Apologet
ies valentiniens soient pires : « Eleusmia çalentiniant fecer uni lenociniay sancta silentio magno, sofa taciturnitate caelestia ». N'essayez pas de demander des explications à un valentinien : vous l'interrogez avec candeur, il vous répond d'une mine austère : aAltiun est » . Si vous tentez de pénétrer cette profon- ^deur, si vous le sollicitez subtilement, il vous répondra par des équivoques qui semblent affirmer la foi commune. Si vous montrez que vous savez tout, il nie tout. Les valentiniens ne confient leur doctrine à leurs disciples que quand ces disciples sont absolument à eux. Aussi nous traitent-ils, nous catholiques, de simples : « Ideoque sùnplices notamur apud illos. » Sans doute, l'arcaneque raille Tertullien n'est pas un arcane bien authentique, et le rappel qu'il fait des Éleusinies est un trait mordant ou injurieux, rien de plus. Mais Tertullien aurait-il parlé ainsi, si les catholiques avaient pratiqué pareille loi du secret ? Et pourquoi les valentiniens accusaient-ils les catholiques de simplicité, sinon parce que les catholiques n'usaient pas de tant de précautions ^ ?
Un fait qui n'a jamais été relevé, croyons-nous, est précisément le reproche que les controversistes catholiques adressent aux sectes dissidentes d'avoir, elles, une façon d'arcane. Saint Irénée reproche aux gnostiques de son temps de se refuser à enseigner au grand jour, Iv <pavepw , et de faire payer un prix très élevé la communication de leurs mystères. Ils refusent, dit-il, de laisser divulguer leurs mystères, ils veulent les renfermer dans le secret du silence : « Non cportere omnino ipsoruni mysteria effari^ sed in
*1. Adv. Valent, i.
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ahscondito contincrc par silentiiim. » Voilà l'arcane. Puis avec l'arcane apparaissent aussitôt les livres secrets, les « apocryphes* •. Dans la prétendue épfire de saint Pierre qui se lit en tête des Homélies clémentines, saint Pierre est supposé intimer à saint Jacques l'ordre de ne confier à aucun païen, ni même à aucun juif, sans «'-preuve préalable, les livres de ses KrjpuyfxaTa qu'il adresse à saint Jacques. En retour, saint Jacques décide que l'épreuve en question durera dix années au moins, et que les livres de saint Pierre seront communiqués seulement après que l'initié aura juré sur la terre et les cieux de ne communiquer ces livres à personne, de ne les copier pas, de ne les laisser pas copier. Part-il en voyage, il emportera ces livres avec lui ; préfère-t-il ne les emporter pas, il les confiera à l'évoque « professant la môme foi » ; est-il sur le point de mourir, il les remettra à cet évèque, au cas où il n'aurait pas d'enfants admissibles à l'initiation; plus tard, si ces enfants deviennent dignes de l'initiation, l'évêque leur rendra les livres comme un patrimoine ; et si enfin l'initié venait à changer de foi, il jure sur la nouvelle foi qu'il aurait alors de garder son engagement actuel ^. Ici l'initiation ne va pas sans promesse de silence, et cette promesse est le serment le plus étroit, et toutes les précautions sont spécifiées qui devront empêcher qu'il ne soit trahi, fût-ce matériellement. Voilà bien l'arcane. — Et c'est contre cet arcane que saint Irénée proteste, caria justification de la foi de l'Eglise réside dans le fait qu'elle est une tradition, dont la garantie est sa publicité. Une fois admise parallèlement une tradition
A. Contra haer. I, i, 3; 24, 6; 25, ÎJ;'3I, 4. II, 14, 1 prolog. a. Clementina, Epist. Pétri, 1, 3; Contest. lacobi, 1, 4.
secrète, c'en est fait de l'unité de la foi qui nous vient des apôtres : « Traditionem apostolorum in toto mundo inanifestatam^ in omni Ecclesia adest respicere omnibus qui vera velint vider e... Doctrina apostolorum manifesta et firma et nihil subtrahens, neque alia quidem in abscoîiditOy alia çero in manifesio docentium\ » Tertuliien ne s'exprime pas différemment : le Christ a enseigné au grand jour et nulle part il n'a donné à entendre qu'on dût rien cacher : « Dominus palam edixit^ sine ulla significatione alicuius tecti sacramenti^. » Les catholiques auraient-ils pratiqué cet arcane qu'ils reprochaient aux gnostiques de pratiquer ?
On veut que le catholicisme ait pris au paganisme la discipline de ses mystères : nous venons de voir qu'en fait rien n'est moins exact pour les deux premiers siècles : mais la possibilité même de cet emprunt est dans la catégorie de l'invraisemblable. Clément d'Alexandrie, qui est de tous les auteurs chrétiens celui qui a insisté le plus sur les mystères des cultes païens, nous est un témoin de l'horreur et du mépris que les chrétiens professaient pour ces mystères. « Faut-il te les décrire? Dois-je les révéler, comme Alcibiade les révéla jadis, à ce qu'on raconte? » Il Je faut, poursuit-il, il faut que les spectateurs de la vérité les voient au grand jour. Suit une pâle description des Éleusinies, et, lorsque Clément en a fini avec les nuits mystiques : « Voilà, dit-il, les mystères obscurs des Athéniens : si vous avez été initiés, vous rirez d'autant 7)lus de ces rites vénéra-
\. Contra hacr. ni, 3, i et IS, i.