Il y a ici un jeu de mois ; TpânEÇav xoivtIï niftHlesvt
pièce de date indécise, que les plus prudents placent entre 170 et 310, et que par suite il ne faut point sans quelque réserve citer comme une attestation du ii" siècle. Le silence d'apologistes comme saint Justin et de controversistes comme saint Irénée garde toute sa Torce probante. Nous avons même mieux que ce silence. La calomnie populaire qui accusait les chrétiens de se livrer à des festins de Thyesto et à des promiscuités d'Œdipe, visait l'eucharistie et les réunions eucharistiques : Minucius Félix (31) pense à l'eucharistie lorsqu'il écrit : « Concilia non tantum pudica colimus, sed et sobria : nec enim indulgemus epulis aut convicium mero dueimus. i On ne peut plus nettement exclure l'hypothèse de l'existence des agapes.
Tertullien sera pour nous l'occasion d'une rétractation, car, avec tous les critiques, nous avions tenu Tertullien pour un indubitable témoin, pour le premier témoin, de l'existence des agapes' : une étude plus attentive nous a convaincu que Tertullien, en réalité, n'en dît pas un mot.
Le silence de saint Irénée aurait dCt nous donner l'éveil, et mieux encore l'affirmation que nous venons de citer de Minucius Félix.
Puis nous aurions dû donner toute sa valeur au texte suivant de Tertullien : il y reconnaît que les clirétiens ont une caisse commune, chacun apportant sa cotisation, une fois le mois, ou quand il veut, et si
t. Dictionnaire de Ihèologit, arl. Agapes.
ÉTUDES D'HlSTOmi
il veut, et si il peut, car cette cotisation est spoi tanée et nullement obligatoire.
Ilacc quasi deposita pietatis sunt. Nam inde non epnl nec polaculis neu ingratis yoratrinis dispensalur, nis alendis humandisque, et pueris ac puelHs re ac parenttbas destitutis, iamque [î] domesticiB [?] aenibua, item naufragis, et si qui in metalHa, et si qui in'însulis vel in cusiodiis, dumtaxat e\ causa dei sectae [f], alumni coas fessionis suae fiunt'. ^Ê
Les chrétiens ont donc une caisse, comme les sodalicia païens en ont une : mais elle sert aux chrétiens à entretenir les pauvres et k les enterrer, à entretenir les orphelins et les vieillards, à secourir les naufragés, à uider les chrétiens qui ont été jetés en prison ou déportés pour leur foi. Nous poumons déjà conclure que le budget de celle caisse ne prévoi pas de frais d'agapes. Tertullien veut que nous ayons la certitude : c Inde non epuUs nec potacui dispensatur », Minucius Félix nous en avait autant.
Dans ce même chapitre de son Apologétique, Ti tullien, décrivant les diverses réunions chrétiennt mentionne comme exercices de ces i prière, la lecture des saintes Ecritures, la prédication [exhortationes, casligationes), la censure de! mœurs [censura divina], car si quelqu'un pèche vemcnt il sera exclu des réunions et de tout le coi merce chrétien [omnis sancti commerciî). Tertulli< ne parle point de repas en commun, il ne parle
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ET DE THÉOLOGIE POSITIVE. 2!»î
de nourrir la foi des paroles inspirées, « /Idem sanclis vocibus pascîmus n.
Noua arrivons au texte qui a créé toute l'illusion :
Et caenulas nostras, praeterquam scelcris infâmes, ut prodigas qnoque su^illatis.
Les païens, dit notre apologiste, n'ont aucun reproche pour les festins soi-disant religieux de leurs cultes. Les prêtres saliens font des noces qui leur coûtent plus d'argent qu'ils n'en ont. Les Eleusinies mobilisent une armée de cuisiniers. Quand les dévots de Sérapis cuisent leur dîner, les pompiers crient au feu. Mais, cependant, on n'en veut qu'au repas des chrétiens, et quel repas?
De solo triclinio christianorum retractatur.
Caena no^tra de nominc rationem sui ostendit : id vocatur quod dilectio penea graecoa. Quantiscunque sumptibus constet, lucrum est pietatis noinine facere sumptum, BÏquidem inopes quosque refrigerio isto îuvamus...
