KirchenrechlSQuellen^p
« Et necessaria est pauperibus £Ù/api(TTia qiiae est in initio missae ». Et Riedel : « Den Armen gebûhrt die Eucharistie bei Beginn des Sakraments ». Que viendrait faire ici la messe, le soir? et que viendrait faire l'eucharistie au commencement de la messe? Il est naturel au contraire, que des pauvres rendent grâce à Dieu au commencement du repas qui leur est servi en son nom.
Passé le iv** siècle, ces repas de charité disparaissent de l'usage grec ^.
Notre enquête est achevée. Et il est temps de résumer ce qu'elle nous a appris sur les agapes.
4. A noter le canon lxxiv du concile in Trullo (G92) qui reproduit le xxvni» canon de Laodicée. Quant au fait signalé par l'historien Socrates, H. E. v, 22 (P. G. lxvii, 636A), de ces Égyptiens qui, 1« samedi se réunissent, mangent et boivent, et finalement « particicipent aux mystères » le soir venu, il faut noter que ce fait est une anomalie : où)( w; ê6o; xpiCTtiavoT;, tûv (jiuar/ipiwv (xexaÀa(xêàvou<7iv^ L'anomalie consiste ea ce que ces Égyptiens se réunissent pour les saints mystères le samedi, alors que à Alexandrie non plus qu'à Rome jamais il n'y a de messe le samedi. De plus, ces Égyptiens célèbrent la messe le samedi soir! Enfin il la célèbrent après avoir mangé et bu tout leur content, alors que partout ailleurs on est à jeun. Nous ne voyons d'ailleurs pas que Socrates parle là de manger et de boire à l'église.
On rapprochera du fait signalé par Socrates le petit texte éthiopien publié par Horner en 1904, puis par M. von der Goltz, Unbekannie Fragmente alchristlicher Gemeindeordnungen, dans les Sitzungtberichtede l'Académie de Berlin, l*'' février i9{)6. Je l'ai étudié à mon tour, Revue biblique, 1906, p. 483-483. Ce petit ordo n'est pas de saint Hippolyte, tant s'en faut, il dépend du VIll* livre des Constitutions apostoliques, et décrit un repas pris en communauté un jour de jeûne le soir venu. Ce repas commençait parla communion : cela est un usage égyptien attesté d'ailleurs pour le iv« siècle. Revue biblique,i906, p. 297-299.
Sur les textes de Horner, voyez D. de Bruynne, « Prétendus écriti d'Hippolyte », dans IdL Revue bénédictine, 1906, p. 422-429.
824 ÉTUDES DIlISTOmE.
Le Nouveau Testament est muet : saint Paul réprouve comme un désordre l'essai tenté par les Corinthiens de joindre un repas à la célébration de reucharistie. Le second siôcle est muet pareillement. Avec saint Ignace, avec Tertullien, le mot oL^i-nr^ ou dilectio désigne la célébration de Teucharistie. Clément d'Alexandrie proteste contre l'essai tenté de son temps d'étendre le nom d'àYaTir, à d'honnêtes banquets de chrétiens, aYocTryi oet:rvov oGx eativ. Toutefois, Tertullien donne déjà le nom d'agape, à la collecte qui se fait dans les synaxes chrétiennes pour le soulagement des pauvres ou des confesseurs. Nous verrons ainsi le mot agape, en latin, devenir synonyme d'aumône. Cette acception est reçue à la fm du iv* siècle, saint Jérôme en a témoigné. En Orient, on constate une évolution autre : OL^J-T^r, en vient à désigner une distribution faite aux pauvres, puis plus particulièrement un repas donné par quelque laïque riche aux vieilles femmes secourues par TEglise, repas sur lequel une part est prélevée pour le clergé. Encore cet usage, qui se manifeste vers le m® siècle, disparaît-il ^u v^. C'est là tout ce que les textes nous apprennent.
