De pecc. merit. et remiss. I
2. De gen. ad litl. X, 19 : « Aetas quippe illa in geipsa nihil egit vel boni vel mali : proinde ibi anima innocentissima est, si ex Adam propagata non est. >
3. Ibid. 23 : « De infantibus loquimur, non quia nascuntur plerumque de adulteriis..., aut vero ipsis parentibus obfuiura sit iniquitas sua, si se ad Ueum convertendo correxerint, quanto minus filiis, si recte vixerint: » Epistul. XCVIII, i : « lam itaque cnm homo in seipso est, ab eo qui genuit alter effectus, peccato alterius sine sua consensione non tenetur obnoxius... » Contra Iulian. V, 44 : « Quis dubitaverit parvulos non baptizatos, qui solum habent originale peccatura, nec uUis propriis aggravantur, in damnatione omnium levissima futuros? » Brevicul. collât. III, 17 : « Et quod Donatistae in litteris suis posuerunt testimonia Scripturarum, quibus Dstenderent ad peccata parentum etiam filios pertinere, cum hoc utique nunquam recte intellectum sitnisi de iis filiis qui parentum iniquitates imitarentur... » Contra Faustum, XXII, 64 : « Fidèles eius venturi ex omnibus gentibus etiam exemplo carnis ipsius (Christi) discere debuerunt, parentum suorum iniquilates sibi obesse non Dosse. •
céleste des saints dépasse la capacité humaine, mais c'est un point de foi, pie creditur^ que le baptême vaut pour leur salut spirituel, et la pratique dubaptême des petits enfants le prouve, qui est observée dans tout Tunivers chrétien : « Pie tamen creditur eis prodesse ad salutem spiritalem, quod ecclesiasticae auctoritatis per totum orhem terrarum tant firmo robore custoditur. » Cette affirmation que le baptême sert au salut des petits enfants n'a de raison d'être qu'autant qu'elle s'oppose à l'erreur contraire : or cette erreur est bien connue, puisque c'est celle des Pélagiens. Invoquer contre cette erreur le fait de la pratique universelle des petits enfants, revient à invoquer le premier argument qu'on ait fait valoir contre la négation du péché originel. On pourra inférer de là que l'auteur du Sermo CGGLI n'aura pas écrit son petit traité sur la pénitence avant l'époque où la doctrine de Pelage et de Caelestius a commencé d'être connue et réprouvée en Afrique, ce qui arriva lors du concile de Carthage de 411. Dès le début de 412, au moment où Augustin écrira le De peccatorum meritis et remissione, la controverse prend une ampleur soudaine : et vraisemblablement désormais l'erreur de notre Sermo CCCLI sur les enfants héritant des péchés personnels dé leurs père et mère ne serait plus possible.
Beaucoup plus développé que le premier, le second point du sermon (CCCLI, 3-6) a trait à la pénitence quotidienne par laquelle le baptisé efface les fautes légères qu'il commet journellement : « Altei^a paeni-
tentia est^ cuius actio per totam istam vitam, qua in carne mortali degimus^ perpétua supplicationis humilitate subeunda est. » Si noire auteur avait écrit au fort de la controverse pélagienne, il aurait sans doute attaqué de front l'erreur pélagienne qui aflirme que rhorame peut de lui-même vivre sans péché sa vie entière. Notre auteur n'a pas considéré les choses de ce biais.
Nous sommes en ce monde loin du Seigneur, pe^ regrinamur a Domino, disait saint Paul : nous devons désirer être ce que nous ne sommes pas encore, et donc gémir d'être ce que nous sommes :
Quid ergo cupimus nisi ita non esse ut nunc sumus? Et quid ingemiscimus nisi paenitendo quia ita sumus?
Notons au passage lïncohérence du raisonnement : on ne saurait avoir de pénitence de sa condition que si cette condition est voulue et coupable. L'homme peut gémir d'être homme, et de porter dans son humanité le mystère de la chute, « mysterium lapsi hominis » ; il n'a pas pour autant à en faire pénitence, puisque ce n'est pas sa faute personnelle.
