De praescr. M
2G tTUDES D'IIISTOIHE
méthodique : on leur donne un péd.ig^o^mc en chaque église, le doctor audientiuniy qui apparaît à ce moment à Rome, à Carthage, à Alexandrie.
Or rexistencc d'une classe à part dans l'église, la séparation de ces /zo^'///o// qui « incipiunt di^inissermonibus aiires rigare, » comme dit Tertullien*, entraîne une différence (le publicité dans la prédication, dans le culte. Cette diflérence de publicité s'établit d'elle-même. Tertullien en fournit la plus ancienne attestation quand il reproche aux hérétiques de ne pas la pratiquer : « Pariteradeuntf pariter audiunt^ pariier orant^l »
i. De pacnit. VI, 1.
2. M. Funk, Theoîogische Quartolschrifl, 1903, p. 60-90, dans un article intitulé « Das Aller dtr Arkandisciplin », s'est appliqué à déterminer aussi précisément que possible le temps où apparaît pour la première fois J'arcane ecclésiastique, contre M. Zahn qui croit qu'Origène et Tertullien ne le connaissaient pas encore, et que ce serait une insiitution postconstantinienne. Voyez Zahs, • Glaubensregel und Taufbekenutniss in der alten Kirche » dans la Zeilschrift fur kirchliche Wissenschafl , 1881, p. 30i-3i4. l/opinion de Zahn est aussi celle de M. A.nricii, Das antike Myslerienwescn in seincm Einfluss auf das Christenlum (Gôttingen 18^)»), p. 4î9 : Anrich estime que l'arcane a cependant ses racines dans un âge plus ancien que celui de Constantin, mais, à son jugora(.nt, les témoignages de Tertullien et d'Origènc qu'on fait valoir pour prouver l'existence de l'arcane ne prouveraient rien. BouNvetscli. dans la Realencyklopâdie, t. II, p. 54, ne pense pas qu'on puisse affirmer rien d'assuré pour le m* siècle. Kattenbusch, liât aposloliche Symbol, Verbreitung und Bedcutung des Taufsymbols (Leipzig 1900;, p. 176-179. ne croit pas qu'Origène ait été sous le régime de l'arcane. dont il attribue la formation à la seconde moitié du iii« siècle pour le plus tôt. Voyez Flnk, art. cit., p. 6J-70. Là même, M. Funk me cite comme attribuant à Origene des affirmations contraires à l'existence de l'arcane : il y a erreur, puisque je tiens Origène pour un témoin de l'arcane, et je crois, comme M. Funk, que Tertullien en est un autre témoin. Nous sommes donc, M. Funk et moi, bien d'accord.
J'ai cité dans les quatre premières éditions de ce volume d'Etudes^ \p. 19) un texte de Tertullien, pris au De oralione,^*, sur l'interprétation duquel M. Funk, art. cit., p. 87, m'a fait une observation très fondée. Dans ce texte, en effet, Tertullien représente que nous devons prier en tout lieu, conformément à la parole de saint Paul (1 Tim. I, i}. A l'appui de cette parole, Tertullien rappelle que les
Elle est un fait accompli au temps d'Origène, qui l'exprime bien, lorsque, prêchant devant toute l'église assemblée, il suspend son développement au moment où il serait amené à parler de l'eucharistie. Saint Justin s'adressant au sacré sénat et à tout le peuple romain, avait parlé sans réticence de ce qu'Origène traite maintenant par prétention en prêchant dans une église. Le Christ, vrai pontife, dit Origène, vous a réconciliés par son sang à son Père, non pas un sang matériel, mais le sang du Verbe, le sang de celui qui disait : « Ce sang est le mien qui sera répandu pour vous en rémission des péchés. » Et Origène, comme s'il en avait déjà trop dit, s'arrête : « Quiconque parmi vous a été initié aux mystères connaît la chair et le sang du Verbe de Dieu : n'in-
apôtres ont prié et chanté en la présence de leurs gardiens, et que saiut Paul lui-même a célébré l'eucharistie sur le navire en laf présence des matelots et des passagers. Bonne preuve qu'on peut prier en tout lieu. J'avais conclu de là : où est donc la loi de l'arcane pour Tertullien, si à ses yeux l'apôtre peut célébrer l'eucharistie ainsi? M. Funk me fait observer que ce sont là deux cas d'extrême néressité où c'est tant pis pour l'arcane.
Il convient d'ailleurs de distinguer entre l'arcane absolu des mystères païens, qui n'a jamais existé dans le christianisme, et un certain arcane dont TerluUien est le premier témoin.
