‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 44 sur 118 · Ei'SF.n. //.£.v · texte numérisé non relu

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i. Il faut prendre scrupuleusement garde de vouloir systématiser en une doctrine homogène les expressions successives d'une doctrine qui n'est pas fixée. Il semble itidubilable que les martyrs de Lyon remettent le péché même par la vertu de la prière qu'ils adressent à Dieu : ...rfr/vno zaOiTiîp STÉsavo; 6 -réXeio; [lâp-cy;- K-jpiE, |iT) (Tcr.ffr,; aO-roï; xr,-/ àu.apTÎav Txvrr.v (y, 2, 5)... 7to).),à Ttepi aJTWv èy.yiovTE; Sâ/p-ja i:pô; tôv T.%-iç'x, Çwr.v TiTr.aavTO, xaî Êôioxiv a'jToT; 'r,-i xat «Tyvetx.EpiaavTO toT; ir/r.ffiov (7). Nous verrons plus loin la critique faite par saint Cyprien de ce pouvoir d'intercession.

3. On a cru longlempsquel'évrque visé par Tertullien était— soitun évoque de Carlliaf;c(Orsi, Morcelli,Gieseler;,— soit plus généralement le pape Zéptiyrin.On dcduisaitcettn dernière identilication de la chronologie communément reçue des œuvres de Tertullien. Les Philosophoumcna, dont la découverte est de 1850, ont permis à De Rossi d'attribuer sûrement à Calliste l'acte attaqué par Tertullien. Bu/;c«i/io, iNJMi, p. 2(i. lioma Solterrraica, t. II (180"), p. 20-2. L'opinion de De Uossi est aujourd'hui unanimement reçue (llarnack.Kunk, Niildechen, l'rcuschen, Roliïs, etc.).

quel se trouve constituer ainsi un des moments capitaux de l'évolution de la doctrine pénitentielle.

J'apprends, dit Tertullien, qu'un èdit vient d'être publié par Tévêque de Rome. L'ironie éclate dès ces premiers mots, car il n'y avait que les magistrats ou l'empereur à publier des èdits. C'est, poursuit Tertullien, un édit aussi souverain qu'un édit d'empereur, il ne comporte ni interprétation, ni appel : « edictum..., et quidem peremptorium ». Puis parodiant le protocole des édits impériaux, Tertullien imagine les titres les plus solennels, les plus inusités alors, pour en accabler l'évêque de Rome : v Pontifex Maximus, quod est episcopus episcopornm, edicit... » Et continuant la parodie, il ramasse tout l'édit en une formule : « Ego et moechiae et fornicationis delicta paenitentîa functis dimitto \ »

C'est une caricature qui veut pousser au grotesque la décision rendue par Calliste. Elle est de la même ironie outrancière que la question que pose immédiatement Tertullien : Où peut-on bien, demande-t-il, afficher un pareil édit, sinon sur les portes d-es maisons de débauche? Tertullien entend traiter Calliste avec ce mépris insultant, mais aussi avec une rigueur de juriste. Il prend un à un tous les considérants dont Calliste motive sa décision, il les rétorque avec une abondance enragée. Et comme il les presse dans leurs expressions mêmes, on a pu essayer de restituer le texte, ou des lambeaux du texte de Calliste.

L'objet principal de l'édit de Calliste paraît exactement exprimé dans cette proposition, telle que la donne Tertullien : « Adimi quidem peccatorihus, vel

\. E. ROLFFS, Das Indulgenz-Edict des rômischen Dischofs Kallist krilisch untersucht und reconstruierl (Leipzig d893), p. 19-22.

maxime carne pollutis communicatione?n, sed ad praesens, restituendam scilicet ex paenitentiae ambitii, secundum illam clementiam Dei quae mavult peccatorispaenitentiamquammortemy^ (xviii, 12). En d'autres termes, Calliste a en vue un des trois péchés réservés, le péché d'adultère ou de fornication. Tandis que pour ce péché la règle veut que le délinquant soit exclu de la communication — ou, comme dit Tertullien (xviii, 2,, de la. communicatio ecclesiastica \ c'est-à-dire de la réunion des fidèles et de la participation aux saints mystères, — et tandis que la règle veut que cette exclusion soit perpétuelle, Calliste prononce contre le délinquant l'exclusion de la commu» nicatio ecclesiastica, mais l'exclusion temporaire, « sed ad praesens ». Et il suit de là que le pécheur, lorsqu'il aura accompli sa pénitence, sera réintégré dans la communicatio ecclesiastica, tandis que la règle était qu'il n'y fût jamais réintégré, selon que l'exprime TertuUien : « Disciplina apostolorum... ubiqne de ecclesia eradicat omne sacrilcgium pudicitiae, sine restitutionis mentione » (xx, 1). Le pouvoir, en vertu duquel Calliste prononce la restitution du pécheur, est celui que les théologiens appelleront plus tard le pouvoir des clés.

Nous avons à reprendre chacun de ces points de doctrine.

\. ?ur le sens de ce mot, voyez De pudicit. iir, .">; xiii, 10, 12; xv, 5, 11; XMH, 2. Uapprochez le « De ecclesia expellitur » de vu, 2-2, et le « limitem liminis » de i, 21, et le « pro foribus • de ni, 5. Dans le De pacnit. vu, 10 : « Collocnvit in vestiOulo pacnilentiom serundam. • Dans l'Apologct. 39: t ...Si guis ita deliquerit,ut a commimicatione oralionis et convenlus et omnit sancti commerça relegetur. »

Premièrement, la pénitence de Tadultère sera temporaire.

