‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 61 sur 118 · Holl, p. 2i · texte numérisé non relu

Holl, p. 2i

vraisemblablement intimidée au moment d'avouer sa faute la plus grave, elle n'en dit pas davantage. Le prêtre, trompé par cette réticence, lui impose une pénitence médiocre, comme il convient de faire quand il s'agit de fautes sans doute médiocres. Elle jeûnera et priera le temps de montrer une œuvre de satisfaction proportionnée à ses fautes : iva çùv t^ ôao^OY^a xal IpYovTi Sîixvuîiv £/r, Tr]ç aexavoiaç açiov. Valois observe en note avec à propos quïl ne saurait s'agir ici de pénitence publique, car ces prières et ces jeûnes n'ont nécessairement en soi rien de public, et les expressions de Socrates ne donnent pas à penser que la pénitente ait été obligée de se mettre dans les rangs des pénitents qui sont exclus de l'Église. Les fautes médiocres par elles confessées n'avaient d'ailleurs, semble-t-il, aucun caractère de publicité. Mais Socrates dit qu'elle devra montrer quelque œuvre de repentance : si ce ne sont pas les fidèles qu'elle prend comme témoins de ses œuvres de repentance, ce ne pourra être que le prêtre pénitencier, le même qu'elle a pris à témoin de son aveu, uùv t^ bii.olo'(ioL xai epyov. 11 n'est point parlé dès lors dlioy.ol6yY^<ji<;, mais d'ôixoXoyîa, deux mots qui ne sont pas exactement synonymes, l'exomologèse comprenant les deux actes distincts désignés le premier par le terme ôaoXoyia, le second par le terme EpYov, l'aveu et la satisfaction, et impliquant en outre une publicité qui manque ici.

L'entretien de la pénitente et du pénitencier en était àce point, quand la pénitente, « allant plus loin » , avoua une faute bien autrement grave, c'est à savoir qu'elle s'était donnée à un diacre de l'église à laquelle appartenait le prêtre pénitencier. Valois s'est inscrit en faux contre l'interprétation de Christophorson, éditeur an-

térieur de Socrates (Cologne 1612), qui traduit en paraphrasant : Muliei' longius in confitendo progressa ; et lui-même veut qu'on traduise :,.. progressa temporis. Socrates dit simplement : 'H Sî y^vï) Trpoêai'vouaa xai aXXo TTTaïcua lautTÎ; xaTr,Yopei : la traduction de Christophorson est plus logique et plus exacte ^ . La pénitente n'est pas venue se confesser à deux reprises séparées, en deux audiences : il n'y a qu'une seule audience, où elle commence par révéler une partie de ses fautes, les fautes médiocres; puis, allant subitement jusqu'au bout, elle accuse la faute capitale qu'elle avait d'abord cachée. La scène est exprimée par Socrates en raccourci, mais les péripéties en sont bien marquées.

Socrates ne nous dit pas ce qu'il advint de la dame de qualité : rien ne dit que sa faute ait été publiée et sa réputation compromise. Mais on cherche alors où est le scandale qui va émouvoir toute l'Eglise de Constantinople. Valois, fort embarrassé, ne veut pas admettre que, infidèle au sceau de la confession, le prêtre pénitencier ait révélé à Nectaire le nom du diacre incontinent : il suppose bien gratuitement, en vérité, que le pénitencier aura réuni en sa présence le diacre et la dame, et aura fait avouer au diacre son péché; puis il aura dénoncé le diacre à Nectaire ; et le secret de la confession sera sauf, puisque c'est en dehors de la confession et sans doute avec l'autorisation de la dame que le pénitencier aura fait avouer au diacre son péché. C'est raisonner là avec des préoc-

1. wc, e'.ïi (7\JY)ia6£u5T^7aî aùxîj tïjî èxx),r,(jtaç oiàxovc; : notons que Socrates ne suppose pas que la pénitente se plaigne d'avoir subi aucune violence de la part du diacre : la pénitente n'accuse qu'elle même, utaïffjjia éa'jTrj; %a.xrci6çz\.

cupations que le bon pénitencier n'a probablement pas eues. Il y a eu un scandale. Ce scandale n'est pas l'incontinence du diacre, car le cas n'était pas inouï, puisqu'il était dès lors prévu par les canons. On peut ajouter, avec M. Holl, que, à supposer que le scandale vînt du diacre, l'indignation publique aurait dû retomber sur le clergé en général, mais non sur le prêtre pénitencier. M. Holl suppose que le prêtre pénitencier a été mis en cause et sa fonction supprimée, parce que sa fonction même a été cause occasionnelle du scandale : oui, et par là nous serrons le problème de plus près.

