Epiphan. naer. LXIX, 11 (P. G. XLII
croy pas qu'on y trouve jamais de prestres titulaires de quelque église particulière. Mais dans Alexandrie, toutes les églises soumises à l'évesque catholique de la ville avoient chacune des prestres préposez pour les besoins ecclésiastiques et spirituels des fidèles qui en estoient proches, selon leurs rues et leurs quartiers; et ces prestres ne manquoient point d'instruire dans chaque assemblée le peuple qui leur estoit confié. Je ne voy pas que saint Epiphane dise clairement s'il n'y avoit qu'un prestre pour une église, ou plusieurs. Il paroist néanmoins dire plutost qu'il n'y en avoit qu'un. Entre ces églises il nomme celles qu'on appelloit de Denys, de Theonas, de Pierius, de la Persée, de Dizye, de Mendidie, d'Annien et de Bancale : et il y en avoit encore plusieurs autres, comme celle de Quirin, outre la Césarée bastie sous Constance, qui estoit la principale^ ». Tillemont a bien compris le texte de saint Epiphane : chaque église d'Alexandrie avait un prêtre à sa tête : Arius était prêtre d'une de ces églises, Colluthus l'était d'une autre, Carpones d'une autre, Sarmàtas d'une autre, autant d'ariens : rcyovaffi ttoXXoI aÙTou ffufxTCpEaêuTspoi xa6' IxacTYiv ExxXriTiav. Saint Epiphane nomme plusieurs de ces églises : IxxXrjGia Aïovujioo, ■^ ©ewva, ^ TIisoiou, ^ lispaTrtwvoç, *^ Tri; nspdaiaç, "?| Tou AiÇuac, r) Msvoioiou, y\ 'Awiavoij, -^ t9î; BauxaXîtoç. Epiphane ajoute : xal aXXai^. En voilà déjà neuf, pour le moment où éclate l'arianisme, neuf dont quatre sont aux mains de prêtres ariens. N'était-il pas opportun, l'arianisme une fois condamné à Nicée,
i. Mémoires, t. VI, p. 237.
2. Ilaer. LMX, 2 (P. G. LXII, col. 202). Cf. LXYIH, 4 (col. 189).
278 ÉTUDES D'HISTOIBB
(l'enlever an prcsbyterium alexandrin le privilège que lui conférait l'ancien régime, et de faire rentrer dans le droit commun dos pr^'-trcs qui venaient de troubler si profondément Yli^^ViHc'f
L'importance exceptionnelle du presbyterium d'Alexandrie jusqu'au temps de Nicée, est un indice qui confirme bien le dire d'Eutychius. quant à la date du changement de régime électoral d'Alexandrie. Quant au fond, savoir si vraiment l'évi^que d'Alexandrie était élu par It; presbyterium sans l'intervention d'évêques pour le consacrer, deux faits peuvent être produits.
Le premier a été signalé par Dom Butler dans les Apophtegmata Patraniy en un passage qui, dit-il, peut difficilement être postérieur au iv* siècle. Des hérétiques viennent trouver l'abbé Poemen et entreprennent de calomnier l'évêque d'Alexandrie, l'accusant d'avoir été consacré par des prêtres. L'abbé Poemen ne répond pas, et se contente de donner l'ordre de faire servir à manger à ces hérétiques, et de les congédier ensuite en paix ^ Leur grief a si peu de fondement que l'abbé Poemen ne daigne même pas y répondre. Mais ce grief même ne donne-t-il pas à entendre que, à pareille époque, en Egypte, on tenait pour illégitime, mais non pour inouïe, l'intervention des prêtres dans la consécration de l'évêque d'Alexandrie? N'y a-t-il pas là une allusion à l'ancien régime alexandrin? J'avoue que je n'oserais l'affirmer.
