EpMal. Lï, 6 : ■ ... copioaus episcoponim Bnm
TU8... in anum
^ITMtimuï, et Bcripiuria diu ei uLraque parle prolali
ETCDKS DHISTOIKE
Premièrement, on ne prendrait pas de mesure génfr; mk, mais on examin<?rail le cas de chaque failli e terticulier.
Secondement, on ne refuserait pas aux lapai l'ea^
toir de la réconciliation, de peur que par désespoiM
p jb ne dt'faillissent davantage, et, voyant l'Kglis
' term^, ne retournassent au paganisme ; mais la s<
rite (le l'Ëvangite serait maintenue, ou ne les admet^
trait pas prématurément à la communion
Troisièmement, les libella lici seraient réconcilié un it un, suivant la gravité de leur faut£; mais leu . tHcn'ficali no seraient secourus qu'à l'heure de 1 [mort'. I.e concile de Carlhage se sert comme lei r Romains du terme siiiveniri; on secourra ces apo»^ |tftUi, il n'est pus dît qu'on les réconcilie, qu'on leuN r Mmet leur faute. On dit même expressément qu'onj
ffm WtHbrt noderatione lllirtviniui. > Ephtul. liv, 3 ; ■ ... dos teni' L^Mvmwiain icnentes. ri libnoi DdidIiU conlemplanieg, et 0ei patrii I filettinii *t mt*orlnKi)l>ni coglIiDles, dlit mullumque tracutu inler I WM habllo, IniM nXKtenliono ageiHla libnTimus. ■
I. Ji>HMiil. LV, la: «Ntc lu eiiïiioiPi, rmer carluimc, aicul quilHU-
hw \lil«lur, lltolUtlCM cuin ucriflratis lefiuirî oportrre. • Dans le
b ht/Hw. m, Cjrprlen parle îles chrâtiens qui ne aoni ni naerifltati,
jl 'iMhinVi, niaU qui < laoïen de liot lel cogilsTcrunl • ; ils ool eo
l<h |«tw4« tfc surctinibcr, lli oui failli en pensée. Ceux-là • hoc iiiaaiD
Itiuil MO«nlolM IM dukoier «l Blm|>llcHer couOtenlPs, ? xomologeslm
mtWlDullati tkvUnI, atilmi mI pondus oxponani, saJularem mcdel>
B p«rT<* IImi al nudlels tuIdaHIius eiqulranl. ■ voyei Bpitiul.
biu, la, rommpnt salDI Cjrprion dMrit l'applicaiioa par lui Tatte des
tatfi Mlrli'M par le mndle. Les filllii, dil-il, ■ remcant cotidie it-
,«* ad wvlealim nulaaat. nobla Um«D.> sollidie eiamiaauUbui qui
fclpl K tiliullll «a ecclealam debmii. ODlbuadam eaim iia aut cri-
~llU Mt obalaïunt, aut n«lN« obatinale cl Bnniler renliunlur, ul
wipt Munlnn non piinlnl cunt scarnlalo el periculo plurinuirum. >
-■Tnut*> laïuittucrnU A «lier, pouidâSolr lanaluredel'iniervenlifvn
Ml. 1 .1.1 mission ou U Qon -ad mission du railli ; > VU
I l'M vUurqu«o, ul laies patiaaiur admllli >. etc.
>' ■\ la a^Viïritn de rojtinlon : ■ nemlUo omnis,
id„- oi irolD {lolligcndae rraternllalis : eliam quae
iiiiï:.i suul DQU pleno iudjcio rcIigiDnis eiamii
ne préjuge pas le jugement de Dieu : « Neque enim praeiudicamus Domino ludicaturo qao minus si paenitentinm plennm et iiisiam peccrrloris inveneril, tune ratum facial qnod a nabis fjterit hic slatit-
tum n (lv, 18). Le concile de Carthage est moins libéral que ne l'était Cyprien ou Denys : il adopte, au moins pour les sacrificali, le rigorisme romain.
Quatrièmement, les lapsi qui se refuseraient a faire pénitence et à passer par l'exomologèse, n'auraient aucun espoir d'être réconciliés, pas même à l'article de la mort, parce que ce n'est pas le regret de leur faute, mais la peur de la mort qui les conduirait alors à solliciter la paix (lv, 23).