Quant aux distributions de vivres faites chez les Latins sur les tombes des défunts, ce sont des quasi parentalia, d'origine païenne. Et les réjouissances parfois désordonnées auxquelles donnent lieu les an« niversaires de martyrs, aussi bien chez les Grecs que chez les Latins, sont des réjouissances de Tordre la plus bourgeois.
Nous voilà loin du grand rôle que théologiens et archéologues attribuaient aux agapes ! Reproduction de la dernière cène, l'agape aurait été le rite primiti! de l'eucharistie. Puis, à un moment impossible à dé-'
terminer, l'agape aurait été dissociée de la fraction du pain : la fraction du pain dûment stylisée, serait devenue la messe, et l'agape aurait disparu diversement. De Bingham à Renan, de Suicer à Zahn, l'affirmation était unanime. Peut-être les protestants affirmaient-ils avec cette belle humeur, en gens qui voyaient là un fait capable d'infirmer la conception sacrificielle de la messe. Les catholiques, sans se soucier de cet aspect de la question, affirmaient avea autant de confiance. Ne nous flattons pas : on affir mera longtemps encore.
EXCURSUS B.
ET DE TiiÉOLOGiE POSITIVE. 329
EXCURSUS B L'origine des prêtres pénitenciers.
En réponse à un article de M. Vacandard*, paru dan? la Revue du clergé français du 15 avril 1005, je présenterai quelques éclaircissements sur l'origine des prêtres pénitenciers.
La question débattue est celle-ci : à quelle époque et où s'est pratiquée d'abord la délégation de simples prêtres au ministère pénitentiel? M. Vacandard pense que l'existence de prêtres pénitenciers t apparaît de très bonne heure à Constantinople », et que « selon Socrates l'institution daterait du temps de la persécution de Dèce ». Ce régime fut « en vigueur à Constantinople aux III® et IV® siècles », mais « ne se laisse constater nulle part ailleurs vers le même temps, ni même dans le cours du v' siècle >. Rome ne fait pas exception.
M. Vacandard me permettra-t-iL pour commencer, de demander comment le régime dont il parle a pu être en vigueur à Constantinople au iii® siècle, Constantinople ayant été fondée par Constantin?
Je n'insisterai pas sur ce lapsus bien véniel, mais je n'attribuerai pas ce même lapsus à l'historien Socrates.
4. Les vues exposées par M. V. dans cet essai se retrouvent dans l'article « Confession » du Dictionnaire de théologie de Vacant-Man- CEmi, t. III, p. 842-844.
330 ÉTUDES DHISTOIRE
Celui-ci, en effet, rapporte que c au temps où les Novatiens » se séparèrent de l'Eglise, les évêques ajoutèrent au canon (ou hiérarchie) ecclésiastique un prêtre chargé de la pénitence, afin que les fidèles fissent sous la direction de ce prêtre ïexomologèF.e de leurs fautes. » De quels évêques parle Socrates? Évidemment pas des évêques de Constantinople contemporains de la persécution de Dèce. Socrates doit donc penser aux évêques des grandes églises du lu* siècle. Et voilà un témoignante important pour reporter 1 origine des prêtres pénitenciers au III® siècle.
Sozomène a repris cette affirmation de Socrates, non pour la corriger, mais pour l'amplifier emphatiquement. Confesser ses fautes dans l'assemblée des fidèles comme dans un théâtre, écrit-il, est une épreuve difficile à supporter, et ainsi en ont jugé les évêques c depuis l'origine > : ils ont en conséquence institué un prêtre pour recevoir les aveux des pécheurs. M. Vacandard écrit : € Sozomène prétend que l'office du prêtre pénitencier fut établi à Constantinople, sinon ailleurs, beaucoup plus tôt (que le temps de Dèce et du schisme novatien), et même dès l'origine. > Non, Sozomène ne pense pas à Constantinople, pour la raison excellente que Constantinople n'existait ni au temps de Dèce, ni < dès l'origine «. L'affirmation de Sozomène exprime que l'institution du prêtre pénitencier était générale et immémoriale : cette affirmation, emphatique, n'a pas la valeur de la précision de Socrates, mais elle la confirme.
