‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 70 sur 118 · Id. II · texte numérisé non relu

Id. II

dont les désordres sont le sujet de tous les commérages : « Noverat te onmis Italia : universi te stare ante altare Christi ingemiscebant ». Il séduit un jour la femme d'un officier goth. Le mari se met à la poursuite du drôle, qui s'enfuit à Rome, se cache au milieu des voleurs Samnites; finalement, apprenant que le mari arrive à Rome, apeuré comme si Annibal descendait des Alpes, il prend le bateau et passe la mer. Sabinianus arrive à Bethléhem,où, sur les lettres de recommandation de son évéque, Jérôme le recueille dans le monastère de Bethléhem. C"est bien une privata secessio. Mais loin d'y faire pénitence de ses débordements passés, — Jérôme énumère en raccourci des viols, des adultères, des aventures de lupanars, — Sabinianus emploie les intervalles des pieux exercices du monastère à assiéger la fenêtre et le cœur d'une vierge consacrée à Dieu. Jérôme saisit un billet enflammé qu'il lui écrivait; suit une explication entre Jérôme et son retraitant :

laces itaque advolutus genibus meis... et, o te miserum, neglecto iudicio Dei, me tantum quasi vindieem times ! Ignovi, fateor. Quid enim aliudpossum tibi facere christianus? Hortatus sum ut ageres paenitentiam, et in cilicio et cinere volutareris, ut solitudinem peterss, ut viveres in monasterio, ut Dei misericordiam iugibus lacrimis implorares... Inimicus tibifactus sum veradicens'.

Aucune mention d'imposition des mains ni de recours au pouvoir de l'évêque.

Les clercs ne sont pas seuls à purger ainsi leurs fautes, car les moines, vivant par vocation dans une

\. HiEROs. Epistul. cxLvn.

privata secessio, vivant une vie qui est essentiellement une vie de pénitence, semblent être assimilés aux clercs. Nous avons lu très attentivement les curieuses homélies prononcées par saint Jérôme devant ses moines de Bethléhem, et qui sont comme des instructions pratiques sur la vie religieuse; nous y avons cherché les traces d'une discipline pénitentielle, sans en trouver d'autres que l'expression réitérée de cette satisfactio digna fructuosa que saint Léon attendait des clercs. « SI peccasti », dit Jérôme à son moine, « et in hac cita constitutus esto paenitens, quasi monachus paenitens, non quasi saecularis . . . Duos fac monachos corruisse, hoc est uterque peccavit. Alius... dixit : Non possum sustinere, non possum monachus perseverare. Alius vero qui peccaverat intellegit peccatum suum etnulli confitetur : plangit tamen quod fecit, die ac nocte Domini misericordiam deprecatur. Non dico quia bene fecerit quod peccaverit : ad comparationem tanien eius qui publice sceleratus est, iste sanctus est \ » Jérôme suppose une faute dont nous ne savons si elle est grave ou légère, mais une faute de nature à décourager un moine de persévérer dans la vie monastique ; de fait, le premier moine renonce à sa vocation et se marie; mais le second persévère dans la vie monastique avec une pleine conscience de sa faute. Aucun exercice pénitentiel public n'est exigé de lui. Plus encore, il n'est tenu de consulter personne sur la satisfaction qu'il doit à Dieu : « Intellegit peccatum suum et nulli confitetur . » Cependant il pleure sa faute, comme David pleurait la sienne,

1. HiF.ROs. Tract, sive homil. in psalm. éd. Mori.n, Maredsous I8U7), 1>. ■iOiiOj. Cf. p. 120, 10-2, 257, 2G0, 200, 33«.

et il est justifié. « Félix est, in cuiiis corde cotidie Christus resurgit, si cotidie pro peccatis suis eliam levibus agit paenitentiam '. » Même les fautes légères, donc aussi les fautes graves.

Ainsi, pour les clercs, pas de recours à la pénitence des laïques, exception faite pour les clercs qui, par le fait de leur déposition, sont ramenés à la condition laïque : telle est la règle romaine, attestée par le pape Sirice, par le pape saint Léon, et qui, à la fin du vi« siècle, est encore en vigueur -. ^Nlais, avec le temps, V& priva ta secessio est devenue une chose plus concrète, la retraite dans un monastère : c'est la règle romaine au temps de saint Grégoire ^. L"évêque de Riez, Contumeliosus, convaincu de « multa turpia et inhonesta » par un concile de Marseille (533), n'est pas déposé, mais envoyé dans un monastère, « in Casensi monasterio ad agendam paenitentiam,... quani rem studio paenitendi et ipse libenter amplexus est ». Il accomplit son temps de pénitence dans cette retraite, puis il revient à Riez pour reprendre sa charge épiscopale, le concile de Marseille nayant pas déclaré qu'il serait déposé. On était convaincu que la prii'ata secessio, volontairement acceptée, n'était pas la pénitence publique et n'entraînait pas la déposition! Saint Césaire dut intervenir et faire intervenir Rome pour empêcher le retour scandaleux de Contumeliosus à Riez '•. La retraite du clerc pénitent dans un monastère était donc

\. Id. p. 138.

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