On peut, par conjecture, restituer ainsi les canons dn concile de Carthage :
[Placuit ut] examlriarentur causae et voluntates et nécessitâtes singulorum.
[Placuit utl non in totum spes communicationis etpacia lapsis denegaretur, nec tamen rursus censura euangelica solveretur, ut ad communicationem temere prosilirent, sed traheretnr diu paenîtentia, et rogaretur dnienter paterna clementia.
Placuit esaminatis causis singulorum libellaticos intérim admitti, sacriflcatis in exitu subveniri.
Paenitentiam non agentes, nec dolorem delictorum bhonun tofo corde et manifesta lamentationis suae professione testantes, proiiibendos omnino censuimus a spe communicationis et pacis.
Il est très significatif que les décisions du concile
ne font aucune mention d'aucune prérogative des
martyrs. On peut même dire que chacun des canons
^wJessus contient une négation de la valeur de cette
ÉTUDES D HlSTOlItE ^
prérogative. On examinera le cas de chaque failli : on lieDt donc le billet de communion pour nul. On fera durer la pénitence et on imposera l'esomologèse : les martyrs ne dispensent donc de rien. Les sacrificali seront astreints à la pénitence perpétuelle, les Ubellalici à une pénitence temporaire : les martyrs prétendaient rendre la communion sans aucun délai. Les faillis qui ne feront aucune pénitence, ceux donc qui croiront à la validité de la paix octroyée par les martyrs, sont excommuniés à perpétuité. En somme, les martyrs ne sont pas nommés, mais leur prérogative est supprimée. Et en cela le concile de Carthage adopte l'attitude romaine.
Le concile affirme le principe de la sévérité évangélique, « censura divina ». C'est une allusion au texte évangélique : Qui me negaverit, etegonegabo eum (Luc, xii, 9] . L'apostasie est donc de ce chef une faute irrémissible ou réservée à Dieu. Mais il affirme aussi que cette sévérité ne doilpas supprimer l'espoir de la réconciliation ; même dans ce cas, on pourra faire pénitence. De même que l'adultère a été remis du temps de Calliste, de même l'apostasie est maintenant remise. Saint Cyprien rappelle le précédent qu'il convenait bien, en effet, que quelqu'un rappelât, celui de la communion jadis rendue aux fidèles tombés dans la fornication. Cette indulgence jadis accordée subsiste toujours : « Nam et moechis a nobispaeniienliaù lempus conceditur etpajc datiir » (lv, 20). Si l'Église réconcilie l'adultère après une pénitence temporaire, pourquoi ne réconcilierait-elle pas semblablement les lapsi? Les arguments scripturaires qui plaident l'indulgence en faveur des premiers ne I aont pas moins probants en faveur des seconds (22-
23). S'il ne s'agit que des libellatici, est-ce que leur péché n'est pas moindre que celui des adultères ou des fornicateurs? B Multo et gravtur et peior moedù qiiam Ubellatici causa a [26}. Pour toutes ces raisons, l'apostasie ou l'idolâtrie ne sera plus un cas réservé. Le concile de Carthage rejoint ici le décret do Calliste, et, du même coup, il pose le principe contre lequel le rigorisme oulraocier de Novatien va s'élever : ici proprement est le nœud de la crise novatienne.
