‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 39 sur 142 · Sim. IX · texte numérisé non relu

Sim. IX

•s ÉTL'DES D'HISTOIRE

commet un adultère. En Romain qui sait que l'adultère entraîne la répudiation, Hermas se demande si le mari pèche en continuant de vivre avec sa femme coupable. La réponse est qu'il ne pèche pas, tant qu'il igriore radultôre de sa femme; mais s'il en a connaissance et si sa femme ne se convertit pas, mais persévère dans sa conduite coupable, il doit la répudier et vivre seul. Que si sa femme, après avoir été répudiée, se convertit, fait pénitence et veut revenir à son mari, son mari doit la recevoir, et, s'il ne la reçoit pas, il commet un grand {>éché. Car « il faut recevoir celui qui a péché et qui se convertit » de son péché * . Et son mari, après l'avoir répudiée, n'a pas la faculté de prendre une autre femme, pour cette raison, non pas que le premier •mariage demeure, mais que le mari, prenant une seconde femme, ravirait à la première l'occasion de se repentir, si indiscutable est pour Hermas le droit de l'adultère au pardon.

Que le meurtrier ait droit aussi au pardon, c'est ce qu'établit au mieux un récit rapporté par Clément d'Alexandrie et emprunté par lui très certainement à renseignement des presbytres d'Asie '. 11 est peu de récits plus populaires. Lorsque l'apôtre Jean fut revenu de l'île de Patmos à Ephèse, sollicité de tous côtés, il allait visiter les localités voisines peuplées de païens, tantôt pour établir des évêques, tantôt pour admettre dans le clergé les fidèles que l'Esprit-Saint

i. Afand. IV, 1.

2. Quis dites salvelur. Ce récit n'a rien de commun arec la zsflooo; 'Iwavvou. et le pseudo-Abdias le tient de Clément par l'intermédiaire de Ruûn et d'Eusèbe (U. E. III, ■23). Clément le donne comme un ).6yov TîapaôcSoaévov xa; avr.y.T; rEr'jÀaytiévov; un récit traditionnel et oraL

ET DE THÉOLOGIE POSITIVE. «a

désignait, tantôt pour organiser entièrement des Églises. Il vint ainsi à une ville peu éloignée, « dont quelques-uns disent le nom ». L'apôtre y remarqua un adolescent, beau de visage et de caractère ardent, qu'il recommanda solennellement à l'évoque. « Le presbytre, ayant pris l'adolescent dans sa maison, le nourrit, l'éduqua et finalement l'initia [aux saints mystères] ; après quoi, il se relâcha de ses soins et de sa vigilance, pensant que le sceau du Seigneur était une suffisante sauvegarde. » Le jeune homme fut entraîné par des adolescents de son âge, oisifs et dissolus : ce furent d'abord des banquets, puis des courses nocturnes pour détrousser les passants ; enfm, « méconnaissant entièrement le salut de Dieu, et ne voulant plus rien que de grand dans le crime même, il réunit ses amis, forme une bande de brigands dont il prend la conduite et devient sans rival dans la violence et le crime. » Quand l'apôtre Jean revint et qu'il demanda à l'évêque ce qu'il avait fait du dépôt confié à sa garde, l'évêque ne put que répondre en pleurant : « Celui-là est mort. » Et comme Jean demandait de quelle mort : « Il est mort à Dieu, » répondit l'évêque.

Ce récit est trop connu pour que nous ne l'abrégions pas. L'apôtre Jean court à la recherche du jeune homme, qu'il trouve dans la montagne au milieu de sa troupe. Mais le jeune homme à la vue de l'apôtre prend la fuite. Et Jean courait après lui de toutes ses forces, oublieux de son âge, criant : « Pourquoi fuistu, mon enfant?... Je suis ton père, aie pitié de moi, mon enfant, lie crains rien, tu as encore l'espoir de vivre... » L'autre « s'arrêta, baissant les yeux; ensuite il jeta ses armes; puis, tremblant, il se mit à

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pleurer amèrement, et, tombant dans les bras du vieillard, ses sanglots étaient toute son apologie, ses larmes le baptisaient une seconde fois » ^

Adultèrt'S et meurtriers peuvent donc retrouver la vie qu'ils ont perdue. Ilermas n'exclut pas les apostats, mais pour ces derniers il distingue les espèces de leur apostasie. Il accorde la faculté de se convertir aux chrétiens qui ont renié le Seigneur, pourvu qu'ils ne l'aient pas renié de cœur. Et, de peur que cette casuistique ne fausse la règle du devoir, Hermas marque que cette faculté vaut pour le passé et non pour l'avenir^.

