‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 117 sur 142 · Act. 4C · texte numérisé non relu

Act. 4C

3. Spmx, Die urchvistlichen Traditionen ûber Ursprung und Sirm (tes Abendmahls dans ses Zur Geschichte und Liti. des Urchr. (GfiltlQgen 18U3), p. iS^^O.

En effet, ce récit judaïsant, avec le» antithèses très judaisanles aussi de sa phrase, veut exprimor, d'abord, que les nouveaux convertis, en devenant chrétiens, sont demeurés fidèles à la loi juive. En efTot, chaque jour ils se rendent au Temple, et ils rompent le pain dans leurs demeures. L'écrivain oppose fortement îepôv à olxo;, la dévotion au Temple à la fraction du pain, la dévotion au Temple par quoi les nouveaux convertis sont encore juifs, la fraction du pain, semble-t-il, par quoi ils sont chrétiens. Il veut exprimer, en second lieu, que cet état d'âme est pour les nouveaux convertis accompagné d'une grande paix : il Texprime par une tournure biblique bien connue, -en disant qu'ils prennent leur nourriture en liesse. Ils sont en paix, en joie, sans inquiétude : ils glorifient Dieu, et leur foi nouvelle ne leur suscite aucune animosité de la part des juifs, ils trouvent grâce auprès du peuple de Dieu, auprès du peuple tout •entier.

Ainsi analysé, le texte s'éclaire vraim-^nt et l'intention de son auteur se manifeste : mais lagape s'évanouit.

Peut-être le fait de manger en liesse implique-t-il une intention encore, qui nous est suggérée par un fragment, judéo-chrétien au premier chef, de VEvangile selon les Hébreux.

Saint Jérôme a lu dans V Evangile selon les Hè" hreux que le Seigneur, ressuscitant, donna son linceul au ser\'iteur du grand prêtre, et, s'en étant allé, apparut à saint Jacques. Or Jacques avait juré de ne plus manger de pain depuis Iheure où il avait bu le calice du Seigneur jusqu'à ce qu'il vît le Seigneur ressusciter des morts. Le Christ ap*»

parut donc à Jacques et lui dit : Qu'on apporte une table et du pain. Puis il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à Jacques en disant : Mon frère, mange ton pain, car le fils de l'homme est ressuscité des morts ^.

On voit, à ce trait, l'importance que pouvait prendre aux yeux des disciples de la première heure le fait de manger joyeusement, et pourquoi le récit judaïsant des Actes l'a souligné ainsi. Mais ce même récit n'a pas, pour autant, confondu la fraction du pain avec ce repas, et sur ce point précis la source paulinienne [B) ne dit pas plus que la source judéo-chrétienne [A). Ce que l'on doit concéder, cependant, c'est que nous avons plus d'une fois quelque peine à ne pas confondre, ainsi au repas d'Emmaûs, le geste familier du convive qui rompt le pain avec ses compagnons de table et le geste auguste de la fraction eucharistique du pain. La différence de l'un à l'autre est le fait de la foi, non du signe. Or la foi judéo-chrétienne avait tendance, bien évidemment, à amoindrir la signification du signe. Tandis que la source paulinienne (B) parle de la fraction du pain comme d'un acte purement religieux et la place sur le même rang que la ôiSax,vi et la -rrpoffsu/TÎ, la source judéo-chrétienne [A), qui voit d'abord le culte du Temple, subordonne la fraction du pain, en la réduisant à une observance privée, en en faisant une sorte de rappel intime du Christ, un acte domestique, qui ne se distingue plus de la fraction familière

i. Hier. Vir. inl. 2. — Nestlé, N. T. gr. Supplem. (Leipzig 1896) p. 79.

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du pain à table (juc par racle de foi qui l'accompaj^iie.

La tradition des églises qui n^étaient point ju- ^aïsantes fut, au contraire, d'entourer la fraction liturgique du pain d'une solennité croissante, dont témoigne le récit du séjour de saint Paul à Troas. On y peut constater que les iidèles se réunissent pour la fraction du pain « le premier jour des sabbats », c'est à dire le dimanche; ils se réunissent dans une chambre haute, le soir à la clarté de • beaucoup de lampes », en dehors de tout repas. Paul, qui est présent, parle, jusqu'au milieu de la nuit. Puis il rompt le pain. Et quand le pain a été mangé, Paul parle encore jusqu'au lever du jour^ Ce récit est d'acord avec le petit schéma de Act. II, 42 : Paul donne aux fidèles de Troas la prédication (5i5a/r^) des apôtres ; les fidèles assemblés, font éminemment acte de xoivwv{a ; leur assemblée, étant religieuse, ne pouvait être qu'une forme de x^MXTEu/r'; ils célèbrent ainsi assemblés la fraction du pain. Peut-être, à cet égard, féloignement du Temple contribua-t-il à donner une valeur liturgique plus sensible à ces réunions chrétiennes imitées des réunions des synagogues de la Dispersion, et à en effacer toute trace de la familiarité primitive.

La scène de Troas nous a préparés à aborder une église paulinienne. Qui croirait que c'est précisément dans une pareille église que nous allons trouver l'eucharistie pratiquée tout autrement qu'à

i. Act. XX, T-11.