Le concile eutà s'occuper desfopsi'quiappartenaicnl au clergé. On ne pouvait laisser sans sanction la fauLf des clercs, ne fussent-ils que libellatiques ; mais ici leur déposition s'imposait. Les clercs coupables pourraient être admis à la pénitence, mais ils cesseraient dii faire partie du clergé : « Eiusmodi hommes adpaeiiitentiam quidem ngendam passe admillî, ah ordinaliane autem cleri atque sacerdotali honore prohiberi * (lxvii, 6). De pareils hommes ne sauraient, en effet, ni présider l'Eglise du Christ, ni offrir des sacrifices à Dieu. Cette décision, qui fut prise par le concile de Carthage et prise aussi par n tous les évi^ques dans le monde entier n [ibid.), n'avait rien d'une nouveauté, car la faute était publique et entraînait la déposition {lix, 10). Une fois déposés, les clercs rentraient dans la condition commune des laïques et pouvaient faire pénitence comme eux, mais sans espoir de récupérer la fonction de leur cléricature '. Cyprieu
1. EusED. F. E. VI, t3, 10, elle la lellro du pape Comclius ù Fabius, éïflqued'àniioclie, où esl rapporté le cas iJ'undeséTfiques qui avaient sacre NovalicD. » Peu après sa Taute, il revinl â l'Éelise, gËmissaiit xal l^D|ui>eTaij(tEVDC td iiutoû à(L!ifTi][ta, el nom le communiâmes à Ulre de laiquc (^ xal èiioivci>viiaa|iLEvlalv({>), tout le noDS CD ajant giiio i. Cf. Cvi-nuK. Epistvt. Lw-a, 6, oi
ÉTUDES DIII8T0IUK ^~
parle d'un éviîque libellalique et qui, de plus, étant tumbo malade, avait " blasphémé contre Dieu " : pressé par sa conscience, il déposa l'épiscopat puur faire pénitence, heureux de reconquérir la comniu- I, ne fût-ce qu'au litre de laïque : « ... episcopatum ... sponte deponens ad agendam paenitentiam, ... salis gralulans si siài vel laico communicare conlingeret » (lxvii, 6). Les évêques, prêtres, diacres, dès l'instant qu'ils étaient des lapsi, étaient déchus de leur ordre, et ainsi ne créaient pas une catégorie spéciale dclapsi, mais rentraient dans le droit commun'. Les évêques d'Afrique en usant de celte large indulgence envers les apostats à qui l'Église avait été jusque-là si sévère, pliaient la rigueur ancienne à des nécessités jusque-là imprévues, et ils étaient les prcs à s'en rendre compte. Saint Cyprien, avec une conscience supérieure de la finalité de t'ËgUse, concevait le devoir épiscopal en fonction du salut des âmes : u Conscientiae nostrae canvenil, frater, écrivait-il au pape Cornélius, dare operam ne guis cuipa nostra de Ecclesia pej-eat : si aittem quia ultra et crimine sito perieril, et paenitentiam agere algue ad Ecclesiain redire notuerit, vos die iudtcii inculpalos fuluros qui conaulimus sanitati^. » Ces deus derniers mots exprimaient l'àme même de l'Église admirablement.
un décret du pspe uaLure ; ■ [... dctreviLj Eiusmoili ageuiIaDi ioesi admiUl, alj ordlnali botioro prâhilieri >.
t. Epitiui.ls, II.
*. Epittvl. LVUI, %. Cf. LV, 7.
rdisi
ui iapsi l'aci-ùs de la cîÉri- !S ad paenileiiliam quidem um cicri aique sacerdolaU
hé concile de Cartliagc, qui s'était ouvei-l au déimt d'avril 251, fut clos en juin. Les résolutions qui y avaient été votées furent communiquées à tous les évoques des grands sièges, à Rome, à Anlioche, notamment.
Pendant ce temps, la cabale des confesseurs, matée à CartLagc, portait sur Rome tout son effort. Nous avons noté comment à Carthage elle était ralliée autour de quelques prêtres, dont le leader s'appelait Novatus. Ces prêtres étaient ceux qui avaient entrepris de rendre la communion aux iapsi sur le simple vu du billet de communion délivré par les martyrs : on sait avec quelle énergie Cyprien les avait condamnés, et le concile de Carlhage après lui. Le dossier de Novatus était fort chargé, dès avant que s'ouvrît l'affaire des Iapsi; son caractère, sa violence, son avarice, des faits plus graves, avaient motivé une enquèfe que l'ouverture de la persécution interrompit; Cyprien (lu, 2) le représente comme une sorte de Catilina ecclésiastitpie. Impuissant à Carlhage, il passa la mer et survint à Rome pendant la vacance du siège, au moment où Novatien était le prO;tre le plus mai-quant et vraisemblablement le plus ambitieux du presbytérat romain,
Novatus s'attacha à Novatien comme à quelqu'un a qui le siège de Rome devait échoir. Mais l'élection s'étant faite, Cornélius en sortit évéque de Rome (5 mars 251). Novatus, pourtant, ne désespérant pas de gagner à Rome la partie perdue à Carthage, déter- mina ou aida Novatien à attaquer en nullité l'élection
de Cornélius. Cinq prêtres romains (sur quarante-six] se joignirent à Novatien, et avec eux une partie du peuple et surtout des confesseurs romains. L'inlrigut; ainsi présentée aurait été une compétition de personnes; on lui donna plus de prise sur l'opinion, en la transformant en une question de principes, et le Xovatianisme naquit.
