L'AGAPE
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■■Nous souhaiterions que quelqu'un, à l'imitation de ce que M. Huyskens a fait pour l'arcane, entreprît l'histoire de la question de l'agape dans la liltêraliire théologique depuis le xvi" siècle, cette question que le dernier qui l'a traitée appelle n le plus obscur des prohlèmes ' ». On y verrait peut-être que cette ques" tion, simple et moderne question d'école, n'est un obscur problème que pour cette raison que l'on veut tirer des textes plus que leur contenu.
A peine au début de son cnqut^te, M. Kcating est forcé de déclarer qu'une première et « sérieuse dilliculté » ost créée par la rareté des références que le Nouveau Testament fournit concernant l'agape. Encore serait-il à désirer qoe les références que l'on signale fussent aussi concluantes qu'elles sont rares!
La multiplication des pains, par exemple, n'a rien de commun avec l'agape. On en dira tout autant du fait allégué que le Sauveur a bu et mangé avec ses disciples, ou qu'il a comparé le royaume de Dieu à
L (Londrei
1 Ihe early Ciurr,
S80 liTUDES D'IllSTOlftE
lin [estin. Sans doute le Sauveur a rompu le pain avec ses disciples maintes fuis où ce geste n'avait rien de l'eucharistie ; et sans doute nous pouvons conslulcr et conjecturer que les disciples ont pratique dans les premiers jours une «toivwvfa ou vie commune qui comportait une table commune. Mais comment conclure de là que l'eucharistie et l'agnpe sont o comprises toutes deux dans le vieux terme de xlcÉoi; tcû «pTou, fraction du pain «, et que, " intimement connexes k la célébration de la cène », les agapes ont dans la cène « leur jus-lificatiun, leur fondement, leur objet n? Ainsi raisonnent Th. Ilarnack et Ligbtfoot', sans paraître soupçonner que ces aflirmations ont la fragilité des constructions qui ne reposent pas sur les faits. Et ainsi raisonne M. Keating, quand, relevant tous les passages des Actes des Apôtres où est mentionnée la xXioiç toû ipTOv (il, 46; xx, 7 et 11 ; xxvii, :i5], et concédant qu'il s'agit dans ces passages tic l'eucharistie, il conclut cependant qu'il est impossible d'y voir l'eucharistie seule et de n'y pas inclure ce qui « fut plus tard connu sous le nom d'agape ' >>■ Cette exégèse est purement arbitraire et subjective.
Cette mi>m0 exégèse a pensé trouver son texte classique dans la première épltre aux Corinthiens. Saint Paul y rappelle la coupe et le pain de l'eucharistie : n Puisqu'il y a un seul pain, nous, qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous parlicipons tous à un même pain " {x, 17). On voit déjà là que runité des Tidèles, la Mivwvta, n'a pas besoin pour s'exprimer d'un autre symbole que l'eucliaris-
ET DE THEOLOGIE POSITIVE. asi
lie : que signifierait un repas matériel au regard du corps même du Christ?
Saint Paul veut que la décence la plus rigoureuse règne dans les réunions chrétiennes : l'homme n"y doit pas avoir la t^te couverte, mais la femme au contraire doit y porter un voile (ki, 4-lB). Ces réunions ne doivent pas être des occasions Je manger et de ioire. Le Seigneur a institué le rite auguste de la coupe et du pain : a Toutes les fois que voua mangez ce pain, et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne n. U ne faut point manger ce pain et boire cette coupe indignement, de peur d'être responsable du corps et du sang du Seigneur ; il faut « discerner le corps du ■Seigneur » (Siaxpivwv tô nSpia). Ces réunions clu-éliennes ne sont point faites pour rassasier : « Si quelqu'un a faim, qu'il mange chez lui, afm que vous ne vous réunissiez pas pour voire condamnation o (xi, 34). Telle est la règle.
Mais telle n'est pas la pratique des Corinthiens : a Vous vous réunissez, mais ce n'est pas cela manger la cène du Seigneur : car l'un a faim, l'autre est ivre : n'avez-vous donc pas vos maisons pour y manger et boire? Est-ce que vous méprisez l'Église do Dieu? Est-ce que vous voulez faire honte à ceux qui n'ont rien? Que vous diraî-je? Vous louerai-je? Non, je ne loue point » (21-22).
