Dogmengeschichfe, 1. 13, p
i. Adv. Marcion. IV, 9.
fornication, vol, blasphème, idolâtrie, ivrognerie. En réalité, pour Tertullien lui-même, trois péchés sont irrémissibles : Tidolâtrie, la fornication et l'homicide.
Tertullien dit irrémissibles, mais nous croyons que ce vocable est montaniste plutôt que catholique. Observons, en effet, que dans le De paenitentia Tertullien catholique ne prononce pas le mot irrémissible. Il enseigne même expressément que le pécheur qui se soumet à Fexomologèse publique est sûr de la rémission de sa faute auprès de Dieu, puisque la compassion de l'Église émeut infailliblement le Christ qui intercède infailliblement auprès du Père. Mais dans le De pudicitia Tertullien montaniste n'est plus si affirmatif : l'exomologèse est demeurée la même, et Tertullien y soumet les homicides, les adultères et les idolâtres, c'est-à-dire les pécheurs coupables des fautes qu'il qualifie d'irrémissibles. Tertullien, en effet, nous montre l'adultère aux portes de l'Église, arrachant des larmes à ses frères, gagnant la compassion de tous (m, 5), et à ses côtés le meurtrier et le renégat (v, 14) : « Pariter de paenitentiae officio sedent y>, tous trois revêtus d'un sac, couverts de cendre, gémissant une même plainte, implorant d'une même prière, suppliant à genoux. Et plus loin (xiii, 7) voici l'adultère revêtu d'un cilice, recouvert de cendre, prosterné aux pieds des presbytres et des veuves, arrachant des larmes à tous, s'attachant aux genoux de tous. C'est bien là l'exomologèse publique. Mais maintenant Tertullien montaniste n'écrit plus, comme quinze ans plus tôt, que cette exomologèse assure infailliblement la rémission. Le pénitent n'obtient guère auprès de l'Église que le dommage d'être dif-
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fainô : « ,.. ieiunas pacis lacrinias profusurin, née aniplids ab Ecclesia quant puhiicationem dedecoris relaliiris » (i, 21;. Et le Christ, qui autrefois priait son Pt;rc en fav(Mir du pénitent, ne prie plus : a llorum ultra exorator non erit Chrislus » xix, 25,. La pénitence seconde ûLait induliitablement pour les péciieurs, sans exception pour les plus coupables : aujourd'hui Tertullien pose des exceptions, et, se fondant sur lï'pîtrc aux Hébreux, dont il fait une épître de saint Barnabe pour donner ainsi plus de crédit à cette pièce alors anonyme, il déclare que ce disciple instruit par les apôtres n'a pas connu de pénitence seconde pour l'adultère : « Nunquam moecho et fornicatori secundo m paenitentianipromissam ab apostolis norat » (xx, 5,.
La contradiction est llagrante entre Tertullien catholique et Tertullien montaniste. Mais l'on voit aisément le point de départ de cette contradiction. La discipline catholique admettait Texomologèse et lui attribuait une elTicacité certaine ; elle encourageait le pécheur à s'y soumettre, en lui assurant le gain du pardon : mais elle se refusait à prononcer elle-même f absolution de certains pénitents. Tertullien conclut: le péché est donc irrémissible et nul autre que Dieu ne le remet. Les catholiques se contentent de dire : le péché est réservé à Dieu, et il est réservé par l'Église.
Le refus par lÉglise d'absoudre lidolàtrie, l'adultère et l'homicide, constitue, en effet, trois cas réservés.
M. Preuschen, se fondant sur des textes du Talmud, a voulu trouver dans la morale juive l'origine de cette sélection et voir là une influence juive sur la
morale chrétienne : on ne saurait guère chercher plus loin^ Au vrai, du moment que cette sélection n'est point dans le Nouveau Testament, on fera prudemment d'y voir une création ecclésiastique, et ce que nous savons de la morale ecclésiastique au second siècle autorise peut-être à tenir cette création pour tardive. Mais cette réserve des trois cas est un acte disciplinaire auquel on voulut donner un fondement apostolique, et de là une interpolation curieuse dans un texte des Actes des apôtres, lequel n'était ni plus ni moins que le décret dit du concile de Jérusalem [Act. XV, 28-29). Voici le texte tel que le lisait Tertullien :
Visum est Spiritui sancto et nobis nullum amplius vobis adicere pondus quam eorum a qui bus necesse est abstineri, a sacrificiis et a fornicationibus et sanguine. A quibus observando recte agitis vêtante Spiritu sancto 2.
En le lisant ainsi, on altérait tendancieusement l'original, on snhsiiiudiit foT'nicationibus à suffocatîs, on rajeunissait le décret apostolique et on l'appliquait, ainsi rajeuni, à une situation nouvelle. C'est la plus ingénieuse des fausses décrétales.
Tertullien a été dupe de ce faux ^. Lui qui est
1. E. Preuschen, TertuUians Schriften De paenitentia undDepudieitia, mit Rûcksicht auf die Bussdisziplin untersucht (Giessen 1890), p. 34-35.