ermo xxxvi
chaste et si sobre que soit leur vie, n'en ont pas moins certainement à purifier le miroir de leur cœur des fines poussières et des subtils brouillards qui l'ont pu ternir. « Or, si ce devoir s'impose aux âmes les plus soigneuses, combien plus s'impose-t-il à celles qui, pendant tout le cours de l'année, ont vécu avec trop d'assurance ou peut-être de négligence? Avec toute la charité que nous devons, nous les avertissons de ne se point flatter..., de ne point mépriser la patience d'un Dieu qui laisse leurs péchés impunis, et (le n'estimer pas que ce Dieu n'est point offensé parce qu'on n'a pas ressenti sa colère. La vie mortelle n'a pas de longs répits, et l'insouciance des imprudents fst tôt passée à la douleur des châtiments éternels, si, tant que la sentence de la justice est encore suspendue, on n'a pas recours à la médecine de la pénitence ' . »
L'orateur s'inquiète de ces chrétiens médiocres parmi les bons, de ces pécheurs qui ignorent leur conscience, de ces âmes que leur manque de scrupule rassure injustement sur leur avenir, de ces cœurs trop contents d'eux-mêmes et trop aveuglément assurés de leur justice. 11 a dans son auditoire les catéchumènes qui vont « dépouiller la vétusté d'Adam et revêtir la nouveauté du Christ » dans le baptême; il a les pécheurs qui, « conscients de leurs péchés mortels, se hâtent vers le pardon par le secours de la réconciliation » ; il a les fidèles qui, « en-
1. Sermo xliii, 2 et 3. «... Quod si etiam cautissimis animis nccessarium est, quaiito illis amplius est cxiiclendiim, qui tota fere anni spatia aut securius aut forlc ncf,'lcs<nliii.s Iransieruni?... Non sunt longae vitac mortalis imluciae, nec diulunia est licentia insipieiitium voluiitatum in îiclernaruin dulorein Irausiluia jiaenai um, si duiii iusliliae senlcnlia suspcmlitur paenitentiae niedicina non quaerltur. »
très depuis longtemps dans la carrière du combat évangélique, courent le stade spirituel et doivent remporter le prix ». Mais les pécheurs qui ne se reconnaissent pas? Les consciences grossières ou orgueilleuses? Il sait qu'au jour de Pâques tous ceux qui l'écoutent seront invités au festin nuptial et que « rÉpoux dans sa bénignité les conviera tous à la communion des viandes royales », mais tous en seront-ils dignes? « Oui, certains abusent de la patience de Dieu, qui n'ont point la conscience libre et à qui leur impunité donne confiance. Qu'ils s'efforcent instamment, courageusement, de détruire par les purifications les plus diligentes tout ce qui souille le secret de leurs consciences, tout ce qui obscurcit le regard de leurs âmes... La pureté qui se demande toujours s'obtient toujours ^ »
Ces pressantes exhortations ne sont pas les instances d'un évêque encourageant ses fidèles à faire des œuvres de pénitence, jeûnes ou aumônes, simplement : elles sont l'expression du rôle d'un pasteur qui, voyant dans son troupeau tant et tant d'imprudents en péril de perdre leur âme par une fausse confiance en leur justice, les conjure de scruter le secret de leur conscience et d'y purifier ce que Dieu y condamnerait à son jugement. Et à qui donc ne conviendrait point cette crainte? S'il est des fidèles qui n'ont pas à solliciter la pénitence, leur nombre est incertain, et ce nombre est petit, et personne ne pourrait sans présomption se flatter d'en être. On reconnaît ici aisément l'influence de la controverse contre les Pélagiens; l'homme est pécheur, le baptême ne supprime
i. Sermo l, 1.
pas en lui la source de tout péché, personne ne saurait vivre sans faillir dans l'observation des commandements, d'où il faut conclure la nécessité de la grâce, et aussi l'opportunité commune de la pénitence.
Cette pénitence consistera-t-elle pour chaque pécheur à s'abstenir de la communion de son propre mouvement, et à attendre de se sentir la conscience purifiée par une contrition et une satisfaction dont il sera, lui pécheur, seul juge? Nectaire en était venu là. Mais nous avons vu saint Ambroise s'élever contre cette disposition, et saint Léon ne la juge pas autrement : « Quid de paenitentiiun statu ecclesiasticii haheat régula non tacebo », écrit-il, donnant à entendre que la règle qu'il va exprimer est tout autre chose qu'un conseil. La miséricorde de Dieu, poursuit-il, secourt les faillites humaines, non seulement par la grâce du baptême, mais encore par le remède de la pénitence; elle veut que les âmes qui ont violé les dons de régénération du baptême puissent parvenir en se convertissant à la rémission de leurs crimes. Voici que l'accent est mis sur un acte très particulier de Vactio paenitentiae : car ce pardon de Dieu ne peut s'obtenir que par l'intervention et les supplications de l'évèque. Saint Léon se sert du même mot que saint Ambroise, supplicatio; mais là où saint Ambroise dit v. puhlica supplicatio », saint Léon dit « supplicationes sacerdotum ». Remarquez encore combien est catégorique l'affirmation de saint Léon : « Indulgcntia Dei nisi supplicationibus sacerdotum nequit obtineri. » Dieu, en effet, continue le pape, a laissé aux chefs de l'Eglise le pouvoir de donner à ceux qui viennent avouer leurs fautes
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Vactio paenitentiae, et le pouvoir de les admettre, par la réconciliation, à la participation aux sacrements.
Quid de paenitentium statu ecclesiastica habeat régula non tacebo. Multiplex misericordia Dei italapsibus subvenit humanis ut, non solum per baptismi gratiam, sed etiam per paenitentiae medicinam spes vitae reparetar aeternae, ut qui regenerationis dona violassent proprio se iudicio condemnantes ad remissionem criminum pervenirent, sic divinae bonitatis praesidiis ordinatis ut indulgentiaDei nisi supplicationibus sacerdotumnequeatobtineri. Mediator enim Dei et hominum homo Christus lesus banc praepositis Ecclesiae tradidit potestatem ut et confitentibus actionem paenitentiae darent, et eosdem salubri satisfactione purgatos ad communionem sacramentorum per ianuam reconciliationis admitterent... Unde oportet unumquemque christianum conscientiae suae habere iudicium, ne converti ad Deum de die in diem différât, nec satisfactionis sibi tempus in fine vitae suae constituât : quia periculose bac se conditione fragilitas et ignorantia humana concludit, ut ad paucarum horarum se resciret incertum, et, cum possit pleniore satisfactione indulgentiam promereri, illius temporis angustias eligat, quo vix inveniat spatium vel confessio paenitentis vel reconciliatio sacerdotis ^.
Quelqu'un, sans doute, pensera que Vactio paeni' tentiae dont parle saint Léon est la pénitence plénière, la pénitence de Fabiola, répéterons-nous : mais la générdité des expressions du pape n'autorise pas à reconnaître dans Vactio paenitentiae par lui décrite une pénitence aussi exceptionnelle et inaccessible, car c'est à tous les chrétiens que saint Léon s'adresse