Le nom de l'tvangile, le mot de toutes les oppositions contre l'Église, fut le mot d'ordre du parti : les sectateurs de Novatien se proclament modestement « aasertores Euangelii ut Christi » [xnv, 3). Nous avons marqué le sens spécial du mot évangile, ici, et comment il est une allusion au texte évangélique qui est évidemment le plus dur contre les apostats ' . Car le parti de Novatien se donne pour doctrine de protester contre la réconciliation des lapsi. Notons bien que, à Torigine, le Novatianisme ne pose la question que des lapsi. Saint Cyprien reproche à Nt-vatien de garder dans son entourage des adultères et des fornicalcurs, et ce pourrait être simplement une allusion k la moralité de tel ou tel de ses partisans, Novatus par exemple; toutefois saint Cyprien insiste trop sur le fait, il en tire un argument a fortiori; on a là une preuve que Novatien admet la discipline déjà ancienne qui permet de remettre aux adultères leur faute (lv, 20). Le point précis de l'opposition doctrinale de Novatien est dans le refus de « communier avec les idolâtres » (27). On a relevé que, à CarLliage, Novatus admettait les lapsik la communion, malgré l'évéque
1. Sur l'usage que TaisBicnt du le pseuilo-Cyprleii (est-ce le pu] R el la. On m dans ce darniet espituli jintuBcri plions lerrere..
BB telle Novatien et son itnrti, voyez e Eiitusnjir.T-a^), Ad iVoua d'an vin, passage : " Novaliane, desiue uniut
ET DE TUEOLOGiB POSITIVE. [33
et sur la seule présentation du billet d'un martyr, tandis que, à Rome, Novatien s'oppose à la réconciliation des lapsi. On en a conclu que le parti oovatien avait passé du pour au contre, el qu'en cela il montrait bien que la doctrine était pour lui un simple prétexte politique. Cela est vrai de Novalus, un brouillon méprisable; mais on ne peut le dire sans restriction de Novatien. La lettre, qu'il écrivit à Cyprien au nom du clergé romain pendant la vacance du siège, est empreinte de rigorisme assez pour que l'on puisse faire à Novatien l'honneur de lui reconnaître une conviction profonde '. 11 y témoigne qu'il inclinait vers la sévérité dans laquelle il voyait la \'ieille discipline, et qu'il entendait imposer aux Inpsi une pénitence prolongée, encore que cette péniteneo ne fût point sans rémission à l'article de la mort. Mais, et saint Cyprien le donne clairement à entendre, Novatien poussa ensuite la rigueur beaucoup plus loin : tout en ne cessant pas de reconnaître une valeur satisfacloire à la repentance du failli, il refusa à l'Église le pouvoir de le réconcilier jamais. N'y a-t-il pas quelque lien entre ce rigorisme et celui qui se manifeste à Rome avant l'élection de Cornélius?
Quelle cruauté, dit saint Cyprien, de dire à nos frères : Lamente-toi, fonds on larmes, gémis jours et nuits, travaille à laver ta faute, mais après tant d'expiation tu mourras hors de TEglise {cj:ira eccleaiatn post omnia ista moi'ieria) : qui ne serait jeté
^.Epislut. sss, 3: n Quii] inagEs ant la p.-ice laiD aptam suLinbello pentecutlonls tam necessarium, quam debttam aeteriUlem dlvini tIltorïsteDere?qusmquI remiseril, InsUbili rerum cursu ernit semper uecease es\... Nec ligu noiJiB nunc ouper consllium cogllaltim esl.„ scd anliqua haeu apud Dossevaritas, aDtii[Uï UJes, disciplina legilur ^apliqp"-- ■ C[, ibiit. 1 et G.
ÊXL'DES D'HlSTOlnE
I duns le désespoir par iiii pareil langage? [.'autai I anonyme du trailé Ad Noyalianum, ipii est un htempornio dn schisme de Novatïen, reproche à T valion de refuser aux lapsi toute réconciliatioi r Eusèbe, i|ui paraît reproduire des expressions [ temps, U-muigae ({ue Novalien enseignait u qu'il n'y I avait pas d'espoir de salut pour eux [les lapst], quanii [ môme ils accompliraient tout ce qui constitue une ' pénitence sincère et une parfaite exoraologèse* >. I Tous ces ténioignagos établissent bien que la question posée à Rome était de savoir si l'apostasie devait I continuer à être un cas réservé à Dieu ou si l'Église
* pouvait relever l'apostat : la question était quelque peu dilîérenle de celle qui avait été posée à Car-
I tliage.