Socrates nous apprend aussi que € cette institution est encore en vigueur dans les autres hérésies », c'est-à-dire dans les églises autres que celles des Novatiens ou des Homoousiens (c'est-à-dire les catholiques), parce que les Novatiens ne l'ont pas acceptée au temps de Dèce, et parce que les Homoousiens l'ont supprimée au temps de Nectaire. Socrates parle là en homme qui connaît les églises dissidentes qui subsistent côte à côte dans toutes
les grandes villes, Novatiens, Ariens, Apollinaristes, etc. Et donc l'institution du prêtre pénitencier est antérieure, dans la pensée de Socrates, aux schismes produits par Farianisme, et l'on ne voit pas que Socrates limite cette observation^ Constantinople.
Passons à Rome. Là nous mettons en ligne deux témoignages du Liber Ponti/îcalis, dont le plus récent appartient à la notice du pape Simplicius (468-483), et ne fait qu'instituer dans les trois basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Saint-Laurent, le service permanent des € preshyteri propter paenitentes et baptismum ». Ainsi s'exprime ce que les critiques appellent la seconde édition du Liber Pontifîcalis. La première édition porte : « Hic constituit... ebdomadas, ut presbyteri marièrent propter baptismum et penitentiam petentibus ». Le service pour les pénitents existait antérieurement à Simplicius dans les tituli ou églises presbytérales de Rome. Ce service remontait au pape Marcel. L'autre témoignage romain, en effet, est pris à la notice du pape Marcel (308-309) : « Hic... XXV titulos in urbe Roma constituit, quasi diocesis, propter baptismum et penitentiam multorum qui conver- TEBANTUR EX PAGANis et PROPTER sepulturas martyrum ^ ». Les mots imprimés en capitales sont propres à la seconde édition. Mê"" Duchesne, dont j'ai adopté le sentiment, estime que la seconde édition « a glosé maladroitement le texte de la première, qui est le texte primitif, et que les mots multorum qui convertebantur ex paganis n'ont aucun sens si on les rattache à penitentiam, vu que la pénitence ne pouvait être imposée à des gens qui n'étaient pas encore baptisés.
1. Nous ne nous arrêtons pas à discuter le mot diocesis, qui slgnilie circonscription territoriale, au sens civil.
Et l'on peut ajouter qu'à ce moment historique précis on comprend quo les prêtres des tituli aient eu une attribution dans le ministère pénitentiel. Le pontificat de Marcel se place au fort de la persécution de Dioclétien : le prédécesseur de Marcel, Marcellin, est mort en .304, le 24 octobre : le pontificat de Marcel s'ouvre le 27 mai (ou 26 juin) 308. Qui gouverne l'Église romaine pendant l'interrègne? « Cessavit episcopatus », lisons-nous dans la notice du pape Marcellin. M^"" Duchesne rapproche cette formule d'une formule qui se lit dans la notice du pape Xystus II : le pape ayant été mis à mort, « preslyteri praefuerunt », ceci du 6 août 258 au 21 juillet 259. On sait, par la correspondance de saint Cyprien, que, le pape Fabien étant mort le 20 janvier 250, l'élection de son successeur Cornélius n'ayant eu lieu qu'au printemps de 251, l'Église romaine fut administrée dans l'interrègne par son presbyterium. De ces analogies nous conclurons que, à la mort de Marcellin, l'Église romaine fut administrée durant trois années et demie par ses preshyteri, et que, devenu évêque de Rome en 308, Marcel maintint aux presbyteri au moins une partie des pouvoirs sur les catéchumènes, les pénitents et les cimetières qu'ils avaient exercés pendant la vacance du siège. Catéchumènes, pénitents, cimetières, c'étaient là les trois grands services intérieurs de l'Église romaine.
