‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 102 sur 142 · SM ÉTUDES D'HISTOIRE · texte numérisé non relu

SM ÉTUDES D'HISTOIRE

tre un homme portant bague d*or au doigt et robe blanche, en môme temps qu'un homme en haillons, ils offriront au riche une place d'honneur et au misérable Toscabeau de leurs pieds, comme si Dieu, « mes frères aimés, n'avait pas choisi les pauvres de ce monde pour en faire les riches de la foi et les héritiers du royaume qu'il a annoncé à ceux qui l'aiment » (il, 5)? L'auteur de ce petit traité, d'une grécité si pure, d'un moralisme imagé qui rappelle l'Ecclésiastique et la Sagesse, pratique les Septante comme il convient à un Juif helléniste. Toutefois ce n'est pas à Alexandrie, et moins encore à Jérusalem ou en Galilée, qu'il convient de chercher la a synagogue » de ses pauvres, mais bien plutôt dans quelqu'une de ces villes de la côte syrienne, vers Césarée, vers Tyr, où les Juifs étaient déjà dans la dispersion (i, 1), et ces pauvres, c'est dans la première génération des chrétiens pour qui le retour du Christ était imminent (v, 7), que l'on pourrait penser les rencontrer.

Un opuscule d'édification de cent versets à peine ne saurait nous donner grands détails sur l'organisation hiérarchique. L'épître de saint Jacques cependant n'est sans nous apprendre que les communautés forment chacune une Eglise. Chaque Eglise a ses presbytres. « Quelqu'un parmi vous est-il affligé? Qu'il prie. Quelqu'un est-il content? Qu'il psalmodie. Quelqu'un est-il malade? Qu'il appelle les presb}i,res de l'Église;... la prière de la foi sauvera le malade; s'il a commis des fautes, elles lui seront remises... Puissante est la prière du juste » (v, 12-16). Le presbytre est comparé à Elie, sa dignité est en même temps un charisme. C'est un charisme aussi que celui

de l'instruction : « Mes frères, que peu d'entre vous deviennent SiSàffxaXoi , sachant que plus grave est le jugement qu' [en cette fonction] on encourt » (m, 1)^

Les communautés de chrétiens de race juive auxquelles s'adressait l'épître de Jacques étaient des communautés très simplifiées, et le livre des Actes (xxi, 4-11) ne les décrit pas différemment. Paul arrivant à Tyr, « y trouve les disciples », et ceux-ci conjurent Paul a par l'Esprit » de ne monter point à Jérusalem : les fidèles avec leurs femmes et leurs enfants accompagnent l'apôtre « hors delà ville », et sur le rivage même, tous à genoux, « nous priâmes ». A Ptolémaïs, Paul salue « les frères ». De& disciples, des frères, rien d'autre. Ces groupes de Tyr et de Ptolémaïs ne rappellent en rien le solennel collège des presbytres d'Éphèse. Paul arrive à Césarée, il reçoit l'hospitalité dans la maison de Philippe : mais les Actes ne donnent à Philippe d'autre titre que celui « d'évangéliste » et de « diacre » . Avec Philippe sont ses quatre filles, toutes quatre « vierges prophétisantes ». Et comme Paul et ses compagnons étaient encore dans la maison de Philippe^ arrive de Judée un « prophète », qui s'adresse à l'apôtre : « Voici ce que dit le Saint-Esprit... » Dans ces communautés de la côte syrienne, les prophètes tiennent une place qu'à pareille époque les Eglises de chrétiens helléniques ne connaissent plus.