Le deuxième fait, qui n'a été, croyons-nous, si-
4. Apophtegm. 78 (P. G. LIT, 341). G. Butler, The Laïuiac Hùtory (Cambridge 1898), p. 213.
gnalé jusqu'ici par personne, est fourni par saint Epiphane, à propos de l'élection du successeur d'Alexandre. La coutume à Alexandrie, écrit-il, est que, sitôt la mort de l'évêque, on lui donne un successeur, pour couper court aux factions populaires qui pourraient troubler la paix'. Et donc, tandis que dans les autres cités on attend un moment favorable à la réunion des évêques de la province, à Alexandrie on n'attend pas, on procède aussitôt {5{xa) à l'élection de l'évêque. — Epiphane tient cette règle pour si constante à Alexandrie, qu'il ne comprend pas comment entre la mort d'Alexandre (17 avril 328, trois jours après Pâques) et l'élection d'Athanase (8 juin), il puisse exister une vacance de près de trois mois. Il rapporte donc, lui seul, que, aussitôt Alexandre mort, on élit son successeur Acfeillas, qui meurt trois mois environ plus tard, et aussitôt Athanase est élu ; et il explique que si Athanase n'a pas été élu à la mort d'Alexandre, c'est qu'Athanase était à ce montent précis en mission à la cour impériale, et qu'Alexandrie ne pouvait pas attendre ! C'est là une histoire controuvée, car Achillas est en réalité le prédécesseur d'Alexandre. Mais la confusion d'Épiphane, inexpliquée jusqu'ici, s'explique au mieux par la persuasion où il est qu'à Alexandrie l'élection de l'évêque se fait sitôt que le siège est vacant. — Or, dirons-nous, cette règle, une exception à l'usage général, est propre à Alexandrie, et elle n'est applicable que si le collège électoral est présent à Alexandrie. Nouvel indice que le presbyterium alexandrin est ce collège électoral.
1. Haer. LXIX, H (col. 220) : "EÔoç èv 'A),e^avGpeia fJL9| xpovtÇeiv jxexà xeXeuTTQv èniirxoTïou toùç xaÔta"rap.évou;, àÀÀ' à|j.aYiveaQat.
280 ÉTUDES D'IIISTOIUE BT DE TIIKOLOGIK l'OSlTlVE.
L'excoptionnollc importance du presbytcrîam alexandrin jusqu'au temps de l'évoque Alexandre, qui est le fait le plus simple et le mieux établi par celte enquête, s'accorde bien avec le souvenir qui s'est gardé du caractère quasi épiscopal d^ prêtres qui composaient ce prcsbyterium. C'était là un vestige d(; la plus hautr; antiquité. Nous devons ici à saint Jérôme une information dont nous pensons avoir montré la valeur.
L^AGAPE
L'AGAPE
Nous souhaiterions que quelqu'un, à l'imitation de ce que M. Huyskens a fait pour l'arcane, entreprît l'histoire de la question de Fagape dans la littérature théologique depuis le xvi® siècle, cette question que le derjiier qui l'a traitée appelle « le plus obscur des problèmes^ ». On y verrait peut-être que cette question, simple et moderne question d'école, n'est un obscur problème que pour cette raison que l'on veut tirer des textes plus que leur contenu.
A peine au début de son enquête, M. Keating est forcé de déclarer qu'une première et « sérieuse difïiculté » est créée par la rareté des références que le Nouveau Testament fournit concernant l'agape. Encore serait-il à désirer que les références que l'on signale fussent aussi concluantes qu'elles sont rares!
La multiplication des pains, par exemple, n'a rien de commun avec l'agape. On en dira tout au-
4. J.-F. Kf.atisg, The agape and the eucharist in the early Church (Londres H)01j, p. y.
284 ÉTUDES D'IIISTOIHB
tant du fait allép^^ué que le Sauveur a bu cl mangé avec ses disciples, ou qu'il a comparé le royaume do Dieu à un festin. Sans doute le Sauveur a rompu le pain avec ses disciples maintes fois où ce geste n'avait rien de l'eucharistie; et sans doute nous pouvons constater et conjecturer que les disciples ont pratiqué dans les premiers jours une vie commune qui comportait une table commune. Mais comment conclure de là que l'eucharistie et l'agape sont « comprises toutes deux dans le vieux terme de xXaaiç Tou apTou, fraction du pain », et que, « intimement connexes à la célébration de la cène », les agapes ont dans la cène « leur justification, leur fondement, leur objet » ? Ainsi raisonnent Th. Harnack et Lightfoot*, sans paraître soupçonner que ces affirmations ont la fragilité des constructions qui ne reposent pas sur les faits. Et ainsi raisonne M. Kcating, quand, relevant tous les passages des Actes des Apôtres où est mentionnée la xXataïc toù ofpTou (il, 46; XX, 7 et 11; xxvii, 35), et concédant qu'il s'agit dans ces passages de l'eucharistie, il conclut cependant qu'il est impossible d'y voir l'eucharistie seule et de n'y pas inclure ce qui « fut plus tard connu sous le nom dagape* ».
Cette exégèse, nous le craignons fort pour elle, est une exégèse qui suppose établi toujours d'ailleurs ce qui est actuellement en question, si bien que, candidement, elle se meut dans un perpétuel cercle vicieux. Prenons donc, à notre tour, les textes classiques sur lesquels elle pense se fonder, et