‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 109 sur 118 · Apologct · texte numérisé non relu

Apologct

prière, la lecture des saintes Écritures, la prédication [exhortationes, castigationes)^ la censure des mœurs {censura dwina^, car si quelqu'un pèche gravement il sera exclu des réunions et de tout le commerce chrétien [omnis sancti commeT'cii). Tertullien ne parle point de repas en commun^, il ne parle que de nourrir la foi des paroles inspirées, « fidem sanctis vocibus pascimus ».

Nous arrivons au texte qui a créé toute l'illusion :

Et caenulas nostras, praeterquam sceleris infâmes, ut prodigas quoque sugillatis.

Les païens, dit notre apologiste, n'ont aucun reproche pour les festins soi-disant religieux de leurs cultes. Les prêtres saliens font des noces qui leur coûtent plus d'argent qu'ils n'en ont. Les Eleusinies mobilisent une armée de cuisiniers. Quand les dévots de Sérapis cuisent leur dîner, les pompiers crient au feu. Cependant, on n'en veut qu'au repas des chrétiens, et quel repas ?

De solo triclinio christianorum retractatur.

Caena nostra de nomine rationem sui ostendit : id vocatur quod dilectio pênes graecos est. Quantiscunque sumptibus constet, lucrum est pietatis nomine facere sumptum, siquidem inopes quosque refrigerio isto iuvamus...

Si honesta causa est convivii, reliquum ordinem disciplinae de causa aestimate quod sit. De religionis officio nihil vilitatis, nihil immodestiae admittit. Non prias dis-

\. De Corona, 3, même silence. Dans ce paragraphe du De Corona, Tcrlullien note que l'eucharistie a éto|instituc'e par le Christ» in temporc victus », et que maintenant elle se célèbre < antelucanis coelibus ». Cf. Cijprian. Epistut, LXHI, 16.

cumbitur quam oratio ad Deum praegustetur ; edilur quantum esurientes capiunt; bibitur quantum pudicis utile est. Ita saturantur, ut qui meminerint etiam per noctem adorandum Deum sibi esse; ita fabulantur, ut qui sciant Dominum audire. Post aquam manualem et lumina, ut quisque de scripturis sanctis vel de proprio ingénie potest, provocatur in médium Deo canere; bine probatur quomodo biberit. Aeque oratio convivium diri' mit. Inde disccditur non in... eruptiones Jasciviarum..., ut qui non tam caenam caenaverint, quam disciplinara. Haec coitio christianorum merito sane illicita, si illicitis par.

Telle est la description de Tertullien, dont nous estimons qu'elle est une description de l'eucharistie, et non des agapes.

11 était nécessaire, en effet, que Tertullien, écrivant une apologie, y justifiât les chrétiens des accusations dont leur culte fermé était l'objet. L'accusation principale visait la cène eucharistique, que les païens représentaient comme un infanticide rituel, « sacramentuin infanticidii et pabulum inde et post convivium incestuni ». Tertullien a réfuté cette accusation dans les chapitres YIl-IX, en montrant qu'elle était une calomnie sans fondement, incompatible avec la pureté de la conscience chrétienne. Toutefois Tertullien n'a pas dit un mot du contenu réel de la cène eucharistique, différant en cela de saint Justin qui en avait exposé au grand jour le rite et le dogme. Or nulle autre part dans YApolof^ètique il ne serait parlé de l'eucharistie, s'il n'en était parlé dans le passage que nous avons cité.

Cette cacntila dont parle Tertullien, nous avons une seconde raison de ridenlilier avec l'eucharistie,

puisque c'est elle que les païens traitent d'infamie criminelle : « ...caenulas nostras praeterquam scclej'is infâmes... ». IXonc cette caenula est la même où les païens voyaient un infanticide, et le reste K Ce ne peut donc être que la cène eucharistique.

Tertullien va répondre à cette accusation d'infamie criminelle. Il ne dira pas ce qu'est l'eucharistie, du pain, du vin, le corps du Christ : il risquerait trop d'être inintelligible, puis c'est une règle pour lui de s'en taire. Il dira : Rien que le nom que porte notre caenula devrait dissiper tout soupçon : nous l'appelons d'un mot grec àYa~'i ou dileciio. Il n'ajoutera pas un mot de plus sur la nature de la caenula^ mais le mot qu'il prononce est celui-là même que saint Ignace donnait à l'eucharistie. Pour traduire àyaTr/j ou dileciio par agape, il faudrait que le précédent d'Ignace n'existât point, et que nous ayons déjà vu aYâ^r) désigner ce que l'on entendra un jour par agape.

Tertullien poursuit, ou plutôt, il tourne court, et, laissant là la calomnie qui traite l'eucharistie de crime, « caenulas nostras sceleris infâmes y), comme on passe sur un argument réfuté plus haut, Tertullien répond aux païens qui accusent ces mêmes réunions d'être une occasion de prodigalités, « caenulas nostras ut prodigas quoque sugillatis ». Il dit : Quel que soit le prix, toute dépense est un gain qui est faite pour la religion, car cette dépense nous permet de secourir tous les pauvres, « inopes quosque refrigerio isto iuvamus ». Ici apparaît pour la première fois l'indice dune collecte qui aurait un lien avec l'eucharistie. Déjà saint Justin affirme clairement

\. cf. Ad uxorem, II, 4 : « convivium doniinicum illud quod infamant. » Rajjprochez Oclavius, 0.

(lue, à rissue de la célébration de Teucharistie se j>lace une collecte : les fidèles qui ont quelque fortune donnent ce qu'ils veulent, et ce qui est ainsi recueilli est mis aux mains du président pour assister les orphelins, les veuves, les malades, les prisonniers, les voyageurs pauvres, d"un mot, tous les indigents^ L'identité est frappante entre l'assertion de Tertullien et celle de Justin. Mais le refrigerium de Tertullien est une distribution de secours, fruit d'une 'ollecte; cette distribution est faite aux pauvres -euls, cette distribution nest pas un repas qui serait commun aux pauvres et aux riches.

TertuUien passe à une troisième considération. Si, dit-il, nos caenulae sont purement religieuses, on ne saurait les soupçonner d'aucun excès. « On ne prend pas place sans avoir d'abord prié : non prias discumhilur... » C'est donc un repas, m'objectera-t-on ! Pas encore, répondrai-je, car ces expressions sont symboliques, comme le mot caenula, comme le mot triclinium, comme le mot convivium'^ : symbolisme bien explicable à qui réfléchit que la communion se fait autour d'une mensa et non proprement d'un autel. Tout le développement de TertuUien est plein de ce symbolisme à double entente, qui est en même temps une ironie. Les fidèles mangent et boivent : ainsi Abercius déclare avoir bu un vin déli-

1. IcsTiN. Apologet. I, 67. -L'usage est altpsté, au ii« siècle par Denys de Coiintlie dans sa lettre au pape Soter, Elsed.//. £■. IV,23,10; au m* siècle, par saint Cyprien. Cf. Cyprian. De lapsis, 6. De op. ci

eleemos. Vi. . • r .•

i. Cf. Apologet. 7 : « Dicimur scclcratissimi de sacramenlo inlanlicidii et pabulo inde et posl convivium inceslo .. l,c mol coyiviviuri. est applique la à l'eucliarislie. ^d uxor.U, i : • ... convivium doiiiinicum illud quod infamant •. I.a encore il sasit de l'cucliariitie. Cf. Oclavius, 0 : « ad epulas soUemni die coeunt... ubi convivium caluit... •

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