Tertull. De oratione, H. Canon Hippolyt., XXV el XXVII
ment donné, le candélabre était renversé, et où, dans l'obscurité se perpétraient les dernières impudicités. Post aquam manualem, post lumina, on chante, provocatiir quisque in médium Deo canere : c'est toute la réponse de l'apologiste.
Le festin est fini et les fidèles se séparent, paisibles, comme des gens qui ont soupe de discipline plutôt que de mets. Cette frugalité toute spirituelle s'entendrait malaisément d'agapes, si modestes fussent-elles.
Tertullien acliève : « Haec coitio christianorum ». Voilà l'assemblée des chrétiens. Quoi donc? dironsnous, n'en ont-ils pas une autre, la réunion eucharistique? Car si Tertullien a décrit là les agapes, il y aune autre coitio christianorum. Mais non, il n'y en a pas deux, et cette prétendue réunion d'agapes ne diffère pas de la réunion liturgique que Tertullien décrivait d'abord : « Coimus in coctum ut ad Deum precationibus ambiamus orantes... Coimus ad litterarum divinarum commemorationem... » C'est à cette unique façon de se réunir que pense Tertullien quand il conclut toute cette discussion en disant : « Haec coitio christianorum », et que, cherchant un mot pour caractériser l'auguste gravité de ces assemblées, il les qualifie de « caria ». L'idée de festin est écartée.
Il nous reste à expliquer ce que Tertullien désigne plus proprement par le mot agape. Tertullien, s'adressant aux martyrs, fait une sorte de panégyrique de la prison : dans cette amplification oratoire, prend place cette considération que, à comparer la vie dans le siècle et la vie en prison, l'esprit acquiert en prison plus que la chair ne perd. Encore faut-il dire,
ajoute TertuUien, que « la chair ne perd pas ce qui lui est dû, grâce au soin de l'Eg-lise. agape des frères : immo et quae iiista sunt caro non amiltit per curam Ecclesiae agapen fratriim ' ». Si l'agape est à cette époque un repas quasi liturgique fait en commun par les fidèles, comment expliquer que les prisonniers y prennent part? Supposé que les fidèles célèbrent l'agape et envoient ensuite aux prisonniers la part qui leur revient, comment ce repas liturgique peut-il suffire à empêcher les prisonniers de manquer de rien? Pourquoi n'envoyer aux prisonniers que leur part de ce repas -? Quelle énigme mystique estce là? Au contraire, tout s'éclaire si Ion se rappelle que, dans les assemblées chrétiennes et plus particulièrement dans les synaxes eucharistiques, une collecte était faite [modicam unusquisque stipein)^ et que le fruit de cette collecte servait à secourir les pauvres, les orphelins, les naufragés et les martyrs en prison, « et si qui in metallis, et si qui in insulis vel in custodiis,dumtaxatex causa Deisectae ». Où l'on voit que agape fralrum désigne une vertu sociale, la charité réciproque, puis indirectement la collecte qu'elle produit et l'usage qu'on en fait ^. Ce sens est nou-
\. Ad martyr. 3. Cf. Cypkian. Testim. III, 3.
2. Ad martyr. 1 : t ... carnis alimenta, bencdicti martyres desipiiati, quae vobis et domina mater Ecclesia de uljcribus suis, et sin- «uli fratres de opibus suis propriis in carcerern subiniiiistrant ».
3. Quant à la confumaiion de la thcse qu'on croit devoir tirer du De ieiiuiio (cii. 7], nous continuons à croire su bien fondé du sens par nous attribue à ce passage. TertuUien, nous dit .M. Flnk, a en \ue la première épitre aux Corinthiens : nous dirions qu'il a en vue un texte très particulier de cette (ïpitre, le texte • A'uhc aulcm manenlfide3,s))es, charilas, trialiaec, maior autem horum eslcharitas • (xni, 13). TertuUien alori monlaniste enra.^'c, invectivant contre les Catholiques, leur dit : « Apud le agape in carabis fercel, ftdes in culinis calet, spes in ferculis iacet, i,ed maioris [n'est-ce point maiur ,'iij qu'il faut lire?] est agape, quiaper hanc adulescenles tui cui:i
veau et il est différent de celui que nous avons noté plus haut chez Tertullien même. Parlons plus précisément : l'assemblée par excellence est la caenula eucharistique, cette caenula est appelée i-(é.r.r\ et la collecte qu'on y fait est, elle aussi, appelée àyaTrr,.
