‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 3)Chapitre 37 sur 46 · H4 ÉTUDES D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

H4 ÉTUDES D'HISTOIRE

d'amour et d'aimé. Xous le voyons employa cmplialiqaemenl des pluriels pour le singulier : il dit Sdïaç (8) pour S(i;aiv, et ala^ûvai; (13) pour xirs^i!,-ir,t. Si bien que le passage où l'on veut retrouver les agapes s'entendrait ; " Ils sont des écueils dans votre amour » . Erasme voulait qu'on traduisit : In dilectionibus vestris ou inler chantâtes vestras. Et ici le mot amour signifierait l'ensemble des fidèles, au milieu de qui ces impies sont des pierres de scandale. On ne comprendrait pas, étant donnée la généralité des avertissements de l'épître, qu'il tût fait mention d'un désordre aussi particulier que celui que causeraient ces impies dans les agapes.

Concluons : il n'est pas question d'agapes dans le Nouveau Testament.

Les chapitres ix-x de la Didachè donnent le texte de prières eucLaristiques, qui sont comme un modèle des improvisations que l'officiant développait avant et après la fraction du pain et la bénédiction de la coupe. Dans cotte description de l'eucharistie, il n'est fait aucune mention do quoi que ce soit qui ressemble à l'agape. « Pour ce qui est de l'eucharistie, vous rendrez grâce ainsi... D'abord sur le calice... Ensuite sur le pain... Et après vous être rassasiés, vous rendrez grâce ainsi... ■> Suit une troisième formule. Ces trois formules ont trait, croyons-nous, à l'eucharistie, comme d'autres analogues que lo

contre dans les Aclit lonnnix ' et dans les Acta Thomae ^.

Pour n'avoir pas fait ce rapprochement, des érudits fort graves, émus de ne rencontrer pas les paroles de l'anaranèse dans les formules de la Didachè, se sont demandé si ces trois formules ne seraient pas étran- {^ères à la liturgie eucliaristique et n'auraient pas trait simplement à l'agape. M. Funk du moins applique les deux premières ù l'eucharistie; mais il veut que la troisième ait trait à l'agape, et il voit là une preuve que, au temps de la Didachè, n à la cène était uni le repas qui d'un mot grec fut appelé agape^ o. Cette interprétation se fonde sur ce que les deux premières formules sont séparées de la troisième par la phrase : « Et après vous être rassasiés, vous rendrez grâce ainsi... ii(MeTi!ÈT(ilî*nXr,ofl7ivoi^...) De quoi donc les fidèles sont-ils rassasiés? Du pain et du vin eucharistique, répondrons-nous, car il n'est pas dans le texte mention d'autre chose. Du repas de l'agape, répond M. Keating et sans doute aussi M. Funk. Mais alors, dirons-nous, pourquoi, dans la prière [AEtà: tô l}inT),ïitiKivKi, remercie-t-on Dieu de « la nourriture spirituelle et du breuvage de la vie éternelle », toutes expressions que M. Funk interprète de l'eucharistie? Ici donc nulle trace des agapes.

La Didachè a quelques mots encore où l'on croit distinguer une ombre d'agapes; les quelques mots sont fort obscurs, comme pour une large pari le pas-

\. Acta aposiol. apocT'jpha, t. n, l (l-eipiig IBflSl. p. «n-i t. Acia Thomae (Lelpiis 1883), p. 3S-30 et Si. a. PP. apoitolici, t. I ITublngen lOrt), |i. M, n. 4. Ce»l un souvenir de Jo. vi, H : i>i Si tiaûiT.a^wm, la mulliiillt'slioti des paÏDs.

sage auquel ils appartiennent et qui concerne les

prophètes. Nous lisons ; « Tout prophète qui prescrit une table en Esprit, ne mangera pas de cette table, sinon il est un faux prophète '. » M, Funk interprète ainsi : a Si un prophète parlant au nom de l'Espril- Saint ordonne de dresser une table, on y servira les pauvres, mais le prophète ne mangera rien, de peur de paraître penser k lui-même ; si non, on le tiendra pour un faux prophète. » Le sens général paraît bien être tel, en elïet, surtout si on rapproche ce texte de celui qui suit à quelque inter\'alle et qui est très limpide : « S'il dit en Esprit : Donne-moi de l'argent ou autres choses, vous ne l'écouterez point : que s'il dit qu'on lui donne pour d'autres pauvres, que personne ne le juge » (xi, 12). On peut donc entendre que le prophète demande à manger, comme il demande de l'argent, mais que ni les plats ni l'argent, il ne doit les demander pour lui, sous peine de passer pour un faux prophète. Seulement, cette table n'est pas plus liturgique que cet argent, et on-ne saurait voir ici autre chose que des aumônes.

M. Keating est de nouveau fort en peine pour retrouver trace de l'agape dans les Pères Apostoliques. Il suppose, bien gratuitement toujours, que, l'agape ayant été disjointe de l'eucharistie par saint Paul, cette disjonction n'eut aucun effet dans l'âge apostolique et quelque temps encore. Ainsi quand un texte parlera de l'eucharistie, il conviendra de comprendre qu'il y est conjointement question de l'agape. Si l'épltrede saint Clément parle desépiscopes qui « sain-

tcment et sans reproche ont offert les dons ' », — allusion à l'épUre aux Hébreux [v, 1) et au pontife chargé « d'offrir les dons et les victimes pour les péchés », — M. Keating, avec Lightfoot, voit dans ces dons les aumônes de l'Église, le pain et le vin de l'eucharistie, les offrandes pour les agapes : ce qui est singulièrement forcer le sens tout lévitique du mot dons.

Plus spécieux serait le cas de saint Ignace, écrivant aux Smyrniotes : o 11 n'est pas permis sans l'évéque soit de baptiser, soit de faire Vagapè « (vin, 2). Mais ce texte prouve mieux qu'aucun autre combien il y aurait d'imprudence à interpréter un écrivain autrement que par lui-même, et à donner à une expression du ii° siècle le sens qu'elle a eu au iv°. Car dans ce passage saint Ignace traite de l'eucharistie : « Que personne sans l'êvêque ne fasse rien des choses qui sont de l'Église : valide soit estimée l'eucharistie qui est présidée par l'évéque ou par celui qu'il a délégué... 11 n'est pas permis sans l'évêque soit débaptiser, soit de faire Vagapè, mais ce qu'il aura approuvé sera agréable à Dieu, et ainsi sûr et valide sera tout ce qui sera fait » [vin, 1-2). Le contexte est donc pour nous faire entendre que le mot amour ou agapè désigne l'eucharistie, comme l'a, d'ailleurs, entendu au iv" siècle l'interpolateur des épîtres ignatiennes, et aussi bien comme l'entendent les éditeurs récents. La langue tourmentée et singulière qui est celle de saint Ignace désignait là

i.ICtem,i.Liy, t : Snuxptix,.., kà,i tdù; iit^iinTui; xkI lintut npgsevsYxôvT»; Ta Sûpix Tiiç iTtioïoTifjî 47tD6ii>.ioji.£v ; ai coa, qu[ sancle et sine crimine muaeraobtDleraut, epîscopatu eicimus. — Ne pai truduiro comme M. Kealing : Ta Sûpu tiiî iitianon^d

Page 1