Mais, objecte M. Vacandard, Sozomène c ne soupçonne pas l'existence des prêtres pénitenciers à Rome au V® siècle ». — Évidemment, dans la description qu'il fait de la pénitence publique à Rome, Sozomène ne mentionne pas Tintervention d'un prêtre pénitencier. Il dit même que le pénitent fait pénitence < dans la mesure que lui a prescrite l'évêque ». Mais c'est le même Sozomène qui, après avoir dit que Nectaire à Constantinople supprima
le prêtre pénitencier, ajoute aussitôt : « Les évêques presque partout suivirent cet exemple » Si à la suite de Nectaire, les évêques presque partout supprimèrent l'office du prêtre pénitencier, le prêtre pénitencier avait donc existé < presque partout >, il subsistait donc encore çà et là, et ce n'est pas la phraséologie molle de Sozomène qui prouvera, contre les formels témoignages du Liber ponti/îcalis que, particulièrement à Rome, on l'avait supprimé pour imiter l'exemple donné par Constantinople.
M. Vacandard objecte encore que des papes comme saint Innocent I^"" attribuent à l'évêque le soin de juger de la culpabilité du pécheur et de mesurer la pénitence à la faute. — Assurément, c'est cela même qu'écrit le pape Innocent 1" à l'évêque de Gubbio. Assurément aussi, l'évêque de Gubbio, et aussi bien l'évêque d'Hippone (on le sait admirablement), pouvaient suffire à ce ministère pénitentiel, à Gubbio, à Hippone. Autant en dira-t-on des évêques du Samnium et de Campanie à qui écrit le pape saint Léon. Mais l'évêque pourra-t-il suffire à confesser tous les criminels et tous les scrupuleux de son troupeau, s'il s'agit d'une grande cité comme Alexandrie, Rome ou Constantinople?
Ainsi, me semble-t-il, la thèse négative de M. Vacandard perd toute justification. S'il fallait pousser plus loin la démonstration, je ferais appel à des textes, dont je n'ai pas fait état dans mon essai sur Les origines de la pénitence, parce que l'utilisation en est délicate, mais dont, cependant, on peut tirer quelque indice.
Mettons à part les textes qui parlent du devoir pour le pécheur de dire ses fautes au sacerdos. M. Vacandard, comme moi, estime que dans les premiers siècles le mot sacerdos est synonyme d'évêque. Les théologiens,
comme le Père Pignataro qui réfutait naguère nos thèses dans son cours du Collège Homain *, ne tiennent pas compte de cette synonymie, et tombent ainsi dans des confusions ruineuses. Mais ces textes mis à part, n'en reste-t-il pas où l'on puisse découvrir l'intervention du presbyter dans le ministère pénitentiel?
Le texte souvent cité d'Ûrigène, Homilia in psalmum XXXVII encourage le pécheur à révéler son péché, à qui? « Tantummodo circumspice dUigenter cui debftna confîteri peccatum tuum. Proba prius medicum, cui debeas causam languoris exponere, qui sciât infirmari cum infirmante, flere cum fiente, qui condolendi et compatiendi noverit disciplinam, ut ita demum si rjuid ille dixerit, qui se prius et eruditum medicum ostenderit et misericordem, si quid consilii dederit, facias et sequaris : si intellexerit et praeviderit talem esse languorem tuum, qui in conventu totius Ecclesiae exponi de beat et curari 2^ ex quo fortassis et ceteri aedificari poterunt et tu ipse facile sanari, multa hoc deliberatione et satis perito medici illius consilio procurandum est. > La traduction de cette homélie a été faite par Rufin en Italie, entre 397 et 410. Et cette traduction trahit des retouches, car la doctrine authentique d'Origène sur la pénitence ne différait pas de celle de TertuUien quant à la réserve des trois fautes capitales. Or, ici, toute trace de réserve est effacée. Puis Origène attribuait un pouvoir pénitentiel aux c spirituels >, aux < parfaits >, et le refusait aux autres, fussentils évêques. Si l'homélie s'est, dans sa teneur primitive, inspirée de cette doctrine, avouons que le traducteur Ta
1. F. PiGNATÀRO, S. J. De disciplina pxnitentiali priorum Ecclesiae sseculorum commentarius (Roiiiie i!X)-t).
2. M. Vacandard veut que ces mots in conventu totius Ecclesiae exponi debeat et curari,.. soient une allusion à la confession publique. Non, le pécheur se « produit » devant l'assemblée de toute l'Église quand il se met en costume de pénitent dans le lieu réservé aux pénitents. Cette démarche est suffisamment révélatrice et pénible.