M. Kealing est obligé de reconnaître que Clément d'Alexandrie s'exprime au sujet de l'eucharistie comme si elle se célébrait sans aucune agape. Le silence de Clément d'Alexandrie sur celle prétendue forme primitive de l'eucharistie l'étonné, mais ne le décourage pas.
Pourtant, en les reprenant un à un, on n'est pas peu surpris de voir que, toutes les fois qu'ils ont trait au sujet, les textes produits par I\I. Keating démolissent sa thèse. Ainsi Clément d'Alexandrie reproche aux Carpocratiens leur morale impudique et accuse leurs conventicules d'être des réunions de débauche : « Ils se réunissent pour des banquets, car je ne pourrais appeler leurs réunions du nom d'àYâTO) ^ . » Dans ce passage Clément oppose Ssïttvov
sororibus dormiunt : appendix scilicel gulae lascivia. » M. Funk, en argumentant sur ce texte, a perdu de vue le thème du traité De ieiunio, lequel complète le traité De monogamia : Tertullien reproche aux Catholiques de hair le jeûne par le fait du même relâchement par lequel ils permettent les seconds mariages, une luxure. Et nous voulons bien qu'il joue sur le mot à.\6.T.T,, pour amener Tinvective « maior his est agape, quia pcr hanc « etc. Toutefois, pour autant, le premier sens qu'il donne au mot n'est pas le sens dérapas, mais de cliarité, puisque, ici, le mot charité est associé aux mots de foi et d'es|)érance, les trois vertus tlieologales • tria haec •• Que veut donc dire Tertullien? Simplement ceci : les Catiioliques ne veulent pas jeûner : leur charité est fervente au milieu des marmites, leur foi dans les cuisines, leur espérance dans les plats : ils croient pratiquer les vertus fondamentales sans la raorlliicatioii! Pas plus que foi ne signifie ici autre chose que loi, agapc ne siguilio autre chose que charité.
i. atromat. 111, 2.
à i'fiizTi : par i'fi-Kr^ il désigne la ferveur des réunions eucharistiques. Comment pourrions-nous faire à^dTzr, synonyme de SeîTcvov? — Ailleurs Clément décrit la sobriété qui doit régler la table du chrétien : cela aussi, dit-il, regarde le Pédagogue, et « la sobriété est une bonne nourrice, qui porte àla charité » {i'(iirri] K Puis Clément flétrit les intempérances et ies prodigalités de la table, et il conclut que l'Esprit- Saint condamne de tels excès par la voix d'Isaïe et enlève à des chrétiens si déréglés « le nom de la charité ^ ». Où voit-on, en cela, quïl s'agisse d'agapes? — Mais voici qui est plus clair encore : Clément exprime tout son mépris de la nourriture matérielle, la nourriture faite pour le ventre, « celle qui entretient cette vie charnelle et corruptible que certains osent appeler àyaK/,, par un abus étrange de langage, désignant ainsi des repas sentant la graisse et le ragoût : lœuvre belle et salutaire du Logos, ràyaTîT) sainte, est déshonorée par ce voisinage de marmites et de sauce ^ ». Car, poursuit-il, ces réunions joyeuses, nous les appellerons des repas, des dîners, des festins, des banquets, ainsi qu'il convient...; mais le Seigneur n'appelle pas de semblables mangeries des i-(ir.on ». En effet, le Seigneur a dit : « Quand tu foras un festin, convie les pauvres, » etc '*. — Nous pouvons affirmer, après cela, que pour Clément le mot «YÔTni garde son sens premier de di-
i. Paedagog. II, 1 (P. G. VIII, 3H8 C . «. Id. (389 »).