‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 106 sur 118 · Didach. xi, 'J · texte numérisé non relu

Didach. xi, 'J

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interprète ainsi : « Si un prophète parlant au nom de TEsprit-Saint ordonne de dresser une table, on y servira les pauvres, mais le prophète ne mangera rien, de peur de paraître penser à lui-même; sinon, on le tiendra pour un faux prophète. » Le sens général paraît bien être tel, en effet, surtout si on rapproche ce texte de celui qui suit à quelque intervalle et qui est très limpide : « S'il dit en Esprit : Donnez-moi de l'argent ou autres choses , vous ne l'écouterez point. Que s'il dit qu'on lui donne pour d'autres pauvres, que personne ne le juge » (xi, 12). On peut donc entendre que le prophète demande à manger, comme il demande de l'argent, mais que, ni les plats ni l'argent, il ne doit les demander pour lui, sous peine de passer pour un faux prophète. Seulement, cette table n'est pas plus liturgique que cet argent, et on ne saurait voir ici autre chose que des aumônes.

M. Keating est de nouveau fort en peine pour retrouver trace de l'agape dans les Pères Apostoliques. Il suppose, bien gratuitement toujours, que, l'agape ayant été disjointe de l'eucharistie par saint Paul, cette disjonction n'eut aucun effet dans l'âge apostolique et quelque temps encore. Ainsi quand un texte parlera de l'eucharistie, il conviendra de comprendre qu'il y est conjointement question de l'agape. Si l'épître de saint Clément parle des épiscopes qui « saintement et sans reproche ont offert les dons ^ », — allusion à l'épître aux

1. / Clem. xi.iv, 4 : à[JLap:ia..., èàv toÙ; à[i.s(JiTCTM; Kaî ôcîto; TipodevEYxôvTai; "rà Swpa tr;; ÈTrtTxoK/.ç ànooaAWjj-sv : si eos, qui saiicte et sine crimine muiiera oblulcrunt, episcopalu eicinius. — Ne pas traduire comme M. Keating : ta oùpa t?,; è-kj/.o-/;:

Hébreux (v, 1) et au pontife chargé « d'ofîrir les dons elles victimes pour les péchés », — M. Keating, avec Lightfoot, voit dans ces dons les aumônes de l'Église, le pain et le vin de l'eucharistie, les offrandes pour les agapes : ce qui est singulièrement forcer le sens tout lévitique du mot dons.

Plus spécieux serait le cas de saint Ignace, écrivant aux Smyrniotes : « Il n'est pas permis sans l'évéque soit de baptiser, soit de faire Yagapè » (viii, 2). Mais ce texte prouve mieux qu'aucun autre combien il y aurait d'imprudence à interpréter un écrivain autrement que par lui-même, et à donner à une expression du ii* siècle le sens qu'elle a eu au ivV Car dans ce passage saint Ignace traite de l'eucharistie : « Que personne sans l'évéque ne fasse rien des choses qui sont de l'Eglise : valide soit estimée l'eucharistie qui est présidée par l'évoque ou par celui quil a délégué... Il n'est pas permis sans l'évoque soit de baptiser, soit de faire Yagapè, mais ce qu'il aura approuvé sera agréable à Dieu, et ainsi sûr et valide sera tout ce qui sera fait » (viiT, 1-2). Le contexte est donc pour nous faire entendre que le mot amour ou agapè désigne l'eucharistie, comme l'a, d'ailleurs, entendu au iv'' siècle l'interpolateur des épitres ignatiennes, et aussi bien comme l'entendent les éditeurs récents. La langue tourmentée et singulière qui est celle de saint Ignace désignait là l'cucharislic par une abstraction. U écrivait dans le même style aux Romains : « Je ne savoure pas une nourriture de corruption ni les voluptés de ce monde : je veux le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, et je veux en breuvage

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son sang, qui est Yagapè incorruptible^ ». Le même procédé littéraire fait appeler «ya^"/!, amour, la coupe eucharistique. Le mot ayaTTYi revient, si nous nous en tenons à la statistique de jNL Funk, vingt-huit fois dans les épitres de saint Ignace : toujours il signifie amour ou charité in abstracto -. Même dans la suscription fameuse de Tépître aux Romains, où M. Funk voudrait traduire irpoxaOr.y.Évr, t/jç àyaTC-/;? par « présidente de la communauté », nous sommes de ceux qui pensent que le mot àyaTry, ne doit pas être dérivé de son sens ordinaire. On peut conclure qu'il ne désignait m concreto rien de particulier, moins encore Tagape telle qu'on la concevra plus tard.

La lettre de Pline à Trajan parle de deux sortes de réunions : les chrétiens se réunissent « stato die anlelucem », puis à nouveau « ad capiendum cibiim, promisciium tainen et innoxiuni ». On a vu dans cette seconde sorte de réunion un repas, et dansce repas les agapes. Si cette interprétation était fondée, nous aurions ici la plus ancienne attestation de l'usage des agapes. Mais cette interprétation, croyons-nous, ne se soutient pas. Remarquons, en effet, que les gens interrogés par Pline sont des apostats : Pline a obtenu d'eux tous qu ils vénèrent le portrait de Trajan et les statues des dieux, et qu'ils renient le Christ. Ces apostats ont déclaré quïls avaient été chrétiens, mais qu'ils avaient cessé de l'être, les uns depuis trois ans, les autres depuis plus longtemps encore, quelques-uns depuis

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