ÉTUDES D:HIST0!RE
cieux qu'on lui a donné avec du pain^ Seulement, Abercius, plus explicite, nous révèle qu'il parle, ce disant, du poisson, c'est-à-dire du Christ.
M. Funk, qui a bien voulu discuter ce texte après nous, estime que l'on ne saurait y reconnaître une description de la liturgie eucharistique contemporaine de Tertullien. Pourquoi ne mentionner ni la lecture des saintes Ecritures, ni la prédication, ni les prières qui, dès lors, au témoignage de saint Justin, constituaient lavant-messe? Pourquoi? Mais précisément parce que Tertullien n'a qu'un point à défendre contre les accusations des pa'iens, c'est la communion sous l'espèce du pain et sous l'espèce du vin. Avant de communier, on prie : oratio praegustatui-, c'est l'ensemble des prières de la consécration, Vainvocatio non contemptihilis » dont parle une lettre de Firmilien-. Après avoir communié, on prie encore : oralio convivium dirimit. Voyez la prière Merà to l^rJ.-tj'M^'i\ de la Didaché. Tertullien dit des chrétiens qui communient : « editur... bibitur...\ saturantur... » Qu'y a-t-il là qui répugne au symbolisme eucharistique ? N'est-ce pas dans un pareil symbolisme que, à pareille époque, l'eucharistie est représentée dans la fresque célèbre de la Cappella Greca au cimetière de Priscille? Et tout autant, pour ne pas rappeler Abercius, dans l'inscription d'Autun ? « Du Sauveur des saints prends la nourriture douce comme le miel : mange, toi qui as faim, tu tiens l'ichthus dans tes mains. »
{. Voyez notre article Abercius du Dictionnaire de théologie. '-. Inter Cyprias. Epp., LXXV, \0.
Tertullien ajoute que les fidèles causent entre eux : fabulantur. Nous interpréterons ce trait des acclamations par lesquelles l'assemblée s'unit à l'évêque. Dans VOctavius (ch. ix), le païen reproche aussi aux clirétiens de parler tous ensemble dans leur réunion : « Et de convivio notum est : passim omnes loqiiuntur... »
M. Funk demande ce que vient faire celte aqua manualis dans une réunion eucharistique, et ces liiniina. On comprend, dit-il, que, le repas fini, les convives se lavent les mains, et que, la nuit étant venue, on allume des flambeaux : mais l'eucharistie ne se célébrait pas le soir. — Sans doute, mais elle se célébrait alors antelucanis coetibus, avant le jour : il convenait donc qu'on eût des Uiminn. Quant à cette aqua manualis, on y reconnaît aisément l'ablution des mains qui, en règle générale, précédait toute prière ^ La seule difficulté pourrait surgir du fait que cette ablution et ces lumina sont introduits par Tertullien après la communion : mais cette difficulté existe tout autant pour M. Funk. Car, dans l'hypothèse d'un festin, tout est-il donc si exactement réglé que l'on achève de manger juste au moment où il faut allumer les lampes? Ne serait-ce pas, plutôt, que ces deux détails ont une valeur morale? Pour accentuer l'innocence de ces réunions, Tertullien marque que tout s'y passe en pleine lumière et que les mains sont pures comme il convient à quiconque prie. Tertullien a intérêt à relever cette innocence pour mieux répondre à la fable odieuse de ces prétendues réunions nocturnes, où à un mo-