Rom. Mil
2. Cf. Smyrn. vi, 2, où saint Ignace associe le précepte de la charité ou àYàTîr) aux oeuvres de miséricorde, le soin des veuves, des orplielins, des pauvres, de ceux • qui ont faim et soif ».
vingt et tant d'années. Ces apostats avouent tout leur crime : tantôt ils se réunissaient pour chanter, tantôt ils se réunissaient pour prendre ensemble une « nourriture ordinaire et parfaitement innocente », comme traduit Renan : et tout cela a même cessé du jour où Pline par un édit a prohibé les collèges ou hetaeriae. Si cette « nourriture ordinaire et parfaitement innocente » n'est pas l'eucharistie, il faudra dire que ces apostats n'avouent pas que dans la réunion ante lucein ils faisaient quelque chose de plus que de chanter, ils communiaient au corps et au sang du Christ : or ces apostats n'avaient plus de raison de rien cacher. Il reste donc que c'est l'eucharistie qu'ils désignent par celte expression bien digne de fidèles qui ne croient plus : « cibum pi'omiscuum et innoxium ».
M. Ramsay voudrait que les chrétiens déclarent avoir renoncé, non pas aux réunions oîi l'on chantait, mais aux réunions où Ion prenait cette nourriture innocente^. Car, dit-il, ce repas en commun constituait une sodalilas ou hetaeria, ce qui était illégal, prohibé, tandis que se réunir pour chanter était légal et permis. Or, poursuit-il, les chrétiens auront bien pu cesser de célébrer leurs agapes, mais non de communier, A quoi nous répondons : la communion n'eût-elle donc pas été un élément suflîsant à constituer la sodalilas, et à rendre les réunions anle lucem tout autant illégales? De plus, les chrétiens interrogés sont des apostats : ils ont tout abandonné du christianisme, et non point uniquement les agapes prétendues. Nous croyons donc rc-
1. W. M. Ramsay, The Church in tlie roman Empire (Londres 189»), p. 219.
trouver dans cette nourriture innocente l'eucharistie, et rien des agapes.
Voici une difficulté plus forte pour les partisans des agapes : saint Justin dans sa première apologie décrit les réunions chrétiennes : il plaide l'innocence des chrétiens en révélant tout le secret de leurs réunions, et il ne dit pas un seul mot de l'agape. Saint Justin, qui expose toute la liturgie de Teucharistie, aurait-il dissimulé Tusage des repas en commun?... Apparemment, suggère M. Keating, on y avait renoncé par suite de la prohibition des sodalicia!
Le silence de saint Irénée est plus surprenant encore : « Pas une mention, pas une allusion », avoue M. Kealing désolé.
Nous avons même mieux que ce silence. La calomnie populaire qui accusait les chrétiens de se livrer à des festins de Thyeste et à des promiscuités d'Œdipe, visait l'eucharistie et les réunions eucharistiques. Minucius Félix pense à l'eucharistie lorsqu'il écrit : « Convivia non tantum pudica coliinus, sed et sobria : nec enini indulgemus epulis aiit convivium mero ducimusK » On ne peut plus nettement exclure l'hypothèse de l'existence des agapes.
Le langage de Tertullien est exactement semblable à celui de Minucius Félix, et, quoi qu'on en dise, et