Ps. cxux, 1 : èv èxxXr.sia ôtîwv. Cf. Eccli. xixv
parle de bâtir « Tekklesia » sur une pierre où les puissances de l'enfer ne l'atteindront pas ^ Et dans ce sens on peut concéder à M. Sohm que le mot « ekklesia » n'implique pas nécessairement une organisation.
Mais il n'est pas douteux qu'à un moment donné a ekklesia » a commencé d'être pris dans un sens très particulier, très nouveau, et a désigné tout groupe local de chrétiens. Saint Paul parle de l'église de Cenchrées, ou de l'église de Corinthe, ou de l'église de Thessalonique, exprimant par là la communauté de Cenchrées, de Corinthe, de Thessalonique ^. Ekklesia ne désigne donc plus, dès les environs de l'an 55, une assemblée quelconque, ni un peuple idéal, mais une collectivité localisée, permanente et constituée. C'est dans ce sens que la première épître à Timothée veut que 1' « ekklesia » ne supporte pas de charges matérielles excessives, fx-Jj papeiceca ^ l>f)c>.Yiaia^, ce qui donne exactement l'idée d'une société organisée à la façon d'un collège, d'un thiase. L'analogie entrevue par quelques historiens récents entre les Églises chrétiennes et les collèges païens a cela de réel que l'Eglise est, comme le collège, une société fermée.
L'Église, par le fait seul du nom qu'elle porte, nous apparaît donc comme une collectivité constituée, mais -ce nom implique plus encore, parce qu'il s'oppose à celui de synagogue. Ces deux mots étaient également clairs et usuels, pour désigner une réunion. Pourtant le christianisme hellénique répudia le mot synagogue, pour se tenir exclusivement au mot
i. Matlh. XVI, 18; / Cor. xv, 9; Eph. m, 21 ; Gai. vi, 16. «. Rom. XVI, 1 ; / Thess. i, 4 ; / Cor. i, 2. 3. 1 Tim. V, It». Cf. / Thess. ii, 9.
rrrlisa. Et la raison en est que, dès avant la difTusion du christianisme, le mot de syna^^ofrue a été adopté par les Juifs et par les prosélyUjs du judaïsme pour désigner leurs associations religieuses. Ce n'est pas une preuve sans valeur de la séparation très primitive des chrétiens d'avec les Juifs, que le mot -de syna^ gogne ait été éliminé de l'usage chrétien, ou qu'il n'y ait été reçu qu'en mauvaise part ^
La propagation du christianisme suppose un personnel missionnaire. Ce personnel est représenté dans nos textes par les apôtres et par les prophètes, deux vocables, non plus helléniques, mais juifs. Pierre est apôtre, Paul aussi, et de même Andronikos et Junias ^, preuve que le mot doit s'entendre dans un sens plus large que ne le donnerait d'abord à penser le souvenir des « Douze ». L'apôtre est l'apôtre de Jésus-Christ, le témoin de sa résurrection, et tel est le cas de Pierre et aussi de Paul. L'apôtre est encore l'apôtre d'une Eglise existante, l'envoyé d'une Eglise ^ ; mais cette seconde et toute judaïque acception qui ne fait de l'apôtre rien de plus qu'un courrier, — le ôeoSûdaoç de saint Ignace, — est très restreinte et s'oblitérera vite, pour ne laisser subsister que celle de témoin oculaire et d'envoyé direct de
1. Rom. XVI, 16 : al lîix).r,aiat toO Xp'.dToù. Apoc. ii. 9 et m, 9 : c-uvaYojvri '^^ -atavi. épipiianf, dira des Éhionites [Ilaer. xxx, 18) : (T'jvaycùYr.v oÛTOi v.où.ovai Tr;v éauTcôv èxx/r.diav xai o\jy\ ÈxyJ.r,7;av.
2. Rom. xn. T. Cf. / Cor. xv, 7-10; // Cor. viii, 53; Àpoc. H, 2; Didach. XI. 4-6. LicniFOOT, Galatians, p. 92sqq.
3. II Cor. vin, 23 : àîiocToXoi èxxXr.a'.rLv. Phili. ii. 25 : ûatûv s.r.irs-o'to:,. — J'ai développé ce qui concerne lapostolat dans un article de la Bévue biblique, ino6, p. 520-532, contre Hirkack, Mission und Ausbreitung, t. I, p. 267 et suiv.
Jésus-Christ * . Le prophète n'est, par (féfinition, ni l'envoyé d'une Église, ni un témoin du Seigneur : sa vocation et sa mission lui vient du Saint-Esprit, qui le possède, le mène, l'inspire. La prophétie est éminemment un charisme, une grâce d'exception : tel est l'Agabos du livre des Actes, telles sont les filles du diacre Philippe. Les prophètes de l'Eglise naissante, issus de la société toute primitive des « Galiléens » , reproduisent « les vertus du Seigneur, » comme dit la Didachè. Ils ont été les missionnaires de la première heure, et leur activité, que nous avons peine à imaginer, a été cependant assez grande pour que saint Paul puisse dire que les fidèles sont partout superaedificati super fundamentum apostolorum et prophetarum, le mystère jadis impénétrable aux enfants des hommes ayant été révélé, à qui? « aux apôtres saints et aux prophètes de l'Esprit^ ». Les pouvoirs des prophètes ne sont point confinés dans le ministère de la parole inspirée. Un mot de la Didachè leur attribue le pouvoir de célébrer l'eucharistie^. Ce rôle demeure pourtant obscur. Il n'en est pas ainsi des apôtres. Les apôtres rompent le pain, les apôtres prêchent ; mais de plus ils pratiquent vis-à-vis de tous le ministère de la formation spirituelle, la vouôeaia; ils commandent en maîtres auxquels nul ne résiste, sans excepter les prophètes; ils parlent de leurs ordres, comme de la volonté de Dieu même. Saint Paul , énumérant les autorités, met en première ligne les apôtres, en seconde les prophètes ^ : apôtres
\. I Cor. IX, l-<!i. : oOx eifil aTcôcjToXoç; ovyl 'IriffoOv êôpaxa: xtX. Cf. Gai. 1,1 et IPet. v, 1.