nisi forts remanserit u (vu, l."i-I(îj. Leurs péchés sont comparables h, la drachme de la parabole, ils sont petits comme elle, u delicta pro ipsiusdrachmaemodulo ac pondère mediocria •> : ils s'égarent dans la maison de Dieu, mais quand on les trouve, on les corrige avec joie (vit, 20). Terlullien indique d'un mot la manière dont ces fautes rcmissiblea sont remises : le pécheur demande son pardon à révêque. C'est ce qu'il appellelan^aen/ïe/ifirtes^cciC*poslfidem «, c'est-à-dire après le baptême, « guae le9ioribus delictis veniam ab episcopo consegtii poterit » (xviii, 17).

C'est, à notre connaissance, la première fois dans la littérature chrétienne qu'il est fait si explicitement mention de l'intervention de l'évèque dans la rémisdes pochés. M. Harnack y voit la suite de sou

^^aj^ i

ÉTUDES D'UISTOIRK

: si l'Eglise est devenue nu élahlissement mo- I ijiii prépare au salut, au lieu d'étrû uue société de laiiils, si eue est désormais un institut dans lequel d^ fdivins pouvoirs sont exercés vice Chrisli, elle devi séder des formes politiques, des pr<>tre3, un épis>^ at, car par là est garantie l'unité de l'Église qui 4 u le pouvoir de pardonner les péchés ' . Si de telled toductions élaient objectives, l'épiacopat ne sera nntcmporain ni de saint Ignace, ni d'IIermas! Pmi (l'exercice de ci's divins pouvoirs ne requiert pas d gçssairement des pnHres, et, en dernière analysa fertuUien ne mentionne que l'évéque, n venia a ^iscopo ». Nous verrons même les ntontanistes ë tasser d'évéques et n'invoquer que les spirituels L'aiTirmation par Tertullien de la « venia ab epâ copo n n'est doue ni si inattendue, ni si grosse i conséquences que l'imagine M. Uarnack.

A côté et à part des péchés rémissibles parTévêqui

Tertullien place ceux qui ne sont pas remis : « Suni

graviora et exiliosa, quae veniam non tapiant, ho-

micidiam, idololatria, f/aus, negatio, blasphemiai

[ utique et moechia etfornicatio, et si gna alia violalù

empli Dei » [xix. 24). Pour ces péchés-là l'évêqu*

a aucun pardon. Cette énumération n'a rien de e

Conique, car ailleurs Tertullien en présente une dit*

léi'ente : Idololatria, blasphemia, honiicidiam, adul-

viuni, atuprum, falsum testimonium, fraus *. Et

e n'a non plus rien de scripturaire, car saint Mat^

', 19) en produit une autre : meurtre, adultère,.

niication, vol, faux témoignage, blasphème. Et

BinlPaul {I Cor. v, 12] une autre encore : meurtre,

^Koei

fornication, vol, blasphème, idolâtrie, ivrogaerie. En réalité, pour Tertullieii lui-même, comme poartoate l'Eglise do soo temps, trois péchés sont tenus pour irrémissibles : l'idolâtrie, la fornication et l'homicide.

Tertullien dit Irrémissibles, mais nous croyons que ce vocable est montanisle plutôt que catholique. Observons, en effet, que dans le De paenitenlia Tertullien catholique ne prononce pas le mot irrémisaî ble. Il enseigne même expressément que le pécheui qui se soumet à l'exomologèse publique est sûr de la rémission de sa faute auprès de Oieu, puisque la compassion de l'Église émeut infailliblement le ClirisL qui intercède infailliblement auprès du Père. Mais dans le De pudicitia Tertullien montaniste n'est plus si affirmatif : rexomologèse est demeurée la mèn Tertullien y soumet les homicides, les adultères el les idolâtres, c'est-à-dire les pécheurs coupables dos fautes qu'il qualifie d'irrémissibles. Tertullien, en effet, noua montre l'adultère aux portes de l'Église, arrachant des larmes à ses frères, gagnant la compas- "" m de tous (m, 5), et à ses côtés le meurtrier et lo L (v, 14) : « Pariter de paenitentiae officia setous trois revêtus d'un sac, couverts de cendre, gémissant une même plainte, implorant d'une même prière, suppliant à genoux. Et plus loin (xiii, 7} voici l'adultère revêtu d'un cilico, recouvert de cendre, prosterné aux pieds des presbytres et des veuves, arrachant des larmes à tous, s'attachant aux genoux de tous. C'est bien là l'exomologèse publique. Mais maintenant Tertullien montanisten'écrit pins, comme quinze ans plus tôt, que celle exomologèse assure infailliblemenl la rémission. Le pénitent n'oblient

lère auprès de l'Église que le dommage d'êlre dif-

■ ... ieîunos pacis lacrimas profasurus, nec W^ïuHpliiia ab Ecclesia quant publicathnem âedecnris relauirua * {i, 21). Et le Christ, qui autrefois priait sou Pi.'i'e en faveur du pénileiit, ne prie plus : n Ilornm u tira exorator non cril Ckrisius n [xix, 25). La pénitence seconde était indubitablement pour les pécheurs, sans c!tception pour les plus coupables : aujourd'hui Terlullieo pose des exceptions, et, se fondant sur répttre aux Hébreux, dont il fait uneépîlre de saint Barnabe pour donner ainsi plus de crédit à cette pièce alors anonyme, il déclare que ce disciple instruit par les apAtres n'a pas connu de pénitence seconde pour l'adultère : « Nunquam moecho et fornkatori secundam paenitentiainpiomissam ab aposlolis noral » [xs, 6).