Calliste fait valoir en faveur de cette indulgence que Dieu, très bon, met la miséricorde au-dessus du sacrifice ; qu'il veut moins la mort du pécheur que sa repentance; quil veut le salut de tous les hommes, et surtout des fidèles (ii, 1)*. Calliste s'appuie sur la parabole de la brebis égarée que le Seigneur cherche et qu'il rapporte sur ses épaules (vu, 1) ; sur la parabole de la drachme qui s'est perdue dans la maison, c'est-à-dire dans l'Église, et qui est retrouvée à la lumière de la lanterne, c'est-à-dire du Verbe de Dieu (vu, 10). Il insiste sur la parabole de l'enfant prodigue : le fils aîné est la figure du peuple juif; mais le fils prodigue est le chrétien, qui, ayant reçu de Dieu le Père la fortune du baptême, s'en est allé loin du Père, a vécu comme un païen, s'est mis au service du prince de ce siècle, a été mis par lui à la o-arde des pourceaux ; puis il est revenu vers son Père, et alors il a recouvré sa tunique d'autrefois, c'est-àdire le revêtement de l'Esprit saint, et son anneau, c'est-à-dire le sceau du baptême : « Récupérât vestem priorem, indumentiim Spiritus sancti, et annulum denuo signaculum lavacri » (ix, 9-il). Calliste fait état de ce que le Sauveur a permis à la pécheresse de

1. M. RocFFS joint à ces premières raisons celles que Calliste lire duiexlc Tu qxds es ut servum lurfjc^'s, — de la parabole de lazizanie, — delà figure de l'arclie de Noë, — mais ces raisons n'onl rien a voir avec la rentrée d'un pécheur que nous supposons absous. Nous verrons plus loin comment ces considérants ont trait à un autre point de discipline.

baigner ses pieds de larmes, et aussi de ce que le Sauveur a conversé avec la Samaritaine fxi). Notons que Calliste ne fait aucun usage du fait de la femme adultère, qui aurait été bien plus probant pour sa thèse. Il fait état de l'incestueux de Corinthe. Cet impudique a été par saint Paul livré à Satan « in interitum carnis ». Cela signifie d'après Calliste, la pénitence, o officium paenitentiae », car les jeûnes, la malpropreté, les mauvais traitements subis par la chair dans la pénitence, sont une satisfaction ollerte à Dieu. Et ainsi l'impudique a été livré à Satan, non pour périr, mais pour s'amender et pour être pardonné '^xiii). Enfin Calliste fait appel au témoignage de l'Apocalypse, où la femme Jézabel reçoit de l'Esprit de Dieu cet avertissement quun temps lui est donné pour se repentir de ses fornications; ses amants et elle seront écrasés dans leur couche même, s'ils ne font pénitence de leurs œuvres fxix\

Pour ces motifs Calliste conclut (i, 6) : Ego et moechiae et fornicationis delîcta paenitentin functis diinitto.

Il est piquant d'observer que les arguments que fait valoir Calliste sont pour la plupart ceux que faisait valoir Tertullien lui-môme dans \eDepaenitentia. Les paraboles de la brebis perdue, de la drachme égarée, de l'enfant prodigue, Tertullien les avait commentées dans ce sens. De même les reproches adressés aux Eglises de l'Apocalypse. Calliste n'a guère en propre que l'argument qu'il tire du fait de l'incestueux de Corinthe, argument d'ailleurs de nulle valeur, comme le lui reproche judicieusement Tertullien, puisque le chrétien que Paul pardonne dans la seconde épître aux Corinthiens n'est pas

l'incestueux qu'il a condamné dans la première.

Tertullien avait déduit de ces arguments la faculté pour le pécheur d'être pardonné par Dieu, tandis que Calliste en déduit le pouvoir pour l'Eglise de remettre l'adultère dès ce monde. Tertullien s'indigne de la conclusion de Calliste : si l'on remet l'adultère, pourquoi pas lidolâtrie et Ihomicide? Et en effet, il n'y a pas de raison de foi divine de remettre l'un et de retenir les autres ^ Mais ici la logique est pour Calliste. Car, une fois posé le principe de la miséricorde en Dieu, une fois concédé au baptisé failli l'espoir du pardon divin, les restrictions mises par les rigoristes à l'exercice de cette miséricorde et à ce droit au pardon sont arbitraires et uniquement dictées par l'appréhension des conséquences que peut entraîner le principe juste qu'ils ont admis.

A plusieurs des invectives de Tertullien dans le De pudîcitia, on peut conjecturer que Calliste faisait valoir des arguments d'ordre pratique, pour légitimer la mitigation par lui édictée de la discipline. Si la pénitence ne donne point le pardon, à quoi bon faire pénitence? Ainsi parlaient les pécheurs. Il ne faut, continuaient-ils, rien faire de vain: or vaine sera la pénitence, si elle ne donne point le pardon. Mais, au contraire, c'est un précepte qu'il faut faire pénitence : elle donnera donc le pardon (m, 1-2). — Tertullien , en répondant à cet argument, oublie que dans le De paenitentia, il a présenté l'exomologèse comme un moyen efficace d'obtenir le pardon de Dieu : l'assemblée des fidèles était saisie de compassion à la vue du pénitent en larmes ; le Christ

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