‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 124 sur 142 · Cf. Justin. ApoXog. 1, 26 et 27; Apolog. II · texte numérisé non relu

Cf. Justin. ApoXog. 1, 26 et 27; Apolog. II

que la célébration de l'eucharistie s'accompagne d'une collecte : les fidèles qui ont quelque fortune donnent ce qu'ils veulent, et ce qui est ainsi recueilli est mis aux mains du président pour assister les orphelins, les veuves, les malades, les prisonniers, les voyageurs pauvres, d'un mot, tous les indigents^. L'identité est frappante entre l'assertion de Tertullien et celle de Justin. Mais le refrigerium de Tertullien est une distribution de secours, fruit d'une collecte ; cette distribution est faite aux pauvres seuls, cette distribution n'est pas un repas qui serait commun aux pauvres et aux riches.

Tertullien passe à une troisième considération. Si, dit-il, nos caenulae sont purement religieuses, on ne saurait les soupçonner d'aucun excès. « On ne prend pas place sans avoir d'abord prié : non prias discumbitur... » C'est donc un repas, m'objectera-t-on ! Pas encore, répondrai-je, car ces expressions sont symboliques, comme le mot caenula, comme le mot triclinium, comme le mot convivium'^ : symbolisme bien explicable à qui réfléchit que la communion se fait autour d'une mensa et non proprement d'un autel. Tout le développement de Tertullien est plein de ce symbolisme à double entente, qui est en même temps une ironie. Les fidèles mangent et boivent : ainsi Abercius déclare avoir bu un vin déli-

1. Justin. Apolog. I, 67. Cf. Cyprian. De lapsis, 6. De op. et eleemos.

2. Cf. Apologet. 7. : « Dicimur sceleratissimi de sacramento infanticidii et pabulo inde et post convivium incesto ». Le mot convivium est appliqué là à l'eucharistie. Ad uxor. II, 4 : « ... convivium dominicum illud quod inlamant ». Là encore il s'agit de l'eucharistie. Cf. Octavius,9: « adepulas sollemui die coeunt...ubi convivium caluit...» — Voyez l'eucharistie figurée comme un repas dans les peintures dei catacombes. Wilpert, Fraclio panis (Paris 1896).

cieux qu'on lui a donné avec du pain. Seulcnnent, Abercius, plus explicite, nous révhht qu'il parle, ce disant, du poisson, c'est-à-dire du Christ.

M. Funk, qui a bien voulu discuter ce texte après nous, estime que l'on ne saurait y reconnaître une description de la liturgie eucbaristique contemporaine de Tertullien. Pourquoi ne mentionner ni la lecture des saintes Ecritures, ni la prédication, ni les prières qui, dès lors, au témoig-nage de saint Justin, constituaient lavant-messe? Pourquoi? Mais précisément parce que Tertullien n'a qu'un point à défendre contre les accusations des païens, c'est la communion sous l'espèce du pain et sous lespèce du vin. Avant de communier, on prie : oratio praegustatur, c'est l'ensemble des prières de la consécration, V * inifocatio non conteniptibilis » dont parle une lettre de Firmilien^. Après avoir communié, on prie encore : oratio convwium diriniit. Tertullien dit des chrétiens qui communient : « editur.., hihitur...\ saturantur... » Qu'y a-t-il là qui répugne au symbolisme eucharistique ? N'est-ce pas dans un pareil symbolisme que, à pareille époque, l'eucharistie est représentée dans la fresque célèbre de la Cappella Greca au cimetière de Priscille? Et tout autant, pour ne pas rappeler Abercius, dans l'inscription d'Autun? a Du Sauveur des saints prends la nourriture douce comme le miel : mange, toi qui as faim, tu tiens l'ichthus dans tes mains. »

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