‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 3)Chapitre 30 sur 46 · ÉTUDES U HISTOIRE · texte numérisé non relu

ÉTUDES U HISTOIRE

draienl restreindre le témoignage d'igaace à la seule province d'Asie; mais si leur argumentation est spécieuse pour certaines régions d'Europe, elle est insoutenable du moins pour la Syrie, le propre pays d'Ignace. Ou saint Ignace décrit les institutions existantes, ou saint Ignace décrit les institutions «pi'il voudrait voir exister et dont on ne saurait nier qu'elles se sont imposées-dans la suite : si une telle organisation est pour lui un type à réaliser et à propager, nul doute que ce ne soit le type syrien, et nul doute que ce type ne se soit déjà imposé en mainte ~^lise hors de la Syrie, puisque Ignace parle aux Ëphésiens des évêques établis dans l'univers, of inin^r.oi ol xtixk tî TcÉssTa Ë^isOs'vtCf '. L'épiscopat est pour Ignace un pouvoir, non point exceptionDel, mais régulier, le pouvoir dont il est lui-même investi dans son Église d'Antioclie. n L'autel est prêt, écrit-il aux Romains, le chœur de votre charité pourra chanter au Père [et lui rendre grâces] de ce qu'il a permis que l'évéque de Syrie fût envoyé de l'Orient pour être montré à l'Occident, » Il est l'évêque de Syrie, l'unique évêque : « Souveuez-vous dans vos prières de l'Eglise qui est en Syrie, laquelle, moi absent, a Dieu pour pasteur : Jésus-Christ seul lui sert à cette heure d'év^que * •>. L'épiscopat monarchique, vers l'an 100-110, est la forme du gouver-

I nipoiTsi da<l dêaigoer les 1 Septante, Ps, i.tiv, o, 'sire de re pHssage dans l'èdlUon de LiRtiUoo't.

i lOMT. ad Rom, 9 ; M-'il|J-OVSÛsti îv ^ Kposii)-^ ii\iây rii; ît ïupiif

Xpurui; lini*snfi'7ti xni Ji ùnOv àyâm]. — 2 ; tiv inioitOTtov ïupitu; 4

ncment des communautts clirtHii.'nnps d'Asie et de Syrie.

Toutefois cette forme est le terme d'un développenuînt dont d'autres textes traduiront les états anté-

Pour Éphèse, le discours de saint Paul à Milet. Tout en. reconuaissanl que le récit auquel nous devons le texte de ce discours est une source de premier ordre, certains critiques épdoguenl sur laqueslion de savoir si l'auteur du récit n'est pas l'auteur du beau discours qu'il prête à Paul. Ce doute serait motivé, que le témoignage du discours de Milet n'en serait pas moins le témoignage d'un contemporain de Paul, sur les institutions de son temps. Et cela suffit à notre exposition.

Rapportons ce témoignage.

Déjà l'auteur du récit, parlant de la première mission de Paul en Galatie, raconte que l'apôtre, lorsqu'il eût juge de la solidité de ses premiers convertis, avait " institué pour eux en chaque Eglise des presbytres ' » : Lystra, Iconium, Antioclie de Pisidie sont donc des Eglises ayant à leur tête des presbytres. Ephèse a de même des presbytres. Lorsque Paul « nous eut rejoints à Asaos, nous le prîmes à bord et nous gagnâmes Milylène; le lendemain nous étions devant Cliios, le jour suivant à Samoa, le jour d'après à Milet. Paul avait décidé de ne s'ar-

l.'ei pression • éifiqoe de Syrie . esi

i:herc[ii<e, comme saint Ignace aime II en proiliiire : M. Zatin l'inicr-

prête • epïscopum syrum • [PP. App. ii, Ui}), îe rappeler cependant

iju'eii CcEli^syrie il n'y eut longtemps pas de localltâ clirélienne en

(lehors d'Antioche {^>zdh. H, E. vi, 3l) : Syrie serait donc ByaoDTiiia

d'AniiocLe.

BTCDES D'HISTOIRE

n^ter pas k Éphèse, pour ne point s'attarder i Asie. Mais lic Mllel il dépêche à Éphèse et maudj les presby 1res de l'Église ' n. La Vulgate, en t duisant ici presbylres par maiores natu, songé que saint Paul n'aurait vraisemblablement p ' imposé cette marche forcée de trente milles, précisément aux membres les plus âgés de la chrétienté < d'Éphèse. Que sont alors ces anciens qui ne sont pas f" des vieillards? Paul va le dire : a Veillez sur voui ~ * m^mes et sur tout le Iroupeau, sur lequel l'EspriU Saint vous a établis épiscopes pour paître l'Eglia du Seigneur * u. Ces presbytres ont une responsa bilité envers la communauté, responsabilité que Pau compare à celle du berger envers son troupeau | les presbytres sont les épiscopes ou pasteurs de l'E glise. Ce langage n'est pas le langage ignatiei t sensiblement antérieur, et nous verrons qu'n K'corde à celui de Paul écrivant aux Philipi piens. Pour Paul, riitisKOTtii à Kphèse est une foni. lion collective : l'Église d'Éphèse, comme les Églises de Galalie, est cnnduile par ses presbytres!

Dans l'êpître aux Colossiens, il n'est parlé presbytres ni d'épiscopes. Saint Paul parle de bergers (itoifjiiva;] qui sont en même temps des instructeurs (îiSiiaxc<>.ou(j : bergers qui sont évidemment les presby tres-épiscopes que nous avons rencontrés déjà dans les Eglises d'Asie. Mais Paul met au-des-^ sus de CCS bergers trois catégories de ministres, qu^ nulle part encore nous n'avons vus figurer dans li

!i; TEpEoSuTÉpiMl

ET DE THÉOLOGIE POSlTrVE. 23a

personnel des Eglises : les apôtres, les prophètes, les évangélistes, qui ensemble travaillent au service des « saints », c'est-à-dire des fidèles '.

