‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 13 sur 142 · Metamorph. XI · texte numérisé non relu

Metamorph. XI

imposé à Tinitié des cultes de Déméter, d'Isis, de Mithra : ce secret est absolu comme un serment et le plus religieux de tous les serments. Dans Apulée \ une femme qui demande le secret à son confident, entend que ce secret soit rigoureux comme celui des mystères . Elle dit à son confident : « Sacris pluri» bus initiatus, profecto nosti sanctam silentii fldem. » Ainsi l'entendent les mœurs dans la société romaine de la seconde moite du ii^ siècle. Cent ans plus tard et à Rome encore, Porphyre, le philosophe néoplatonicien, écrivant « sur la philosophie des oracles », témoigne que les secrets des dieux ne peuvent être trahis : il jure de les tenir cachés, il rappelle qu'on doit les cacher, et même, ce qu'il va dire, il veut qu'on ne le publie pas indifféremment^. A ces traits nous devrons reconnaître l'arcane chrétien, s'il en est un.

Mais rien d'analogue dans le christianisme. Et d'abord, du dehors, il apparaît bien comme une religion prohibée, poursuivie, clandestine, mais nullement comme un culte secret. Un contemporain d'Apulée, Minucius Félix, met en scène dans son Octas^ius un païen qui fait le procès des chrétiens : il les dénonce comme des gens ténébreux et muets, qui ne parlent que dans les ténèbres : « Lucifuga natio, inpublicum mutay inangulisgarrula «.Encore

2. Elseb. Praep. euang. V, 5. Cf. P. Foucart, Les mystères d'Eleusis (Paris l'J14), p. 358-370.

IC ÉTUDES DHISTOIRB

parlcnt-il3, tandis que les isiaques ou les mitliriaqucs no parlaient pas môme « in arifrulis ». Le païen a oui

I iu'unlcr (les horreurs du culte fermé et nocturne des clirélitins : « ...occuliis ac noctiirnis sacris appositn siispicio ». Ce qu'on en raconte est-il vrai ou faux?

II lignore, ou plutôt tout doit être vrai, étant donné l'ombre où s'enferme ce culte, « pravae reliranis obscuritas ». Pourquoi se cacherait-on? « Cur etenim occultare et abscondereP » Mais, pour nous, calomnies ou soupçons s'expliquent par la seule clandestinité du christianisme, dont les réunions sont, en droit, un délit : rien n'exprime qu'elles soient un mystère ^ .

On a pu dire de Celse, un contemporain de Minucius Félix et d'Apulée, qu il avait connu mieux qu'aucun autre écrivain païen le christianisme et les livres chrétiens : un païen avait donc la faculté de faire une telle enquête^? Celse sait que le christianisme est prêché dans les plus modestes boutiques : « Ceux qui tiennent à savoir la vérité, dit-il, n'ont qu'à venir avec les femmes et leurs nourrissons dans le gj-nécée, ou chez le cordonnier, ou chez le foulon; ils y apprendront tout, xô reXeiov >a€b><Ti. » Il n'en était sûrement pas de même à Eleusis! Et c'est ce qu'Origène oppose à Celse : « Non, dit Origène, nous ne cachons pas la sainteté de notre principe, ainsi que l'afTirme Celse : nous enseignons les premiers venus, et nous contions les Évangiles et

\. Octav. 8 10. Rappelons les discnssions publiques de Justin et du philosophe Crcscens sur la religiou clirélienne. Justin, Apolog. U, 3, TertuUien relève que les apôtres ont prêché aussi publiquement, Dt praescr. 2tj : «... m synagogis et in locis publicis non tacebanU »

2. C'est ce qu'afOnue saint Justin, Apolog. I, 17 et 44; Apoiog. II, 3.

les écrits apostoliques à qui peut les entendre ^ » Le nombre fut grand, dès le premier siècle, de ceux qui, après avoir embrassé le christianisme, l'abandonnèrent. Dans son enquête sur le christianisme en Bithynie [ca. 112), Pline, sur la liste des citoyens dénoncés comme chrétiens, en rencontre qui ne font aucune difficulté de tout dire au légat des usages de cette religion dont ils se sont retirés, les uns depuis trois ans, d'autres depuis plus de vingt ans. Pline consigne leurs aveux. Ils confessent que toute leur faute ou leur erreur n'a jamais consisté qu'en ceci : s'assembler à jour marqué avant l'aurore; chanter ensemble un carmen au Christ comme à un Dieu ; s'engager par serment à ne commettre ni adultère, ni brigandage, ni vol, ni manque de foi; après cela ils se séparaient et se réunissaient à nouveau pour prendre ensemble une nourriture ordinaire et innocente. Pline, pour plus de sûreté, a fait mettre à la torture deux servantes ou diaconesses [ministrae] : il n'a rien constaté de répréhensible, sinon une superstition grossière, immodérée^. Laisson s de côté les aveux de ces deux diaconesses mises à la torture et dont le témoignage est arraché par la violence, mais les autres dépositions sont des témoignages d'apostats, qui n'ont rien à craindre du légat : ils révèlent tout, spontanément, même l'eucharistie. Aucun serment ne leur interdisait donc pareil aveu.

On peut raisonner de môme et mieux encore sur la littérature chrétienne des deux premiers siècles. Ni les livres canoniques, ni les apocryphes les plus lus, n'étaient des livres secrets, ce qu'ils auraient dû

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