Tertullien écrit, en effet : * Sed quomodo omni loco [orare iubemur], cuM PROHiBEAML'R IN puBLico? Omni, inquit [Paulus], loco quem opportunitas dut nécessitas importaret. Non enim contra praecEPTtM reputatur ab aposlolis factum, qui in carcere audientibus custodiis orabant et canebantDeo, apud Paulum quiinnavi coram omnibus eucharistiam fecit. »
Ainsi parle Tertullien au chap. 2i. Il avait, au chap. l*', parle déjà de ce précepte, qu'il tirait de Mat. vi, 5-6, et qu'il appelle « praeceptum secrète orandi ». Les raisons qu'il donne de ce précepte n'ont rien à voir avec l'arcane païen : nous prierons en secret pour luir l'osienfationpharisaïque. Tel est bien l'esprit de l'Évangile, sans doute, mais prenons garde de condamner même la prière en commun. On conclura que la prière en commun n'est pas une prière en public, el nous voilà à un certain arcAne, praeceptum secrète orandi*
Toutefois l'arcane n'est pas né du précepte invoqué là par Tertullien; il est une conséquence de l'institution du catéchuménat.
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sislons pas sur ces dioscs qui sont claires pour qui les connaît et doivent rester obscures pour qui les ignore ; Noi>it qui mystcriis imbulus est et carneni et sannuinem Vcrbi Dci : non immoremur in his qiiae scicntibus nota sunt, et i-norantibus patere
non possunt *. » ^
Ainsi s'exprime Origcne dans une lior.iMic pnchce devant toute l'église, devant les fidèles et les caléchumèncs. Observez comme ses réticences ont l'apparence d'un artifice. Car si, devant les catéchumènes, il doit se taire de tout ce qui concerne 1 eucharistie, il ne laisse pas de donner à entendre que les mvstères auxquels ont été initiés les fidt-les ont pour Jbjet le corps et le san.tr du Verbe de Dieu immolé sur la croix pour la rémission des pèches, et voilà déjà plusieurs articles du symbole joints à une indication assez claire sur l'eucharistie. Si donc désormais dans la prédication ecclésiastique on reserve, le programme propre de la catéchèse, c'est par une convention bien factice. De plus, et ceci est capital, cette réserve aiïecte la prédication ecclésiastique, mais non l'enseignement écrit, car en tel autre passage, non plus de ses homélies, mais de sescommenlai'res Origène expliquera longuement et dans tous les détails, le mystère qu'il déclarait réserver quand il prêchait^. Or ces commentaires n'ont rien d esotérique et d'arcane. Origène même en tirera un argument contre Celse, qui reprochait au christianisme d'être secret : « Notre doctrine est secrète, allons
1. In Levit. hornil. IX, 10. Cf. XIII, 3 et In Gen. homil. XVII, 8; In Num. homil. V, 3; In ludic. homil. V, 6, etc. , .. , ,.;«-tî
2 voyez In Mai. comment, ser. 85-86, où Origène traite delmstituUon de l'eucharistie.
donc! Tout l'univers connaît la prédication (xrjpuyrjia) des chrétiens mieux que les opinions des philosophes.. Qui donc ignore la conception virginale de Jésus?' Sa crucifixion, sa résurrection, le jugement à venir qui punira les pécheurs et récompensera les justes? Le mystère de la résurrection est connu, et même il est tourné en ridicule par les infidèles. Après cela, dire que notre doctrine est secrète, c'est dire une absurdité ^ » Mais que dans le christianisme tout ne soit pas exotérique, que certaines choses ne soient point hâtivement répandues dans le public, cela est commun aux chrétiens et aux philosophes^.
La mise à part des catéchumènes, attestée au iii^ siècle, pour Carthage, par Tertullien, pour Cesarée et Alexandrie, par Origène, a introduit dans la prédication ecclésiastique cette convention, qui veut qu'on ne parle point des « saints mystères » devant eux, et dans la liturgie cette règle qui veut qu'on ne la célèbre pas eux présents.
L'institution du catéchuménat a donc donné naissance à cette discipline observée désormais dans la liturgie et dans l'homilétique vis-à-vis des catéchumènes. Combien il y a loin de cette discipline au secret des mystères païens comme à l'arcane ima-
1. Contra Cels. I, 7. Cf. Clem. Al. Paedagog. I, 6 (P. G. VIII, 289 B.> et Quis dives, 23 (IX, 628 D).