Justifié de ses premiers péchés par le baptênae, que le chrétien ne s'enorgueillisse pas de ce qu'il ne conàmet aucune de ces fautes pour lesquelles il serait séparé de la communion de l'autel, « slnihilcommittat unde ah altaris communione separetur ». Qu'il ne s'enorgueillisse pas, parce que sa vertu n'est pas de lui. Qu'a-t-il, disait saint Paul, qu'il nait reçu? Qu'il considère qu'il lui est hnpossible de cheminer sans ramasser de la poussière, et c'est de cette fine poussière du chemin qu'il doit se nettoyer par la pénitence quotidienne. L'image est judicieuse, même ba-
nale, mais combien plus abondantes et pittoresques sont sur ce point celles d'Augustin!
Ici l'auteur place l'argument que nous avons cité plus haut : Si, dit-il, les dispensateurs de la parole de Dieu, les ministres de ses sacrements, les milites Christi, sont tenus de faire journellement pénitence, combien plus y sont tenus les laïques! L'argument est d'un maladroit. Un prédicateur qui a quelque tact ne dit pas aux fidèles à qui il s'adresse : Si moi qui prêche j'ai à faire journellement pénitence, combien davantage vous qui m'écoutez! Saint Augustin, qui, on se le rappelle, a dit un mot de cela, l'a dit avec une délicatesse et une candeur exquises : Nous aussi, nous évêques, nous avons à faire pénitence journellement et à frapper notre poitrine. Quoi vous, vous, saints évêques? Eh! oui, nous aussi. Augustin laisse à son auditoire le soin de dire : Si les saints évêques font pénitence, combien y sommes-nous tenus davantage, nous qui sommes dans le siècle, dans les affaires, dans le mariage! Mais Augustin est bien trop avisé pour le dire lui-même.
Notre auteur va insister : il suppose que les laïques auxquels il s'adresse ne sont ni des voleurs, ni des adultères, ni des fornicateurs,nides idolâtres, ni des habitués des spectacles, ni des hérétiques, ni des schismatiques (nous avons là un catalogue des péchés graves pareil à celui que nous avons relevé chez Augustin) : abstraction faite de ces péchés graves, il en reste assez que notre auteur suppose habituels aux laïques, qui
Propter administrationem rerum familiarium et coniugiorum arctissiraa irincula, tum multa peccant ut non
tam de istius iriundi pulvere aspergi quam luto obliniri videantur (CCCLI, 5).
Le seul fait d'intenter un procès pour des intérêts temporels est un péché, que Ion ne tolère que si les parties s'adressent au tribunal ecclésiastique^. L'intempérance dans les relations conjugales est un péché, « sed infirmitati concessum,... soia enim generandi causa est inculpahilis sexus utriusque commixtio ». Et combien d'autres péchés!
Quam multa sunt alia peccata, sive in loquendo de rébus et negotiis alienis quae non ad te pertinent, sive in vanis c^chinnationibus ..., sive in ipsis escis... avidior atque immoderatior appetitus saepe excessum modum postridiana cruditate contestans, sive in vendendis etemendis rébus caritatis et vilitatis vota perversa... Quae quamvis singula non lethali vulnere ferire sentiantur^ sicuti homicidium et adulterium vel cetera huiusmodi, tamen omnia simul con^regata, velut scabies, quo plura sunt necant..., nisi medicamento cotidianae paenitentiae desiccentur. {Ibid.)
Cette morale est celle d'Augustin à quelques détails près, et Augustin a dit ces mêmes choses, mais il les a dites autrement, sans cette lourdeur déplaisante et sans ce style épais excessum modum postridiançL cruditate contestans.
Notre auteur poursuit : Si ces péchés ne sont pâs
i. Ita Sermo CCCLI, 5 : « Hoc ipsum habere inter se iudicia et lites de saccularibus rébus delictum esse dicit (Apostolus), quod tamen ferendum esse admonet, si vel ecclesiastico iudicio lites huiuscemodi ûniantur ». — Augustin est plus sévère. Enarr. inps. LXXX, 21 : « (Apostolus) ipsa iudicia in Ecclesia iubet agi, non ad forum trahi, tamen delicta esse dicit. »
cle tous les jours, pourquoi nous frappons-nous tous les jours la poitrine? Encore un spécimen de sa pauvreté de logique, car on peut battre sa coulpe journellement pour beaucoup moins, et même sans avoir péché.
Quod si falsum est, unde cotidie tundimus pectora ? Quod nos quoque antistites ad altare assistentes cum omnibus facimus... Nam si non habemus peccata, et tundentes pectora dicimus : Dimitte nobis débita nostra, ex hoc ipso carte et graviter nullo dubitante peccamus, cum inter ipsa sacramenta mentimur (CCCLI, 6).