expurgée à fond. Mais alors, conclurons-nous, cette traduction représente la discipline des environs de l'an 400. Or cette traduction parle-t-elle au pécheur de révéler ses fautes à l'évéque? Non, car le pécheur aurait-il le choix entre plusieurs évêques ? Origène veut que le pécheur choisisse entre le « spirituel » et le non « spirituel >, mais Rufin ne pouvait accepter cette pensée, et donc qu'aura-t-il voulu dire en écrivant : « Circumspice cui debeas confiteri » \ dès là qu'il ne pensait pas à l'évéque ?
Si maintenant on veut bien se rappeler la position de la question, — savoir : à quelle époque et où s'est pratiquée d'abord la délégation de simples prêtres au ministère pénitentiel ? — on conclura avec nous que le témoignage du Liber pontificalis garde toute sa valeur, qui atteste l'existence de ce régime à Rome à l'époque du pape Marcel. Et comme le témoignage de Socrates, en ce qui concerne le m* siècle, vaut pour d'autres grandes églises que Constantinople, on pensera que l'on se tromperait à croire que ce régime n'a été en vigueur au m® et au IV® siècle qu'à Constantinople.
1. Le R. P. PiGNATARo, p. 23, cite quelques textes d'Aphraates, et en déduit que le médecin dont il est question est l'évéque. Je viens de relire ces textes (éd. Graffin, Demonstr., VII, De psenitentibus), et j'hésiterais à reconnaître l'évéque exclusivement dans les medici qui insignis Medici nostri estis discipuli. Ce point serait à éclaircir. Mais la publication des aveux y est sévèrement interdite : « Cum ipsam [infirmitatem suamjvobis revelaverit,nolite eam publicare*.
EXCURSUS C.
Le Sermon GGGLI attribué à saint Augustin.
Nous n'avons pas utilisé le Sermo CCCLI de saint Augustin dans la discussion du témoig'nag'e d'Augustin sur la pénitence, par égard pour l'opinion des critiques récents qui le jugent inauthentique. Les éditeurs bénédictins d'Augustin l'ont tenu pour authentique. Erasme, disent-ils, l'avait jugé « plurimum discrepare ah Augustino » : quant à eux, ils ne croient pas devoir s'arrêter à cette impression, car ils ont l'impression contraire. De part et d'autre, critique sommaire qui appelle une révision attentive.
Erasme a rejeté en bloc le Sermo CCCLI et le Sermo CCCIJI, tous deux sur la pénitence : or le Sermo CCCLII est certainement d'Augustin. Les Mauristes n'en sont pas autorisés pour autant à dire que l'un et l'autre sermon présentent d'Augustin « et doctrinam et stilum ». Car, pour ne parler que du style, la différence entre le premier sermon et le second est extrêmement sensible. Le second est un sermon où la manière augustinienne se révèle dès
338 ÉTUDES D'IIISTOmB
la première ligne rien qu'à la prise de contact de l'orateur et de l'auditoire :
Vox paenitentis agnoscitur in verbis quibus psallenti reapondimus : Averte faciem luam a peccatis rneis et omnes iniquilates meas dele. Unde cum sermonem ad vestram caritatem non praeparareinus, hinc nobis esse tractandum Domino imperante cognovimus .. Neque enim nos istum psalmum cantandum imperavimus, sed quod Ille censuit vobis esse utile ad audiendum, hoc cordi etiara puerili imperavit. Dicamus aliquid de utilitate paenitentiae... (CCCLII, 1).