Mais Rome et Carthage allaient abonder dans IS'<
I même sens. Le concile l'omain fut imposant par le nombre des évoques qui y parurent et qui fut de
I soixante : le nombre des prêtres et des diacres fut
I plus grand encore. Novatien, rapporte Eusèbe, fut rejeté de l'Église et avec lui tous ceux qui avaient embrassé son opinion ioliumaine; quant aux faillis, on
I déclara qu'il fallait les soigner et les guérir avec les
* remèdes de la pénitence ^ Cyprien précise, car il \ exprime que les résolutions de Carlhage en ce qui I concerne les lapsi furent adoptées par le concile de ■ Rome, marquant en cela rantériorité et l'influence du (concile de Carthage : « Super hac re scripsimns ad \CorneUum voîlegam nostrum, quielipse cum pluri-
Upsuruiu vsDs m 3. i6ïcl, 9. CI. CttTaxTi. EpiiM. L
ET DE TUEOLOCIE rOSlTlVI!. 135
fftis coepiscopis habita concilio in eamdem nobiscum senlentiam pari gravitate et salubri moderalione consensit » [lv, 6). Celte sentence nnique avait eu deux effets opposés, à Carthage de supprimer l'indulgence inconditionnée et tumuUuaire des martyrs, à Rome de réduire le rigorisme intransigeant des Novatiens. Mais, des deux côtés ensemble, c'était en définitive la discipline consacrée par Callisie qni triomphait. Une fois de plus le traitement des pécheurs se tempérait de miséricorde.
le toutes les Églises du monde on adhéra à la décision de Cyprien et de Cornélius : rATriquc et l'iLalio étaientacquises, l'Egypte suivit avec Denys d'Alexandrie. Novatien, en se faisant ordonner évéquc intrus de Rome, en dépit de la régularité de l'élection de Cornélius, et en travaillant par des émissaires à surprendre la bonne foi des évêques lointains, se disqualifia. En 254, Cyprien, écrivant au pape Etienne, pouvait se flatter d'avoir fait condamner Novatien une seconde fois, c'est-à-dire comme intrus, par tous les évoques du monde, « Novaliono nuper retitso et refutato et per toliiin orbem a sacerdotibus Dei abstento » (lxviii, 2). Pourtant, cette unanimité n'alla pas sans hésitations ni défections, et, sivrai qu'il soit que le schisme de Novatien s'est fait sur une question de personne, on n'en doit pas moins reconnaître que l'éternel conflit de la morale rigoriste et de la morale relâchée y eut une part plus grande.
En Gaule, par exemple, tandis que l'évoque de
ETUDES DinSTOIRE
^^^rap^s de Cyprien el de Cornélius, 1 évëque d'Arles, Marcianiia. fut réfractaire el ne céda pas, sans qa'on puisse dire qu'il ait eu aucun intérêt commun avec Novatien. Cyprien, comme s'il avait eu mission de veiller à la soumission de tous, écrivit au pape Etienne et le mit positivement en demeure de déposer Marcianus. sur cette unique raison qu'il refusait de réconcilier les lapsi \ Le principe de l'indulgence élait proclamé par Cyprien k vérité de l'Eglise catholique «, le rigorisme s ime dureté inavouable de la présomption hérétique r. Nous voilà loin du temps où, au jugement de Cj-prien lui-même, les évèques étaient excusables de se refuser à réconcilier les adultères pénitents i
En Egypte, l'êvêque d'Alexandrie, Denys, répugnait autant que Cj-prien au rigorisme; il voyait dans la doctrine novatienne du refus de réconciliation une impiété blasphématoire contre Dieu, contre Jésus-Christ, contre le baptême, contre le Saint-Esprit '. Il organisa la réconciliation des lapsi sur les mêmes bases que Cj-prîen et Cornélius. Mais à Antioche, l'êvêque Fabios était opposé à cette réconciliation, en dépit des pressantes instances que lui adressèrent Cornélius et Denys : il mourut au moment où il réunissait un concile de tout l'Orient pour I décider de l'attitude à prendre. Son successeur, Démétrien, put du moins tenir le concile, el l'unité se fit
... a (MlliulicRc eccleeisc verlutc aique a
consetislonediicGBlcril, lencuB haereltcae
lUmpUoTiii duriaslmam pravilalem, ni Bervis Dei pacniteotibus el
'"~us -. subsldia cludanliir, ...sed s[ae spupacis elcommunlca-
proicianlur. n
EUIiit. B. E. Vil, 8.