La contradiction est flagrante entre Tertullien catholique et Tertullien montaniste. Mais l'on voit aisément le point de départ de cette contradiction. La discipline catholique admettait l'exomologèse et lui attribuait une efficacité certaine ; elle encourageait le pécheur à s'y soumettre, en lui assurant le gain du pardon : mais elle se refusait à prononcer elle-même Pabsolution de certains pénitents. Tertullien conclut le péché est donc irrémissible et nul autre que Dieu ne le remet. Les catholiques se contentent do dire le péché est réservé à Dieu, et il est réser\-é par l'Église.

Le refus par l'Eglise d'absoudre l'idolâtrie, l'adultère et l'homicide, constitue, en effet, trois cas réservés.

M. Preuschen, se fondant sur des textes du Talmud, a voulu trouver dans la morale juive l'origine

e cette sélection et voir là une influence juive sur la

morale chrétienne : on ne saurait guère chercher plus loin*. Au vrai, du moment que eello sélection n'est point dans le Nouveau Testament, on fera prudemment d"y voir une création ecclésiastique, et ce que nous savons de la morale ecclésiastique au second siècle autorise peul-ôtre k tenir cette création pour tardive. Mais cette réserve des trois cas est un acte juridique auquel on voulut donner un fondement apostolique, et de là une interpolation curieuse dans un texte des Actes des apôtres, lequel n'était ni plus ni moins que le décret ditdu concile de Jérusalem [Act. XV, 28-29). Voici le texte tel que le lisait Tertullien :

Visum est Spiritui sancto et nobis, nallum amplius vobis adieere pondus quam eorum a quibus neceswe est abstineri, a sacriticiisetafornicationibus et sanguine. A quibus observando recte sgitis vectante vos Spiritu sancto ^

En le lisant ainsi, on altérait tendancieusement l'original, on substituait fornicationibiis à suffbcaiis, on rajeunissait le décret apostolique et on l'appliquait, ainsi rajeuni, à une situation nouvelle. C'est la plus ingénieuse des fausses décrétales.

Tertullien a été dupe de ce faux '■'. Lui qui est

1. E. PhedscbCK, Tertullia tilia, mil Rûckttchl atif di li.S4-ill.

i-Depudicil. m, 4.

3. Celte torieuse lecoo n'a, en dehore de TcrlallicD (et de Pacion qui le reproduit), que irola atleslaltons de valeur, BStiol irânée, saint Cjprien et le Codfx Be:ae, Cette même altératlan eslreiiruduile Att. ïï, ao. Et dnnslcB deui paasoges elle est snifie du glosatma ; el guaecumqae lobîs fieri no» cuilis alii ne feeerUis. On aura voulu faire promulguer par les a|>ôtrcs le rode de la morale tel i\a'\X était couru daua le durnïor quart du second EÎCcle.

~~n ETL'DES D'HISTÛIRE

un cxégéte sî retors, il n'a pas vu que le texte ainsi liijurait avec tout le contexte. Voilà, dil-îl, les trois péchés que les apAtres dèclareot seuls irrémissibles : " Haec aola praeponunt irreinissibilia,qui elhnicO' rum causa cetera legis onera remigsibiiia/eceranl {xir,6).

Le Pasteur d'Hermas avait été le maniresle delà morale indulgente contre la morale encratîte, et sons rinfluence du Pasteur et de son esprit s'était aCfirmé le droit au pardon pour le chrétien failli. Cette première milit,'atiou do la discipline avait popularisé, au moins à Rome, l'image symbolique du Boa Pasteur criophore, le Pasteur qui ramène au bercail la brebis perdue; on aimait à la représenter sur la coupe qui servait à l' eucharistie, ce dont TerluUiea s'indigne. Caltiste, dil-il, pourra invoquer, pour défendre le relâchement de sa morale, le Pasteui qu'il aime à faire peindre sur les calices, par une véritable profanation du sacrement chrétien, puisqu'il n'a pas scrupule de communier des repentis : 11 ... calicem... degi'O/tihillibentiuslibas quamo paenitenUae secundae ' » . Elle représentait, aux yeux des Romains, le retour du baptisé failh, la pénitence seconde. La restriction à la pénitence seconde, introduite par ^^ réserve des trois cas, est une restriction qu'Hernies ignore, et l'on peut conjecturer qu'elle est postérieure à Ilermas. Tertullien montaniste ne pardonne P^^ à Ilermas de l'avoir ignorée : il exalt» l'épUre aiiX Hébreux, qui a, dit-il, une autre autorité auprès deS Eglises que cet apocryphe pasteur de» adultères {^^' ^'- '^ triomphe contre Calliste qui

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