Cet impromptu familier et gracieux est du plus pur Augustin, comme aussi ce rappel du psaume qui a été chanté entre Tépitre et Tévangile du jour, psaume chanté par un lecteur enfant et répondu par l'assistance. Au contraire, le Sermo CCCLI, non seulement n'a plus rien de cette noble familiarité, de cette vivacité, mais il n'a rien d'un sermon : aucun appel à l'auditoire présent, l'auteur disserte impassiblement :
Quam sit utilis et necessaria paenitentiae medicina facillime homines intellegunt qui se homines esse memînerunt... (CCCLI, 1).
Très sunt autem actiones paenitentiae, quas mecum vestra eruditio recognoscit. Sunt enim usitatae in Ecclesia Dei et diligenter attendentibus notae... [ibid. 2).
Vestra eruditio! Augustin dirait Vestra caritasy il dirait Sanctitas westra. Mais Vestra eruditio^ ! Les Mauristes ont un second argument. Ils font
1. L'auteur dira encore, et dans quel style : « Sed de utilitate ac salubritate paenitentiae ut quod instituimus aliquando peragamus... > (CCCLI, 12).
valoir que le Sermo CCCLI et le Sermo CCCLIl sont l'un et l'autre mentionnés dans le catalogue dressé par Possidius des œuvres d'Augustin. On y lit, en effet :
De decem chordis {Sermo IX].
I>eutilitate agendae paenitentiae [Sermo CCCLI?]. De Goliath et David et de contemptu mundi [Sermo XXXII].
De utilitate ieiunii [?].
Item de utilitate agendae paenitentiae et de versu psalmi quinquagesimi Miserere mei Deus [Sermo CCCLIl].
De quinque porticibus ubi multitude languentium iacebat et de piscina Siloe [Senno CXXVJ.
Les Mauristes, dans leur édition de V Indiculus de Possidius, sont moins affirmatifs que dans la note qu'ils mettent au Sermo CCCLIl : car dans V Indiculus ils énoncent que l'identification du second De utilitate agendae paenitentiae et du Sermo CCCLIl est d'aventure seulement possible (forte î). On peut, en effet, hésiter entre ce sermon CCCLIl et d'autres sermons d'Augustin sur la pénitence et sur le Mise^ rere : il y a le Sermo XX qui cadrerait aussi bien avec la description de V Indiculus, il y a mieux encore le Sermo XÏX. Je dis : mieux encore, parce que ce dernier est un sermon plus marquant, prêché à Carthage dans la Basilica restituta en 419, peu après des tremblements de terre qui sont connus. Il est donc possible que le premier De utilitate agendae paenitentiae soit notre Sermo CCCLIl. Et il suffit de
340 ÉTUDES DIIISTOIRE
celte possibiliKî, pour que largumcnt des Mauriates ne soit plus décisif.
Les raisons des Mauristos pour raulhenticité étant écartées, examinons à notre tour le Sermo CCCLI.
L'auteur presse le pécheur de se convertir, et entre autres arguments 'il suppose que le pécheur lui représente Tincertitude du pardon de Dieu : Savons-nous si Dieu pardonnera? A quoi l'auteur répond : Supposé que ce pardon soit incertain, ton intérêt certain est de le solliciter, puisque tu n'as rien à perdre davantage, et tout à gagner, c'est-àdire ton salut. L'auteur redouble au moyen d'une comparaison :
Quis enim certus est quod etiam imperator ignoscat? Et tamen pecunia funditur, maria transmeantur, procellarum incerta subeuntiir, et pêne ut mors evitetur mors ipsa suscipitur. Supplicatur deinde par homines homini : sine dubitatione fiunt ista, cum sit dubium quo fine proveniant. Et tamen certiores sunt claves Ecclesiae quam corda regum... Et multo est honestior humihtas qua se quisque humiliât Ecclesiae Dei, et labor minor imponitur, et nullo temporalis mortis periculo mors aeterna vitatur. {Sermo CCCLI, 12).