Pour Antioche, dans un passage qui appartient à la même source que le discours de Milel, les Actes des Apôtres désignent la communauté sous le nom d'Eglise ; ils connaissent divers noms de membres notables de celte Eglise, Barnabe, Siméon le Noir, Lucius le Cyrénéeii, Manaën, Paul. Il n'est question ni d'épiscope, ni de presbytres, ni de diacres. Barnabe, Siméon, Lueius, Manaën, Paul, sont prophètes et didascales *.

L'épître aux Colossiens et l'épître à Philémon ajoutent un trait que les textes précédents ne donnaient pas ; « Saluez, écrit l'apôtre aux Colossiens, saluez les frères qui sont à Laodicée; saluez Nymphas et l'Eglise qui est dans leur maison n. Et à Philémon : o Paul à Philémon, et à Amphias notre sœur,... et à l'Église qui est dans ta maison. « Ceci est comme une moindre Église dans la grande, une Eglise domestique, un groupe de fidèles qui sont comme la famille et la clientèle d'une même maison. — Les versets 1-20 du dernier chapitre de l'épître aux Romains, si on les considère comme la salutation de l'exemplaire destiné aux Epliésiens, et cette conjecture n'est pas invraisemblable, témoignent de l'existence à Ephèse d'une Eglise domestique sur le modèle de celles de Nymphas à Laodicée

I. Epha. lï, ll-la : nÙTÙ; [le Chrisfl éSiunev toi; (liv àitOTtôJ/Hi;, toù; Si npqf^ia;. -a^ Gà ei^iYT'*"^^' """^ ^^ KOiiuvot; xal îiBaoxoJou;, «pi; tôv xarapTiotiÈv lûv Sr^<oi xrt. I^ mol éviogclisle esl STDonyme d'apûLre {Gai. i, S) ; 11 ne sa relroiive (jue deux ■ulres rois d'nriB le N. T., Aet. i\i, S et II Ti'iu. iv, a.

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et de Philémon à Colosses : « Saluez Prisca et Aquilas et l'Église qui est dans leur maison, ji C'est de cette hglise que Paul parlait aux Corinthiens, quand, d'Éphèse, ÎL leur écrivait : « Les Eglises d'Asie vous saluent, et surtout Aquilas et Prisca avec l'Église qui est dans leur maison ', » "^

Après le groupe des textes asiates, voici le grou] des textes que nous appellerons européens, et en première ligne la Prima Clemenlis, que l'on est unanime à reconnaître pour composée à Rome, vers 95. Elle ne porte plus le nom de qui Ta rédigée, mais seulement le nom de l'Église qui l'envoie. Toutefois Denys, évèquede Corinthe, écrivant au pape Soter [166*-175'), cite cette vieille lettre romaine adressée aux Corintliiens sous le nom de Clément, donnant par là lieu de croire que l'exemplaire authentique portait le nom de son rédacteur, et que ce rédacteur était ce Clément *.

La Prima Clemenlis est l'expression de la conscience romaine à la fin du règne de Domitien. Dieu y est prié de délivrer les fidèles de « ceux qui les haïssent injustement ». Car l'Eglise romaine vient de passer par des « ('preuves soudaines et répétées dS

1. CoJ. IV, K : Nu[jiïâv xal t^v xat' oluov aÙTÛv [Horl. lïl. «OTÎf" éxxïilot«v. Mi'i. i:T^xaT'olK4vuoui)U(),r,si(f. ftotB. ^v^, a ; t^vxht' oIkOv oOtÛv iuxliiotav, I Cor. ivr, 19 : oiv T? xit' oÎkiw h'Itûv

a. EcsF.D. Il.E.ii.iS.

Que Dieu, « qui abaisse l'insolence des superbes et déroule les machinations des peuples, qui secourt dans le danger el sauve du désespoir, que Dieu soit parmi nous le salut des persécutés, relève ceux qui sont tombés, ramène les égarés, délivre ceux de nous qui souffrent en prison ". Aux princes, « à ceux qui nous gouvernent sur terre, Seigneur, lu as donné le pouvoir de la royauté par la vertu de la puissance... Dirige, Seigneur, leurs conseils suivant le bien' ». Touchants accents de soumission et d'espérance, qui sont, avec je ne sais quoi de plus résigné à l'injustice du siècle, un écho de ceux qu'csprimait quelque trente ans plus t6t la Prima Pétri, dans le premier éclat de la persécution néronienne.

M, Sohm voit dans la Prima Clementis l'épiphanie du droit ecclésiastique, et ce n'est pas trop dite. Elle est, en effet, moins une homélie sur la concorde, qu'une décision Juridique. Une sorte de sédition a éclaté dans l'Eglise de Coriuthe, une " sédition impie et détestable, œuvre d'un petit nombre d'audacieuxet de téméraires u. L'intervention do l'Eglise romaine a été sans doute réclamée par le parti vaincu, A l'Eglise révoltée contre ses chefs légitimes l'Église romaine tout entière écrit : « Vous marchiez soumis à vos chefs ', et voici que l'envie, la haine, la colère, l'émeute ont pénétré parmi vous ». Il semble que la police pa'ieune ait dû intervenir. L'odieux scandale! La discipline est pour une communauté le devoir rigoureux : " Nous devons le respect à nos chefs ^ u. Est-ce que dans l'armée romaine chacun

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