Indication liturgique qui a son prix, car elle nous révèle que l'évêque qui célèbre les saints mystères se frappe la poitrine à la fin du Pater^ au Dimitte nobis débita nostra, et que toute l'assistance en fait autant \ Elle nous apprend aussi que l'auteur est un évêque : « Nos quoque antistites ». Et ces traits pourraient être augustiniens. Le raisonnement au contraire est bien trop faux pour être d'Augustin.
Nous arrivons au troisième point du sermon (Sermo CCCLI, 7-11) et à la troisième espèce de pénitence, qui a pour matière les péchés condamnés par le Décalogue et dont saint Paul a dit que quiconque les commet ne possédera pas le royaume de Dieu (CCCLI, 7). Cette base scripturaire est très fer-
1. Enarr. inps, XXIX, 2 : « Confessio aut laudantis est aut paenitentis. Sunt enim parum eruditi, qui cum audierint confessionem in scripturis, tamquara nisi peccatorum esse non possit, continuo tundiiut pectora, velut iam moneantur conûteri peccata. »
3« ÉTUDKS D'HISTOIRE
mcmcnt posée par noire autour : il ne s'y attarde pas, ayant déjà dans ce qui précède donné une énuméralion détaillée de ces péciiés. Il va s'étendre au contraire sur la procédure de la pénitence instituée dans l'Eglise pour la rémission de ces péchés, procédure que nous examinerons, mais pas avant d'être arrivé à une conclusion ferme sur l'authenticité de tout le sermon. /
Ce même troisième point contient d'ailleurs autre chose encore qu'une description de la procédure susdite, et d'abord une réfutation des mauvaises raisons que les pécheurs allèguent pour ne s'y soumettre pas. Ils osent, en effet, se promettre sinon le royaume de Dieu, du moins le salut éternel. Connaissant la déclaration rigoureuse de l'apôtre, que ceux qui commettent telles et telles fautes ne posséderont pas le royaume de Dieu, ils distinguent le royaume et le salut : « Audent sibi praeter Dei regnuin salutem quant desiderant polliceri », et ils disent entre eux, pour s'excuser de pas faire pénitence de leurs péchés et ne pas se convertir de leurs mœurs perdues : « Regnare nolo, sufficit mihi sahum esse » (GCCLI, 8). Nous savons par Augustin que cette distinction du royaume et du salut était une erreur de son temps, plus précisément une erreur qu'il signale en 412, donc au moment où le pélagianisme s'insinue en Afrique, et où, à la demande du comte Marcellinus, l'évêque d'Hippone écrit son traité De peccatoriun meritis et remissione. Les novateurs prétendent que les enfants morts sans baptême sont exclus du royaume, mais ne sont pas exclus du salut, comme si, présomption nouvelle et étonnante, le
salut et la vie éternelle étaient autre que le royaume ^ ! Notez : présomption nouvelle, « nova quadam et mirabili praesumptione ». Augustin y revient un peu plus loin : jamais, dit-il, la saine foi et la saine doctrine n'ont admis que personne pût réaliser son salut sans être admis dans le royaume : entre la justification et la damnation, il n'est pas d'état intermédiaire : « Nec est ullus iilli médius locusy ut possit esse nisi cum diabolo, qui non est cum Christo ^. » Augustin ne pense qu'aux enfants morts sans baptême : l'erreur qu'il combat est l'erreur de « maie credentium » qui supposent cet état intermédiaire, « istam nescio quam medietatem quam conantur quidam pan^ulis non baptizatis tribuere » : Augustin n'a pas parlé de gens qui étendissent aux pécheurs le privilège des petits enfants morts sans baptême. Cette extension était bel et bien une énormité qui n'est pas venue à sa connaissance, que je sache ^.
Les pécheurs qui refusent de faire pénitence font valoir que bien d'autres qu'eux sont pécheurs, et avant tout dans le clergé :
Au forte attendunt multos etiam in ipsis honoribus ecclesiasticis praepositorum et ministrorum non con-
4. De pecc. mer. I, 28 : *... nova quadam et mirabili praesumptione, quasi salus ac vila aeterna possit esse praeter Christi haereditatem, praeter regnum caelorum ».