L'auteur imagine un homme compromis dans une affaire où il risque la peine capitale : cet homme sollicite sa grâce de l'empereur. Est-il certain que l'empereur la lui accordera? Nullement. Il n'hésitera cependant pas à dépenser de l'argent, à passer les mers» à affronter les tempêtes,' à braver la mort.
Il suppliera un homme, l'empereur, par l'intermédiaire d'autres hommes, et il fera tout cela sans vouloir savoir si le résultat est incertain. Ce développement oratoire nous donne la preuve que l'auteur écrit à une date où l'Italie a encore un empereur, et où, pour parvenir à lui, il faut traverser des mers : ces expressions font penser à Ravenne vue de l'Afrique, et, si cette hypothèse est admise, il faut penser à l'Afrique antérieure à la conquête vandale, antérieure à la prise de Carthage par Genséric (439), à l'Afrique romaine encore du temps d'Honorius (395- 423).
Dans un autre passage, l'auteur imagine que le pécheur récalcitrant répond à ses instances : Il me suffit d'être sauvé, quitte à ne pas régner dans le royaume de Dieu! L'auteur oppose que celui-là n'est pas sauvé qui n'est pas dans le royaume de Dieu. On appartient à un royaume, ou on lui est étranger, voire ennemi, et il n'y a pas de milieu : « Oinnes enim Romani romanum regnum possident, quamvis non omnes in eo régnent, sed ceteris regnantibus pareant » (CCCLI, 8). Indice que l'auteur a connu l'empire romain debout encore et a été un sujet de cet empire.
Troisième et dernier indice : nous devons tous, écrit-il, faire chaque jour pénitence des fautes inévitables de la vie journalière, et nous le devons nous d'abord qui sommes les dispensateurs de la parole de Dieu, les ministres de ses sacrements, les soldats du Christ, « milites Christi ». Mais, si les milites du Christ sont tenus à faire journellement pénitence, à combien plus forte raison y sont tenus les vrovin^ ciales ?
S42 ÉTUDES DlIISTOIRK
Quanto magis cetera stipendiaria multitudo et quaedara provincia magni régis?... Quanto ergo mugis Ecclesiae provinciales saecularibus ncgotiis obiigati, cotidianam debent agere paenitentiara? (CCGLI, b).
L'auteur est d'un temps où la province doit la contribution de l'annone à l'armée romaine qui tient garnison dans la province : l'apôtre, disait équivalemment saint Paul (I Cor. ix, 1), doit recevoir son entretien [stipendiuin) des Eglises qu'il évangélise : l'image du stipendium militaire est entrée ainsi dans la prédication chrétienne. L'assimilation de la pleb.'i de chaque Eglise à la stipendiaria multitudo de chaque province est une image complémentaire, qui est familière à saint Augustin ' , image nécessairement contemporaine d'un temps où il y a encore une armée, une annone, et des provinciaux contribuant pai Tannone à l'entretien de l'armée : c'est une image empruntée aux institutions de l'empire romain et qui ne pouvait être comprise que dans l'empire romain.
i.Epistul. CLVn, 37 : t Habet cnim Ecclesia quodam modo sucs milites etquodam modo provinciales, unde dicit Apostolus : Quis militât suis stipendiis unquam? » — Enarr. in p$. XC, i, 40 : « Ipsi cuni illisregnabunt, quia illi lamquam milites, illi lamquam annonam piaebentes provinciales, sub uno tamen imperatore et miles et provin cialis in regno eet. » Enarr. in ps. Gin, m, 9 : • Accipis spiritalia, redde carnalia : débita sunt militi, militi reddis, provincialis Christi es... Non ideo dico ut ista ûant in me. Fuit quidam miles qui etiaœ provinciali donaret annonam : sed tamen reddat provincialis annonam ». De catech. rud. 43 ; t ita lUos tamquam milites, illos autem tamquam stipendiarios provinciales apostolica doctrina constituit ». De opère monach. t> : « ... ostendens quid euangelistis et ministris Dei tamquam militibus a plebibus Dei tamquam provincialibus deberetur. . Ibid. 16, 18, S7.