I en Orient contre le Novalianisme : Antioclie, Césarée, I Jérusalem, Tyr, Laodicée, la CiUcie, la Cappadoce, I le Pont, la BitLynie, la Mésopotamie, l'Arabie, au témoignage de Denys d'Alexandrie, ne partagèrent pas les hésitations de Fabios '.
I De même, il se rencontra dans les Eglises les élé-
' meots d'un schisme, que toutes les intrigues des
partisans de Novatien n'auraient pas réussi à provoquer, s'il n'avait trouvé sa raison d'être dans un puritanisme latent. Ces éléments formèrent des Églises organisées, chacune avec un évêque, un clergé, des édifices, des cimetières; et ces Eglises durèrent. En 326, une loi de Constantin leur reconnatt une existence légale. En 412 seulement, saint Cyrille est assez fort pour les fermer à Alexandrie; en 422, le pape Céleslîn prend la même mesure à Rome ; mais à Constantinople, les Novatlens maintiennent longtemps encore leur culte, leur clergé, et surtout leur prestige qui est grand dans la haute société. L'extension des Eglises novatiennes dans le monde romain a été extrême : au y° siècle, on en trouve encore en Afrique, en Egypte, en Italie, on Espagne, dans les Gaules, dans les diverses provinces de l'Asie Mineure, particulièrement en Cappadoce, dans le Pont, en Bithynie et en Phrygie. Sur la fin du vi' siècle, Euloge d'Alexandrie écrit contre les Novatiens un gros traité de controverse. An iv" siècle et auv', ils font figure de vieux catholiques : ils ne se laissent pénétrer ni par les hérésîei* dissidentes, ni par les développements catholiques. L'arianisme ne les entame pas, mais ils refusent obs-
linéoient toutes les avances des catholiques étonna de voir celle pirpugnance ehei des chrétiens dont eymbote est parfaitement catholique.
On raconte que Constantin aurait invité un évi novalien, peut-Étre l'évéque novatien de Nicée. présenter devant le concile de \ic(5o. Le symbole lui aurait été communiqué que les évêques venaient de fiouscrire, et aussi la décision concernant la Pâque, et Constantin lui aurait demandé s'il était disposé h accepter le sentiment du concile. Le prélat novatien aurait répondu : « Le concile, prince, n'a déHni rien de nouveau : car ce qu'il a défini sur la foi sur la Pflque, Je le liens de la tradition qui remoi à l'origine et aux temps apostoliques. » Comi Constantin lui demandait alors pourquoi il refu:
£ catholiques, le Novatien rappela qui s'était passé sous Dèce au temps de la perséci tion, el la rigueur du canon qui défend de recevoir à la participation aux divins mystères quiconque après le baptême a commis une des fautes que les divines Ecritures appellent mortelles : s'il faut exhorter ces; pécheurs à la pénitence, ils ne peuvent espérer leui pardon des évoques, mais de Dieu qui seul pei pardonner les péchés ». Constantin, bon interpi du sentiment catholique, lui aurait répondu iront qnement : « Prends une échelle, et monte tout seul '. «
Cette anecdote exprime au mieux le novatianîsi I tel qu'il fut une fois qu'il devint l'antithèse du f tholicisme sur un article, un seul, celui de la péi I tence. La question des lapsi du temps de Dèce s'ê-
(0. Cr. TlLLEHONT, HM:
largît : le principe m^me esl mis en cause du panlon des péchés graves par le ministère des cvi'ques. Tout j e que noua avons trouvé d'opposition à ce principe 1 chez Tertullien, chez le Philosophouménîste, chez I Origène, s'est, à l'occasion de Novatien, systématisé i dans une négation et dans un schisme. Le Janséniste Tillemont écrit de Novalien : n 11 ne se contentoit j pas de dire que l'Église ne devoït pas accorder le i pardon aux pécheurs, de peur qu'ils ne méprisassent j leurs fautes, et n'y retombassent; mais il soutenoil i que rÉg-lise n'avoit pas le pouvoir de remettre les péchez mortels. Au moins c'est ce que disent saint Pacien et saint Augustin, attribuant peut-être à Novatien ce que ses disciples ont ajouté à ses erreurs. Car il ne paroist point que saint Cyprien, et l'ancien auteur qui a écrit contre Novatien, aient sceu qu'il ! fust tombé dans celle-ci. u Rien n'est plus