Troas? Cependant les dogmatistes de l'agape veulent trouver leur fondement le plus solide dans la première épître aux Corinthiens. Saint Paul y rappelle la coupe et le pain de l'eucharistie : « Puisqu'il y a un seul pain, nous, qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps, car nous participons tous à un même pain » (x, 17). On voit déjà là que l'unité des fidèles, la xoivojvta, n'a pas besoin pour s'exprimer d'un autre symbole que l'eucharistie : que signifierait un repas matériel au regard du corps même du Christ?

Saint Paul veut que la décence la plus rigoureuse règne dans les réunions chrétiennes : l'homme n'y doit pas avoir la tête couverte, mais la femme au contraire doit y porter un voile (xi, 4-16). Ces réunions ne doivent pas être des occasions de manger et de boire. Le Seigneur a institué le rite auguste de la coupe et du pain : « Toutes les fois que vous mangez ce pain, et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne ». Il ne faut point manger ce pain et boire cette coupe indignement, de peur d'être responsable du corps et du sang du Seigneur : il faut « discerner le corps du Seigneur ». Ces réunions chrétiennes ne sont point faites pour rassasier : « Si quelqu'un a faim, qu'il mange chez lui, afin que v^ous ne vous réunissiez pas pour votre condamnation » (xi, 34). Telle est la règle.

Mais telle n'est pas la pratique des Corinthiens : X Vous vous réunissez, mais ce n'est pas cela manger •a cène du Seigneur; car l'un a faim, l'autre est ivre : n'avez-vous donc pas vos maisons pour y mano^er et boire? Est-ce que vous méprisez l'Église de

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Dieu? Est-ce que vous roulez faire honte à ceux qui n'ont rien? Que vous dirai-je? Vous louerai-je? Non, ici je ne loue point » (21-22).

Saint Paul ne dit pas aux Corinthiens : Quand vous vous réunirez désormais, puisque l'usage est de joindre à l'eucharistie un repas en connmun, que ce repas soit vraiment commun et que chacun ait une part égale, ceux qui ont partageant avec ceux qui n'ont rien. L'apôtre ne dit rien de pareil. Il exprime, par contre, aussi nettement qu'on peut souhaiter que se réunir pour autre chose que pour la coupe et le pain eucliaristique, c'est mépriser l'Eglise de Dieu, c'est faire autre chose que le repas du Seigneur. Quiconque veut manger à sa faim et boire à sa soif n'a qu'à rester chez soi : « N'avezvous donc pas vos maisons pour y manger et boire? »

On ne peut désirer un texte plus formel pour définir que les réunions chrétiennes sont exclusivement eucliaristiques, et que l'indécence est absolue de joindre à la cène du Seigneur un repas.

M. Keating — et nous pouvons dire qu'il n'est ni le premier, ni le seul, — M. Keating échappe à cette conclusion en supposant que saint Paul a pris occasion du désordre qui s'est produit à Corinthe, pour séparer l'eucharistie de l'agape. « Je réglerai les autres choses, quand je serai arrivé », écrivait saint Paul (xi, 34). Notons que « les autres choses » ne sont pas nécessairement l'eucharistie. On le veut cependant, et on assure que saint Paul règle que désormais l'agape sera une réunion à part de la réunion eucharistique! Dans cette hypothèse, on le voit, l'agape existait donc et elle était conjointe à l'eucharistie : ce qui est supposer établi justement

ce qui est en question, l'existence de Tagape. Quant à l'union de l'agape et de l'eucharistie, on oublie de noter que saint Paul n'en condamne pas les abus, mais le principe même. Et si saint Paul avait pensé organiser l'agape sous une autre forme, aurait-il aussi fortement prescrit aux fidèles de Corinthe de manger et de boire chez eux, dans leurs maisons, et non dans les réunions de « l'Église de Dieu »?

M. Funk, qui est venu à la rescousse de M. Keatmg, dans un récent article de la Reçue d'histoire ecclésiastique, pour défendre contre nous la théorie traditionnelle de l'agape, maintient que saint Paul témoigne de l'existence d'un repas commun distinct de l'eucharistie. Pourquoi, dit-il, saint Paul exhortet-il les simples fidèles à « s'attendre les uns les autres » (33)? « Ces paroles ne se comprennent que si l'on admet l'existence d'un repas aux frais duquel contribuaient les particuliers, et qui devenait ainsi un repas de communauté, ce qui, à ce moment, n'était pas observé à Corinthe ^ » — J'ai le regret de ne pouvoir être, sur ce point, du même avis que M. Funk.

« Lorsque vous vous réunissez pour manger, attendez-vous les uns les autres : si quelqu'un a faim, qu'il mange chez lui, afin que vous ne vous réunissiez pas pour votre condamnation. » Qu'est cette réunion « pour manger », sinon la même dont, au | 20, saint Paul écrivait : « Lorsque vous vous réunissez, ce n'est plus manger le repas du Seigneur! Car chacun prend d'abord son propre repas ev tw <paY6îv,

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