Inter Cyprun. EpistuL, LXXV
Tertullien ajoute que les fidèles causent entre eux : fahulantur. Nous interpréterons ce trait des acclamations par lesquelles l'assemblée s'unit à l'évêquô.
M. Funk demande ce que vient faire cette aqua manualis dans une réunion eucharistique, et ces lumina. On comprend, dit-il, que, le repas fini, les convives se lavent les mains, et que, la nuit étant venue, on allume des flambeaux : mais l'eucharistie ne se célébrait pas le soir. — Sans doute, mais elle se célébrait alors antelucanis coetibus, avant le jour : il convenait donc qu'on eût des lumina. Quant à cette aqua manualis, on y reconnaît aisément l'ablution des mains qui, en règle générale, précédait toute prière ^ . La seule difficulté pourrait surgir du fait que cette ablution et ces lumina sont introduits par Tertullien après la communion : mais cette difficulté existe tout autant pour M. Funk. Car, dans l'hypothèse d'un festin, tout est-il donc si exactement réglé que Ton achève de manger juste au moment où il faut allumer les lampes? Ne serait-ce pas, plutôt, que ces deux détails ont une valeur morale ? Pour accentuer l'innocence de ces réunions, Tertullien marque que tout s'y passe en pleine lumière et que les mains sont pures comme il convient à quiconque prie. Tertullien a intérêt à relever cette innocence pour mieux répondre à la fable odieuse de ces prétendues réunions nocturnes, où à un moment donné, le candélabre était renversé, et où, dans
A. Teutull. De oratione, 41. Nous reviendrons plus loin à la discussion de ces détails, le» seuls difficiles, comme à toute l'argumentation de M. Funk.
308 ETUDES DIIISTOIRE.
l'obscurité se perpétraient les dernières impudicilés'.
Post aquam maniLalcm, post lumina, on chante, provocatur quisque in médium Deo oanere. ÏAi festin est fini et les fidèles se sépnrent, paisibles, comme des^ensquiontsoupédedisciplincplulôtquede mets.
Tertullien achève : « Haec coitio christianorum ». Voilà rassemblée des chrétiens. Quoi donc? dironsnous, n'en ont-ils pas une autre, la réunion eucharistique? Car si Tertullien a décrit là les agapes, il y aune autre coitio christianorum. Mais non, il n'y en a pas deux, et cette prétendue réunion d'agapes ne diffère pas de la réunion liturgique que Tertullien décrivait d'abord : « Coimus in coetum ut ad Deum precationibus ambiamus orantes... Coimus ad litterarum divinarum commemorationem... » C'est à cette unique façon de se réunir que pense Tertullien quand il conclut toute cette discussion en disant : « Haec coitio christianorum », et que, cherchant un mot pour caractériser l'auguste gravité de ces assemblées, il les qualifie de « curia ». L'idée de festin est écartée.
Il nous reste à expliquer ce que Tertullien désigne plus proprement par le mot agape. Tertullien, s'adressant aux martyrs, fait une sorte de panégyrique de la prison : dans cette amplification oratoire, prend place cette considération que, à comparer la vie dans le siècle et la vie en prison, l'esprit acquiert en prison plus que la chair ne perd. Encore faut-il dire,
1. J0STI5. Apolog. ï, 27, retourne l'accusation contre les païens : € Voilà, dit-il, les horreurs que vous commettez ouvertement et dont vous vous honorez, et que vous nous accusez de perpétrer àvats- Tp8i{A|xévo\j xal où TcapovTo; çtoio;, lumière renversée et supprimée. » Les mss. ajoutent ôeiou à çtoTÔ; qui n'a aucun sens. Justin pariait au ch?^Mtre précédent C26) de /u^via; àvaTpo:r:q.
ajoute Tertullien, que « la chair ne perd pas ce qui lui est dû, grâce au soin de l'Église, agape des frères : immo et quae iusta sunt caro non amittit per curam Ecclesiae agapen fratrum ^ ». Si l'agape est à cette époque un repas quasi liturgique fait en commun par les fidèles, comment expliquer que les prisonniers y prennent part? Supposé que les fidèles célèbrent l'agape et envoient ensuite aux prisonniers la part qui leur revient, comment ce repas liturgique peut-il suffire à empêcher les prisonniers de manquer de rien? Pourquoi n'envoyer aux prisonniers que leur part de ce repas ^ ? Quelle énigme mystique estce là? Au contraire, tout s'éclaire si l'on se rappelle que, dans les assemblées chrétiennes et plus particulièrement dans les synaxes eucharistiques, une collecte était faite [modicam unusquisque stipem)^ et que le fruit de cette collecte servait à secourir les pauvres, les orphelins, les naufragés et les martyrs en prison, « et si qui in metallis^ et si qui in insulis çel in custodiis^dumlaxatex causa Deisectae ». Où l'on voit que agape fratrum désigne une vertu sociale, la charité réciproque, puis indirectement la collecte qu'elle produit et l'usage qu'on en fait ^. Ce sens est nou-