‹ Études d'histoire et de théologie positive (volume 4)Chapitre 74 sur 118 · Epistul. CLiii · texte numérisé non relu

Epistul. CLiii

dans des péchés plus graves : « Post actain paenilentiam, post altaris reconciliationem , çel similia, vel gravioi'a committunt », écrit saint Augustin. Joignez-y ceux qui manquent aux obligations imposées par la réconciliation, lesquelles sont de renoncer au métier des armes, au négoce, à l'usage du mariage, ainsi que l'expriment les papes Sirice et Léon. Secondement, on refuse à ces relaps une place parmi les pécheurs soumis aux épreuves de la pénitence plénière : « lociis humillimae paenitentiae non conceditur », dit saint Augustin. Troisièmement, on leur permet de se mêler aux fidèles, mais on leur interdit de communier, et cela jusqu'à leur dernière heure. Quatrièmement, in extremis, on leur donne le viatique : l'Eglise les a vus persévérer dans la conversion et les tient pour réconciliés à Dieu par leurs œuvres satisfactoires ' .

Telles étaient les institutions pénitentielles consacrées par l'Église romaine, au iv^ et au v* siècle.

L'Église romaine, en organisant ainsi, avec tout l'Occident, la procédure pénitentielle, avait en vue le salut du pécheur, sa conversion efTicace, l'édification des fidèles et des catéchumènes, la pureté géné-

1. Ce dernier point reste pour nous fort obscur. M*"'Sciimit7., commu nous, a'imet qu'il existe une distinction CDlre ral)Solution et le viatique, et que i'on donne le viatique sans i'alisolution. Il cite à l'appui le 3' canon du concile d'Orango de 4tl : ■ Qui recedunt de corpore paenilenlia accepta, placuitsinereconciiiatoria nianus iriiposilionceis comrnuiiic.'tri, quod niorientis sutlicit coiiscjlalloiii sccutiiliini dc(initioiies patruin, qui Iniiusmodi cornmunionnn cfin^nionler \i;iliciiin noniiriarunr. . ItiisxOuc/ier, [. Il, \>.,''T- C'csl le cas de Sorapun rcnooiiué au ni" siècle.

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raie. Aux Novatiens qui réclamaient une Eglise sans tache, elle présentait une Eglise appliquée à maintenir un idéal très élevé, à porter les âmes à n'en pas déchoir, ou à réparer leurs déchéances. Avec la lumineuse conscience qu'elle avait de posséder le pouvoir des clés et la divine faculté de pardonner, elle posait des conditions sévères aux consciences qui demandaient à en bénéficier. Il y allait de la règle ecclésiastique et aussi bien de la valeur même de ce pardon.

Cependant, que de traits ont dans les pages précédentes déjà marqué combien les consciences se dérobaient sous le fardeau d'une pénitence désormais disproportionnée à leur faiblesse ! L'Eglise catholique ne peut avoir qu'une règle morale. La perfection peut n'être accessible qu'à une élite, mais il n'en est pas de même de la justice. De même que des catéchumènes, parmi les plus notables, avaient parfois retardé indéfiniment leur baptême , pour en ménager la grâce unique, de même la réconciliation étant unique, on voyait des pécheurs la différer indéfiniment. Puis, avec la publicité de ses exercices préparatoires, la réconciliation ne décourageait-elle pas maint pécheur de la solliciter? Saint Jérôme ne louerait pas si haut Fabiola d'avoir fait son devoir, si l'exemple par elle donné avait été banal. Ne nous étonnons pas du mouvement qui, à Constantinople, sur la fin du iv* siècle , aboutit brusquement à l'abolition par Xectaire de la pénitence plénière : car en Occident, un mouvement analogue se produit qui aboutit, non à l'abolition de cette pénitence plénière, mais à ce fait, saint Augustin et saint Ambroise en témoignent assez, que le nombre diminue excessive-

ment des pécheurs qui acceptent de s'y soumettre.

Or, à ce moment, par opposition au Pélagianisme, qui professait l'innocuité de la concupiscence, qui exaltait l'énergie de la volonté, qui croyait réalisable par cette énergie toute seule Vanamartésie et la fidèle et intégrale observation des commandements de Dieu, à ce moment le catholicisme accusait, en Occident surtout, sa conviction de la nécessité de la grâce pour le salut, partant de l'impuissance de notrevolonté à faire le bien, et de notre pitoyable faillibilité. Moins les pécheurs recouraient à la pénitence, plus l'Eglise sentait d'ailleurs le besoin que tous les chrétiens en avaient.

Saint Léon, dans ses sermons, est un excellent témoin de cette morale pressante. A sa façon, il recommence le Pasteur d'Hermas : le thème est le même, les variations sont autres, mais du moins elles expriment la conscience catholique adulte, dans un langage définitif.

Dans une fête comme l'Epiphanie, saint Léon ne croit pas inopportun de rappeler à son auditoire la nécessité de la pénitence, et que, si les persécutions sanglantes sont apaisées, si maintenant la Trinité est adorée dans le palais des princes, il y a une persécution cachée et toujours à craindre, la persécution de l'avarice, de la concupiscence, de la colère. « Notre paix a ses périls et la liberté de la religion est une vaine sécurité pour ceux qui ne savent point résister à la violence de leurs vices... Détournez-vous des suggestions de cet ennemi de mauvais conseil ; que la patience de Dieu vous serve, au lieu que sa longanimité en suspendant sa vengeance entretienne votre endurcissement! Péclicurs, ne vous assurez

pas de votre impunité, car si le temps de la pénitence vous échappe, le moment du pardon vous échappera aussi. Si vous sentez que la conversion vous est malaisée, recourez à la clémence dun Dieu tout prêt à vous aider, demandez-lui de rompre pour vous les liens de vos habitudes : la prière ne sera pas vaine de celui qui confessera [son tort], puisque Dieu tout miséricordieux fait la volonté de ceux qui le craignent ^ » Ces exhortations s'adressent aux mauvais chrétiens, aux chrétiens tombés dans le désordre et dans le relâchement : il est une autre catégorie, celle des chrétiens bons sans doute, mais fragiles, mais insouciants. A ceux-là aussi saint Léon s'adresse comme à des âmes qui ont besoin de recourir à la pénitence : le carême et lapproche de la fête de Pâques rendent ses exhortations plus fréquentes et plus pressantes : « Zelavi in peccatoribus pacem peccatorum videns, » dit saint Léon avec le psalmiste [Ps. Lxxii, 3]. Il sait, en effet, combien est petit le nombre des fidèles sans défaillance, combien grand le nombre de ceux que, soit bonne, soit mauvaise, la fortune corrompt, et qui, pour guérir les blessures dont leur humaine faiblesse est blessée, doivent avec diligence recourir aux remèdes. Qui donc se glorifiera d'avoir un cœur chaste et se vantera d'être pur de péché? Tous donc doivent comprendre qu'ils ont à se faire pardonner et qu'ils ont à se soumettre à une médecine réparatrice, et aucun temps n'est plus propice pour recourir aux divins remèdes que celui où l'année nous ramène aux mystères de notre rédemption. Cette invitation vise les fidèles, qui, si

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