juste. Pacien, qui fut évoque de Barcelone entre 3G0 et 390, l ramène te Novalianisme à trois maximes : « Qiiod'S , post baplismum paenitere non liceat, çiiod morlale I peccatum Ecclesia donare non possit, immo qnod : ipsa pereat recipiendo peccantes. » Dans la réfu'^ tation qu'il institue de ces trois maximes, il s'applique à établir que le pouvoir de l'Eglise est exercé i par les évéques, car cette déduction est très explicitement contredite par le Novatien qu'il combat : I « An remitti peccalum ab episcopis passil. » Pacien explique que l'évoque, soit qu'il baptise, soit qu'il 1 impose la pénitence, soit qu'il accorde le pardon au ( pénitent, ne fait rien qu'au nom du Christ : « Jd non meo iure, sed Domini. » Il exerce en pardonnant uu pouvoir divin, mais un pouvoir qui est moins ex- .traordinaîre que celui qu'il exerce en baptisant : « Si
ÉTCDES D HISTOIRE
lavacri et chrismafis potestas,maiorum et longe charismatum, ad episcopos inde descendit, et iigandi qiioque tus adfait atque nolvendi*. » En Italia NovatianUme ne se présente pas atilrement, si n en jugeons sur le Contra Novalianiim qui se lit dans les Quaeslionea ex V. et N. Teslantento du pseudo-Auguslin. Le Novatianisme s'y montre refusant tout pardon à l'adultère, aussi bien qu'à l'idolAlre : il permet, à vraî dire, de faire pénitence, mais il ne croit pas pouvoir pardonner, puisque Dieu est l'ofTenaô : » Crimen ab eo lemittendum est in quem admisaum est. v A quoi le catholique répond que Dieu a délégué ce droit : u Hoc enim cnncessum est iuri ecclesîastico ab auctore, ut et paenitenliam det elpost paenilentiam recipiat ^. » On voit si ' catholiques affirment nettement le droit divin de pardonner. — En Italie encore et à la mAnie époque que l'auteur que noua venons de citer, saint Am* hroise reproche pawillement aux Novatîens de dire qu'il faut refuser de rendre la communion aux lapst et aussi bien à tous les pécheurs, sous prétexte qu'à Dieu est réservé le droit de pardonner. Ce droit divin est délégué par Dieu aux évêques, aux évoques seuls : a lus enim hoc solis permissnni sacerdotibut est : recte igititr hoc Ecclesia vindicat quae veros sacerdoles habel : haerests cindicare non potesl quaa, sacerdoles Dei non habet *, n Et comme faisait Pa— cicn, Ambroise demande pourquoi les évéques, qui par le baptême remettent tous les péchés, n'auraient pas ) pouvoir égal par la pénitence? « Cur bnptizatis^
kn. Epiilut. 1,0; ni, 1,S,7.
'E, P, t. 1. XXXV, col. M05, alOT, Î3I0.
si per homineni peccata dimltti non licet? In hapfismo iitiqiie remissio peccalornm omnium est : qitid interest ulritm per paeniteniiam anperlacacrum hoc tus sibi datiini sacerdoles inndicentP Unu/n in utraque mysterium est '. » — En Afrique, mêmes afCrraatîons chez saint Augustin : les Novatiens nient que l'Église de Dieu puisse remettre tous les péchés, malheureux qui ne voient pas la pierre qu'esl Pierre et qui refusent de croire q^ue les clés du royaume des cieux ont été données à l'Église : n In Peiro petram non intellegiint, et nolunt credere datas Ecclesiae claies regni caelorufn* ». — A Constantinople, en 381, saint Grégoire de Nazian^e réclame contre Novatîen pour l'humanité de l'Évangile et affirme le droit de l'évêque. Quiconque, ayant péché, ne témoigne pas de son repenlir, et d'un repentir profond, el d'un changement de vie proporlionné à sa faute, « je ne le reçois pas n , dit saint Grégoire. Et il ajoute que le pécheur qu'il reçoit est par lui mis à part du troupeau, c'est l'exomologèse ^,
Donc, et dans la forme la plus universelle el la plus durable, le schisme novatien par son opposition ' contribua à mettre en valeur le droit que revendiquait l'épiscopat catholique de donner aux pécheurs coupables d'apostasie aussi bien que de fornication le pardon, qui, un temps, avait été réservé à Dieu seul. • On a ditdela réconciliationaccordéeanx lapaiçarVépiscopat contemporain de Cornélius, que c'était une mesure temporaire a destinée à liquider une situation
a. Al'gdstih. i)e agone rhrîsl. 31.