Si honesta causa est convivii, reliquum ordinem disciplinae de causa aestimate. Quod sit de relîgionis oFQcio, nihil vilitatis, nihil immodeatiae admittît. Non prins discumbitur, quam oratio ad Deum praegustetur; edifur quantum esurientea capiunt; bibitur quantum pudicis utile est. Ita saturantur, ut qui meminorînt etiara per noctem adorandum Deum sibi e.>«se ; ita fabulantur, ut qui sciant Dominura audire. Poat aquam manualeni et lumina, ut quisque de scripturis sanctia ve! de proprio ingénie potest, provocatur in médium Deo canero; hinc probatur quomodo biberit. Aeque oratio convivium dirimit. Inde disceditur non in... eniptiones laaciviarum..,, ut qui non tam caenam caenaverint, quam disciplinam.
Haec coitio cbristianorum mérite sana illicita, ai illî-
Trile est U description de Tertallien, dont dm 8 <{uVUc est une description de l'eucbarisl et non drs af^pes.
Il était nécessaire, en effet, (\ne Terinllien, c<i vaut DDP apolope, y jnsttfiftt les chrétiens des ac< L salions dont leur «dte fermé était l'objet. L'accusa [tîon principale visait ta cène eucharistique, que les païens représcntaiont comme un infanticide rituel, « sacramenlum infanticidii et pabulum tnde et poat convivintn inces(nm «. TcrtuUien a réfuté celte accusation dans les chapitres VII-IX. en montrant qu'elle était une calumnie sans fondement, incompa- I tible avec la conscience chrétienne. Toutefois Torlullien n'a pas dit un mot du contenu réel de ]a cène eucharistique, différant en cela absolument de saint Justin qui en avait exposé au grand jour le nie elle dogme. Or nulle autre part dans Y Apologétique il oe nil parié de l'eucharistie, s'il n'^i était parlé dans le passage que bous avons cité.
Celte caenula dont parle TcrtuUien, nous avons une seconde raison de l'identifier avec l'eucharistio, c'est que c'est elle que les païens traitent d'infamie criminelle: « ... caeniilasnostras praeiergiiamsceleris infâmes ...». Donc cette caenula est la même où les païens voyaient un infanticide, et le reste. Ce ne peut donc être que la cène eucharistique.
Tertullien va répondre à celte accusation d'infamie criminelle. II ne dira pas ce qu'est l'eucharistie, du pain, du vin, le corps du Christ : il risquerait trop d'être inintelligible, puis c'est une règle pour lui de s'en taire. Il dira : Rien que le nom que porte notre caenula devrait dissiper tout soupçon : nous l'appet grec iyiwTi ou dUectio. Il n'ajoutera p.
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un mot de plus sur la nature de la caennla, mais le mot qu'il prononce est celui-là mf me que saint Ignace donnai ta l'eucharistie. Pour traduire lîïciini ou dilectio par agape, il Faudrait que le précédent d'Ignace n'existât point, et que nous ayons déjà yuày"'"' designer ce que l'on entendra un jour par agape ' .
TertuUien poursuit, ou plutôt, il tourne court, et, laissant làlacalomnie qui traite l'eucharistie de crime, ; caenulas noslras sceteris infâmes n, comme on passe sur un argument réfuté plus haut, Tertullion répond aux païens qui accusent ces mêmes réunions d'ètra une occasion de prodigalités, i caenulas nostras ut prodigas qtioqae siigillatis ». II dit ; Quelque soit le prix, toute dépense est un gain qui est faite pour la religion, car cette dépense nous permet de secourir tous les pauvres, « inopes quosqne refrîgerio ista iuvamus n. Ici apparaît pour la première fois l'indice d'une distribution qui aurait un lien avec l'eucharistie. Déjà saint Justin affirme clairement que, à l'issue de la célébration de l'eucharistie se place une distribution faite aux pauvres : les fidèles qui ont quelque fortune donnent ce qu'ils veulent, et ce qui est ainsi recueilli est mis aux mains du président pour assister les orphelins, les veuves, les indigents'. L'identité est frappante entre l'assertion do Tertullien et celle de Justin. Mais, du coup, celte dis-
1. Ce niol &'i''''"l^^n'3in'<''"i (erine TniLd pour dùslgnar Inrcunion Il plus religieuse du culle chrélien, on comprend l'expro^lon de [a passinn de sainlu Perpétue ; . Pridie quaque cum Caenam illam utlunam qusin liberam vocant, quantum In ipsis erat, non caenam liberam ad agapen caenarent •■ Kraus signale dans plusieurs Inscriptions ThrÉtiennes l'emploi da la formule IN AGÀPE pour IN FACE (HealenegklopSdie iter chriitl. Allerlliûtner, t. n, p. 3S6),
~ lusnx. l Apologet. I, ST. L'usage est altes'é, au m* siècle, par