Saint Paul ne dit pas aux Corinthiens : Quand vous vous réunirez désormais, puisque l'usage est de joindre à l'eucharistie un repas en commun, que ce repas soit vraiment commun et que chacun ait une part égale, ceux qui ont partageant avec ceux qui n'ont ^ngi. L'apôtre ne dit rien de pareil. 11 exprime, par
Ure tain rfcii h»b k n tfog Tvd mattger k w» fûae nalcr ebex aoi : ■ N'avec-' pour y mmngtr et boire? >
Oa ne peut iémnr m texte plas focnel pan- 4iê-
rqoe 1m réonions chntieanec mml ex^damm^ ' itiqaai, et que fiDdêoeftce cet aboolne dei»-
t A ta eimt du Seigoenr on repos.
in. Keatiog échappe k cette coodBsïaa ea siippi>-
int que raint Paul a pris occasîoB ds désm^lre qmt ntl pnKluit à Omnlhe, poor séparer l'eiichartstie de rnpi-. ■ Sa M-^lerai les aotres choses, quand je sehiarrivti », i-crivait saint Paol (xi, 34'. Désonnais TlffApi> Rera une réunion à pan de la réunion eacba- *TlaUqiii;! Danti celle hjrpothèse l'agape existait et i cllu vtail conjointe à l'eucharistie : ce qiii est sup-4 poHcr étahli juBtemont ce qai est en qoestion, Tesi»- | Ittiico de l'agape. Quant â l'anton de Tagapeeldel l'oucljariHtie, saint l'aiil n'en condamne pas les abus, f il on condamne le principe mC-me. Et si saint Paul 4 nvait pensé or^juniser l'agape sous une autre forme, £ aurait-il aussi fortement prescrit aux fidèles de Co-t rintbo de manger et de boire chez eux, dans leurs I muîttOMH, et non dans les réunions de c l'Église do 1
Didu -y
L'opllro do saint Jude fournil aux défenseurs de 1 l'ogupe leur second texte. L'auteur sacré, parlant de I
' {V, SU) A xj IStIM I
certains chrétiens dissolus, les accuse de suivre lu voie de Caïn, l'égarement de Balaam, la révolte de Coré, et il ajoute : « Ils sont des ccueils dans vos agapes {h'Z9.\ii.fi.-Ki\t;l^iIii<n:{krh(], faisant impudemment bonne chère, se repaissant eux-mêmes : ce sont des nuées sans eau, poussées par les vents; des arbres d'automne sans fruits, deux fois morts, déracinés; des vagues furieuses delà mer, rejetant l'é- Cume de leurs impuretés; des astres errants, auxquels l'obscurité des ténèbres est réservée pour l'éternité « (12-13). Voilà bien les agapes, nons dit-on.
Non, ce ne sont pas encore les agapes. La preuve en est que la seconde épilre de saint Pierre, qui dépend de l'épître de Jude, a reproduit ce passage sans y voir d'agapes :
Il Pet. II, 13 : Jud. 12 :
oirl).oi Kai (i£j[ii.oiÈ¥ipuywïT£; oî Èv taîî à-^iv:i3.\i ûfituv it taï; dnciTai; aÙTtÛv aniXaosï ituviuuj/qÙ.uevdi à^g-
La seconde épîlre de saint Pierre a compris : « Ils se délectent dans leurs tromperies, en faisant bonni' chère avec vous. « Oublions que certains manuscrits aussi importants c^xm'VAlexnndrinus ne lisent pas AfiT:im dans le texte de Jude, mais B7t«T«iî : acceptons ^YdÉiceiiî comme la leçon la plus plausible, et supposons que la seconde épître de saint Pierre a voulu dire autre chose que l'épître de saint Jnde ; — il restera à se demander silctcrmeâyxnaidQ Jude désigne nécessairement un repas. Or Jude (2 et 21) se sert deux fois du mot àfim), comme [3, 17, 20) il se sert du mot d^YomiTDi, et aussi bien (1} de ^om^jjiÉvai, au sens