a. r.BïcoB. Oral, xwn, 19 : ... où5k êïù S^.O[i
|1I2 ETUDES D'HISTOIRK
I anormale », et qu'elle ne fit pas brèche directeiDi I aux règles solennelles de la pénitence ecclésisstiqn^ I témoin les canons du concile d'Elvire {a. 306) qui j refusent la réconciliation aux lapsi. A nos yeux, au t contraire, le concile d'Elvire témoigne que le droit I divin revendiqué par l'épîscopat de réconcilier tout V pécheur une fois, était acquis et reconnu, alors Iméme que, dans ciïrtaines circonstances, l'épiscorpat décidait de priver certains pécheurs de tout f cours à ce pouvoir divin de l'évéque. 11 est sûr, l tous les faits que nous avons produits le montrei l clairement, que l'épiscopat usait de son pouvoir I réconcilier dans une mesure qui variait selon [ Texigeait l'intérêt spirituel el moral des fidèles. Den: f papes contemporains du concile d'Elvire confirmentr' I notre induction. L'épitaphe damasienne du pape I Marcel (-1- 309) le représente comme ayant suspendu r l'exercice de la réconciliation des Irtpsi, au Iendemaia>i f de la persécution de Dioclétien, et comme ayant pi I cette mesure soulevé dans son Église la plus violenl I opposition :
Veridicus rector, lapsos quia crimina flere praedixit, miseris fuît omnibus hostis amarus ; hinc furor, hinc odium sequitur, discordia, lites, seditio, caedes : solvuntur faedera pacis.
Avec M. de Rossi et M«' Ducliesne, nous croyoni
[qne de ces vers de Damase il résulte que le pap^
Marcel eut à lutter contre une cabale de lapsi; maiq
1 ne dit que ces lapsi aient voulu forcer l'É
laine à les réunir à la communion sans qu'ils sd
Bussent soumis au préalaLlo à une expiation péniteo:
îelle, car pareille sommation en 308 eût été un ana-J
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chronîsme, la loi qui s'y opposait élant posée et acceptée depuis le pape Cornélius. Il est donc plus vraisemblaLle que le pape Marcelvoulut imposei-une satisfuclion plus longue, sinon aussi sévère que celle qu'imposait le concile d'Elvire. De là rémolioii el la colère des lapsi.
Leur opposition durait encore sous le ponlilîcat du successeur de Marcel, le pape Eusèbe. L'épitaphc damasienne d'Eusébe donne un nom, inconnu d'ailleurs, qui paraît être le nom du chef de ce violent parti des lapai :
Heraclius vetuit lapsos peccata dolere.
L'épitaphe continue, en décrivant la sédition contemporaine d'Eusébe avec les mêmes termes qui avaient servi à décrire celle du temps de Marcel :
Eusebius mîseros docuit sua crimina flere :
scînditur in partes populua gliscente furore : seditio, caedes, bellum, discordia, litest
Ensemble Heraclius et Eusèbe sont exilés, ce qui donne une idée de l'importance du personnage qu'était Heraclius et de la discorde soulevée par lui '.
Qu'est-ce à dire sinon que le pouvoir des clés est aux mains des évoques, mais que les évèques l'administrent comme un droit de grâce, que l'on ménage, que l'on conditionne, que l'on peut mt^mc suspendre? 11 est aux mains des évoques, comme un pouvoir souverain : l'intervention des martyrs, qui un temps avait entamé cette souveraineté, et que le pape Calliste avait pour un temps ratifiée, est depuis Corne-