Un état social très voisin de celui que décrivent soit les Actes, soit l'épître de Jacques, nous a été révélé parla Didachè. La Didachè ignore les épîtres paulines; elle parle d'un « évangile du Sei* gneur », sans qu'on puisse déduire de ses évangélismes que son évangile est aucun de nos trois

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synoptiques. Par ailleurs, des textes de la première moitié du second siècle, comme l'cpître dite de Bar- Dabé et le Pasteur d'IIermas, dépendent de la Didaehè. Il faut conclure, avec Zahn, avec Funk, avec SchalT, que la Didachè date des ving't dernières années du premier siècle. A nos yeux, elle pourrait ôtre plus ancienne encore : il n'y est fait allusion à aucun gDOslicisme, ni à aucune persécution; pour elle la ■venue du Seigneur est imminente *. Certains traits de mœurs rappellent le monde de l'épître de saint Jacques. Ainsi la Didachè connaît, elle aussi, les artisans qui passent de ville en ville : « Quiconque fient au nom du Seigneur, qu'on le reçoive; s'il ne lait que passer, assistez-le de votre mieux; s'il veut s'établir et qu'il soit artisan, qu'il travaille et qu'il mange; s'il n'a aucun métier, veillez à ce qu'il ne vive pas au milieu de vous chrétien oisif; s'il ne veut rien faire, c'est un homme qui trafique du Christ; défiez-vous^ ». La communauté est une œuvre de mutuel secours matériel, comme il convient à une œuvre de pauvres. Les membres en sont unis par une singulière solidarité d'amour et de confiance : ce sont des frères, unis, des quatre vents du ciel, pour se sanctifier et marcher ensemble à la rencontre du ïoyaume de promission '.

Chaque Église a pour l'administrer des épiscopes et des diacres, élus par elle, qui doivent être des fidèles éprouvés et désintéressés, et auxquels on doit tout respect. Mais pourquoi ce respect et cette soumission? C'est que ces épiscopes remplissent aussi

i. Didach. XVI, i.

J. Id. XII, 1-j.

X Id. l\, i4. X, 5.

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la fonction des prophètes et des SiSacrxaÀoi *. Et la Didachè s'étend sur ce ministère des prophètes. Le prophète est distinct do l'apôtre, mais comme Tapôtre il passe d'Eglise en Église, et il « parle ôu nom de l'Esprit ». Que « tout apôtre qui vient vers vous soit reçu comme le Seigneur ; il ne demeurera pas plu3 d'un jour, deux jours au plus : s'il demeure trois jours, c'est un faux prophète. L'apôtre qui passe ne recevra rien que son pain pour le temps de son gîte : s'il demande de l'argent, c'est un faux prophète. Quiconque parle au nom de l'Esprit n'est pas pour cela prophète : le vrai prophète est celui qui en ses mœurs ressemble au Seigneur... Le vrai prophète, s'il veut s'établir parmi vous, mérite qu'on le nourrisse; le vrai oiSàocaXoç aussi, comme l'artisan, a droit à sa nourriture^. »

Si tous ces traits ne sont pas aussi cohérents que notre esprit d'ordre voudrait qu'ils fussent, ils manifestent du moins un état où la hiérarchie naissante des épiscopes et des diacres, élus par la communauté locale, est encore subordonnée à un personnel itin-érant de prophètes, de SiSaaxaXoi, d'apôtres, que l'Esprit pousse où il veut. Et c'est la nouveauté de la Didachè de nous instruire de cet état tout primitif que les grandes épîtres paulines ne faisaient qu'indiquer.

1. Id. XV, 4-2 : x^'P°'^o^^'<^°''^^ éauToïç èTruxoTcou; xai 6iax<îvtmç à^îou; ToO xupiou, àv5paç -apaet; xat àcpiXapyupouç xal àXyjôeïç xas 8s5oxijia(T(xévou;, ûjiTv yàp XeiToupyoOai xal aùxot t':^v XetToupyîav Tùiv irpoçrjTwv xai ôiSacrxà/cûV- — ]x-^ ouv Ù7ieptÔir]Te aÙToû;, aOxol -vap eiGiv ol T£Ti[xr,aévoi 0|jlûv ixexà twv upoçTQTwv xat ôiôaaxàXcov.

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