Î88 ÉTUDES D"UI8T0IRE
l'eucliaristie par une abstraction. Il écrivait dans le même style aux Roma.ins : « Je ne savoure pas une nourriture de corruption ni les voluptés de ce monde : je veux le pain de I>ieu, qui est la chair de Jésus- Christ, et je veux en breuvage son sang, qui est Vagapè incorruptible ' ». Le niâme procédé littéraire fait appeler àfXTni, amour, la coupe eucharistique. Le mot àïâim revient, si nous nous en tenons à la statistique de M. Funk, vingt-huit fois dans les épilres de saint Ignace : toujours il signifie amour ou charité in abstriictn. Même dans lasuscriplion fameuse de l'épître aux Romains, où M. Funk voudrait traduire jtpoKafljiîiivT] -uTii; àyi'^lî P*"" " présidente de la communauté », nous sommes de ceux qui pensent que le mot i-fâmi ne doit pas être dérivé de son sens ordinaire. On peut conclure qu'il ne désignait in convreto rien de particulier, moins encore l'agape telle qu'on la concevra plus tard- La lettre de Pline à Trajan parle de deux sortes de réunions : les clirétiens se réunissent « stato die ante lucem », puis à nouveau a ad rapiendnm cibiwi, promiscuum tamen et innoxium ». On a vu dans cette seconde sorte do réunion un repas, et dans ce repas les agapes. Si cette interprétation était fondée, nous aurions ici la plus ancienne attestation de l'usage des agapes. Mais cette interprétation, croyons-nous, ne se soutient pas. Remarquons, en effet, que les gens interrogés par Pline sont des apostats : Pline a obtenu d'eux tous qu'ils vénérassent le portrait de Trajan et les statues des dieux, et qu'ils reniassent
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le Christ. Les apostats ont déclaré qu'ils avaient
été chrétiens, mais qu'ils avaient cessé de l'être, les uns depuis trois ans, les autres depuis plus longtemps encore, quelquûs-uns depuis ving^ et tant d'années. Ces apostats avouent tout leur crime : tantôt ils se réunissaient pour chanter, tantôt ils se réunissaient pour prendre ensemble une « nourriture ordinaire et parfaitement innocente », ccimme traduit Renan : et tout cela a même cessé du jour où Pline par un édit a prohibé les collèges ou hetaen'ae. Si cette a nourriture ordinaire et parfaitement innocente » n'est pas l'eucharistie, il faudra dire que ces apostats n'avouent pas que dans la réunion anCe lucein ils faisaient quelque chose de plus que de chanter, ils communiaient au corps et au sang du Christ : or ces apostats n'avaient plus de raison de rien cacher. H reste donc que c'est l'eucharistie qu'ils désignent par cette expression bien digne de fidèles qui ne croient plus : « cibum promiscuum et innoxiuni ».
M. Ramsay voudrait que les chrétiens déclarent avoir renoncé, non pas aux réunions où l'on chantait, mais aux réunions où l'on prenait cette nourriture innocente '. Car, dit-il, ce repas en commun constituait une sodaUtas ou hetaeria, ce qui était illégal, prohibé, tandis que se réunir pour chanter était légal et permis. Or, poursuit-il, les chrétiens auront bien pu cesser de célébrer leurs agapes, mais non de communier. A quoi nous répondons : la communion n'eùt-elle donc pas été un élément sulfisant