Mais pourquoi M. Holl recourt-il à l'explication de cet amplificateur qu'est Sozomène? Nous avons à interpréter Socrates par Socrates et à n'ajouter aucune donnée à celles qu'il fournit. Le scandale est exprimé dans ces quelques mots de Socrates : ToÏÏto Xe/Qàv Tov {xèv Stotxovov tîjç IxxXrjffi'aî IxTreffEtv Trapedxeuade. La femme qui s'accusait n'eut aucun dommage, mais ce qu'elle avait dit suffit à provoquer la déposition du diacre de cette église. Le scandale consista en ce qu'un diacre avait été déposé sur la dénonciation d'un témoin unique, qui par surcroît était sa complice. Or rien de tout cela ne se serait produit, si la femme coupable n'avait pas été obligée d'ouvrir sa conscience à un pénitencier : l'indignation rejaillit ainsi sur l'institution du prêtre pénitencier, c'est-à-dire sur l'instruction préalable à la réconciliation.

Notons enfin que Socrates tient le récit du prêtre Eudémon, qui avait été en cette occurrence le conseiller écouté de Nectaire. On était, en 440, à cinquante ans de l'événement, et, à Constantinople, l'office du pénitencier n'avait pas été rétabli. Car Socrates

avait dit jadis à Eudémon : « Dieu fera voir si l'Église doit ou non de ton conseil tirer quelque bien ! » Vers 440, toutes les appréhensions qu'on avait pu avoir au début de ce régime n'étaient que trop justifiées, au dire de Socrates même, puisqu'il constate que les pécheurs ont pris prétexte de ce régime pour ne plus se reprocher leurs péchés.

Nous n'avons plus à demander à Sozomène comment il a interprété le récit de Socrates, mais seulement à étudier les éléments qu'il y ajoute.

Socrates affirmait que les catholiques avaient supprimé l'organisation pénitentielle existante : c'est dire que l'état des choses était tel à Constantinople vers 440, car l'horizon de Socrates, quand il s'agit des choses dont il témoigne personnellement, comme c'est ici le cas, ne s'étend guère au delà de Constantinople même. L'horizon de Sozomène est plus étendu. « Presque partout, dit-il, les évêquessuivirentl'exemple de Nectaire. » Ce « presque partout » doit s'entendre de l'Orient grec, et, en effet, Sozomène dit plus loin que l'organisation pénitentielle « est soigneusement gardée dans les églises d'Occident, et surtout à Rome * ». Valois s'est mal rendu compte du caractère composite du récit de Sozomène, quand il a opposé telle phrase à telle autre, pour conclure de ces contradictions de détail que Sozomène disait le contraire de Socrates. En réalité, Sozomène affirme qu'en Occident et particulièrement à Romel'institutfon subsiste que Nectaire a supprimée à Constantinople.

1. SozoM. vn, iô : £7ti[j.e"'/,w; Sa xat èv Taï; xatà Sûaiv £xx).Y)(jtat; çy>,àTT£Tai, xal (xàXtaxa èv tî; 'Pw[xa;wv. Nous continuons d'entendre qu'il s'agit, non de l'office du pénitencier, mais de toute l'organisation pénitentielle que va décrire Sozomène.

Sozomène, qui a beaucoup voyagé et qui peut-être même a visité Rome, ajoute au récit de Socrates une description de la procédure pénitentielle en usage à Rome au milieu du v* siècle.

La partie secrète est constituée par l'aveu des péchés par le pécheur. L'impeccabilité, dit Sozomène, étant le fait d'une nature plus divine que l'humanité, Dieu veut que Ion pardonne à ceux qui pèchent, même à ceux qui ont maintes fois péché. Mais comme pour demander son pardon, il faut avouer son péché, depuis l'origine, il a paru, avec raison, pénible de divulguer ses fautes aux pontifes comme dans un théâtre, devant toute l'assemblée de l'Église. Voilà pourquoi les pontifes ont institué un prêtre, choisi parmi les plus excellents par leurs mœurs, leur discrétion et leur sagesse, afin que les pécheurs l'allassent trouver et lui fissent l'aveu de leurs fautes. Et lui, selonla faute de chacun, intime l'œuvre qu'il faut faire comme satisfaction ; puis il congédie le pénitent ^ , qui exigera de soi-même la satisfaction prescrite.