Toutefois on ne conçoit pas que l'exercice de cette miséricorde divine soit sans condition et, pour ainsi dire, à la seule merci du pécheur. Que le pécheur se convertisse de tout son cœur, mais qu'il ne croie pas que ses fautes lui sont remises aussitôt, car il n'en est « pas tout à fait » ainsi. Nos moralistes du second siècle distinguent la conversion ({xiTavoia) et la guérison (laaiç) : la première est l'œuvre de l'homme pécheur, la seconde est le don de Dieu. II faut que, une fois converti, le pénitent fasse souffrir son âme : il faut qu'il l'humilie; il faut qu'il la mortifie. C'est seulement après ces épreuves que Dieu lui donnera la guérison. Ce mot de guérison revient à mainte reprise sur les lèvres d'Hermas. Il la comprend comme une intervention de Dieu. Car à « Dieu seul » il appartient de guérir, lui seul étant tout-puissant. Au pécheur il appartient de se purifier de ses actions mauvaises et de n'ajouter plus une faute aux fautes

i. Hermas {Sim. VIII, 6, 3) présente de même la fie-ravoia comme une spc«*nde crçparl;. Cf. Sim. IX, 16, 2-4. 8. Sim. IX, 86. Cf. / Clein. UX, L.

ci-devant commises : à ce prix, il recevra « la guérison de ses péchés anciens » . Cette purification laborieuse, placée ainsi entre la conversion du pécheur et sa guérison, contient en germe les éléments satisfactoires de la discipline pénitentielle à venir ^.

Cette doctrine n'est pas particulière à Hermas. Elle se retrouve dans le beau récit de Clément d'Alexandrie sur le jeune meurtrier ramené par l'apôtre Jean, Car il n'a pas suffi à l'apôtre de voir couler les larmes de repentir, ni à Clément d'ajouter que les larmes du jeune homme le baptisaient une seconde fois. L'apôtre, en effet, ramène le pécheur à l'Église, et alors commencent les exercices de la purification laborieuse : Jean conjure Dieu par des prières persévérantes, il rivalise avec le péniteùt de jeûnes continuels, il restaure sa conscience par des entretiens touchants, et il ne le quitte que quand il l'a restitué à l'Eglise. Ici toutefois s'accuse une nuance sensible déjà chez Hermas : ce travail de l'âme sur elle-même est moins une satisfaction donnée à Dieu qu'une cure méthodiquement conduite. Clément d'Alexandrie voit dans le retour du jeune homme à l'Église « un grand exemple de conversion et une grande leçon de palingénésie ».

Conversion et guérison sont les deux termes fermement posés par eux. Hermas, qui est le plus près de la rigueur ancienne, ajoute un autre terme, une autre condition : on ne peut se convertir qu'une fois, La femme adultère doit être pardonnée si elle se

1. Sim. IX, 23, 5; Sim. Vni, H ; Sim.W, 7, 3; surtout Sim. VII, 1. Sur ce dernier passage, MM. Gedhardt et H.arnack mettent la note suivante : « Habes hic initia perversae illius ecclesiasticae disciplinae, çuam postea Romani late excoluerunt ».

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convertit, car « il faut recevoir le péchenr rpii se convertit, niais sans excès, puisque pour Icfi s^rvileurfdc Dieu il est une conversion, une seule* ». La crainted'excéder dans l'indulgence a sugj^éré celte restriction arbitraire, d'autant plus arbitraire qu'elle est attribuée à Dieu. Elle n'implique pas une disposition juridique de l'Église, une discipline. Non, la gùérison du converti est, pour Diou même, conditionnelle : ■« Garde-toi, dit le Pasteur, et le SeigTieur miséricordieux te guérira, à condition que désormais tu ne souilles plus ni ta chair, ni ton esprit : garde-toi pur, et tu vivras pour Dieu'. » On comprend dès lors que le pécheur, converti de ses fautes, vive désormais dans une expiation de tous les instants. Irénée parle de femmes qui, après être tombées dans l'hérésie et dans la fornication, sont revenues à TÉglise, mais ont passé tout le reste de leur vie dans les gémissement» et les larmes'.

En dépit de ces restrictions, le principe est affirmé du droit au pardon pour le chrétien failli. Hermas l'affirme au nom du presbytérat romain et de la conscience chrétienne. Mais lencratisme est encore trop répandu, il s'accorde trop bien avec le pharisaïsme qui est l'ivraie de toute forte vertu, pour ne pas faire ^chec longtemps à la doctrine indulgente et pour ne l'obliger pas à des restrictions, nous venons de le fÇ)ir, et aussi à des controverses. Parmi les lettres de

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