On peut partager le sermon en cinq parties : une introduction, trois points et une conclusion. Il est développé, en effet, avec ordre, un ordre dont Augustin n'a pas l'habitude de se soucier et que la richesse de son inspiration ne supporterait pas. Mais l'auteur du Sermo CCCLI doit racheter sa pauvreté par sa symétrie scolaire. Il commence donc par un exorde sur l'utilité de la pénitence en général.
Les hommes, dit-il, comprennent très facilement l'utilité de la pénitence, qui se souviennent qu'ils sont hommes. Et tout de suite, rien que cette assertion révèle chez l'auteur une médiocre psychologie. Mais sa logique est plus médiocre encore. Car, à l'appui de cette assertion, qu'apporte-t-il? des textes scripturaires : les hommes comprennent très facilement l'utilité de la pénitence, qui se souviennent qu'ils sont hommes, car il est écrit que Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles... C'est de l'incohérence, et une incohérence dont nous relèverons d'autres spécimens, une incohérence habituelle ^
A signaler, dès cet exorde, la vulgarité, elle aussi habituelle, de notre auteur. Exemple :
1. Dom Morin, à propos des tractatus de saint Augustin du ms. de Wolfenbuttel, écrit : « Le point important à éclaircir, c'est si l'on a affaire à Augustin en personne, ou à quelque imitateur plus ou moins habile. Pour cela, ... il faut soigneusement rechercher si tout se lient, est d'un seul jet, ou si au contraire on n'a pas devant soi une sorte de rhapsodie, dont le compilateur se trahit, soit par un certain manque de suite, soit par des inégalités de style... » Revue bénédictine, 1914, p. 15j.
Solus cnim Deus arrogans non est, quantacumque se praedicatione laudaverit...
A lia est enim soliditas magnitudinis, alla est inanitai inflationis...
[Qui se humiliât] exaltabilur. Et ne opineris eius exaliationem in oculis horainum per sublirnitates fieri corporalefi...
Non ergo mirum si publicanus magis caratus abscessit...
Premier point du sermon (CCCLI, 2). L'auteur distingue trois sortes de pénitence : « Très suntautem actiones paenitentiae. » C'est à savoir le baptême, puis, pour le baptisé, la pénitence quotidienne des péchés journaliers, enfin la pénitence des péchés graves. Cette distinction des trois pénitences est une distinction augustinienne ^
Le baptême peut être donné à des petits enfants ou à des adultes. S'il s'agit d'adultes, nul n'est lavé de ses péchés s'il n'y renonce. Saint Pierre disait aux Juifs : « Faites pénitence, et que chacun de vous soit baptisé » [Act. II, 38). Personne, en effet, ne passe au Christ, pour commencer d'être ce qu'il n'était pas, s'il ne se repent d'avoir été ce qu'il était :
Omnis enim qui iam arbiter voluntatis suae constitutus est cum accedit ad sacramenta fîdelium, nisi eum paeniteat vitae veteris, novam non potest inchoare.
Ceci encore est une vue augustinienne. L'évêque d'Hippone réclame de l'adulte qui veut être baptisé la
4. Sermo CCCLII, 2 : « Triplex autem consideratio agendac paenitentiae in sacra Scriptnra invenitur... » Contra Iiiîian, II, 23 : « lus. lificatio porro in hac vita nobis secundum tria ista conferlur... • De symbole ad catech., -16 : « • Ergo tribus raodis dimiltuntur peccata in Ecclesia : in baptismate, in oratione, in humilitate maiore paenitentiae... »
conversion préalable de sa conduite. Il dit, parexem • pie (CCCLII, 2) :
Nam neque ad baptismum Christi in quo omnia peccata delentur quisqiiam bene accedit, nisi agendo paenitentiam de vita pristina. Nemo enim eligit vitam novam nisi quem veteris paenitet.
On dirait que le Sermo CCGLl a imité le Sermo CCCLII, à constater leurs rencontres verbales :