La partie publique de la pénitence s'ouvre alors s'il y a lieu. A Rome, dans les églises une place est réservée aux pénitents : ils s'y tiennent debout dans

i. Nous ne pouvons concéder à M. Holl, op. cit. p. 2ol, que le prêtre pénitencier absolve séance tenante le pénitent : le verbe à7to).ÛEiv employé par Sozomène dans cette circonstance n'a pas ce sens technique. Sozomène dira des pénitents : ^xaTto;, wffTiep Ti ôçXr,|xa 2ia).0(ia; Tr,v'ci[/.wp;av, Tr,; àjJ.açTi'a; àviîTai (col. 1461 A). Et nous ne pouvons davantage concéder à Ilnscmis, t. IV, p. 724, que le prêtre pénitencier renvoie le pénitent à Dieu pour être absous, et ne soil qu'un simple consultant : le pénitent sera absous solennellement par l'évéque. HiNSCHiis auraitmieux fait de vérifierce pointdans les textes, que d'écrire, en note : « Eine naiiere Erorlerung ist hier fruchtlos, da die katiiolischer Schriftsteller ihre Ansichlen niciit aufgabcn diirfen, und immer wieder von Neuem trolz aller Wiederlegungen vertheidigen mûsseu » !

Tattitude de la tristesse et du deuil. Là, lorsque s'achève la liturgie de la messe ' , les pénitents se prosternent à genoux. L'évêque vient vers eux, et comme eux se prosterne, le front dans la poussière, pendant que toute l'assemblée des fidèles verse des larmes. Puis Tévêque se lève seul et ordonne aux péninitents de se lever : il prononce alors sur eux l'oraison pour les pécheurs qui font pénitence ; après quoi il les congédie. Les pénitents accomplissent leurs jeûnes et les autres mortifications prescrites, chacun en son particulier. Puis quand le jour fixé est arrivé, la dette étant payée, la satisfaction due pour le péché étant accomplie, le pénitent rentre dans l'assemblée des fidèles. Voilà, conclut Sozomène, ce qu'observent les pontifes romains aujourd'hui encore. Et, à son tour, comme Socrates, il déplore que pareille sévérité, c'est à-dire cette probation rigoureuse par l'Eglise de la conscience et de la satisfaction du pénitent, ait disparu des Églises d'Orient.

Cette organisation romaine et occidentale de la pénitence, nous allons essayer d'en pénétrer plus à fond l'économie.

Et d'abord au iv^ et au v^ siècle, la distinction très ancienne subsistait qui, au m® siècle, distinguait les péchés en graviora et leviora. A tous ces péchés, — abstraction faite des relaps et des clercs, — l'Eglise accordait la réconciliation après

1. Sur la missa paenilenlium, voyez notre étude puLilice dans le Bulletin de litt. eccl. 190-2, p. 3 et s.

une pénitence variable. Certains comporteront une pénitence perpétuelle : telle est la pénitence que réclame des apostats et des moines fornicateurs le pape Sirice écrivant à l'évêque de Tarragone (10 février 385) *. Encore le pape Innocent, dans sa lettre à l'évêque de Toulouse, a-t-il soin de marquer que les chrétiens tombés après leur baptême dans la fornication et l'impudicité et qui in extremis sollicitent la pénitence et la réconciliation, ont droit à lune et à l'autre. Autrefois, ajoute le pape, la discipline était plus sévère : l'Eglise accordait bien la pénitence, c'està-dire qu'elle prenait acte de la conversion, mais elle refusait la communion. Notons bien la nuance indiquée par le pape : on ne veut pas, on ne peut pas décourager le pécheur qui se convertit, car on croit à la faculté qu'il a de conquérir la rémission de son péché ; mais on craint que trop de facilité à réadmettre à la communion, n'induise les fidèles à croire que la réconciliation est aisée après la chute, et le danger eût été grand en temps de persécution, « cum illis temporihus crebrae persecutiones essent ». Ne dirait-on pas une allusion aux difficultés soulevées à Rome au temps du pape Marcel et du pape Eusèbe? On craint d'amener le relâchement des consciences, mais on craint aussi de donner des gages aux Novatiens. Sitôt que la paix est rendue aux Eglises, la première de ces craintes se dissipe, et alors on décide de donner la communion à ces pénitents in extremis : « Sed postquam Dominas noster pacem ecclesiis suis reddidit, iam, depiilso terrore, communionem dariahcuntihus placuit, ne N ovatiani haeretici , negantis veniam,os-

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