‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 49 sur 142 · ÉTUDES D'U1ST01II · texte numérisé non relu

ÉTUDES D'U1ST01II

l^remièremenl, la pénitence de raclullcre sera temporaire.

Callislc fait valoir en faveur de cette indulgence que Dieu, très bon, met la miséricorde au-dessus du sacrifice; qu'il veut moins la mort du pécheur que sa repentance ; qu'il veut le salut de tous les hommes, et surtout des fidèles (ii, 1)*. Calliste s'appuie sur la parabole de la brebis égarée que le Seigneur cherche et qu'il rapporte sur ses épaules (vu, 1); sur la parabole de la drachme qui s'est perdue dans la maison, c'est-à-dire dans l'Eglise, et qui est retrouvée à la lumière de la lanterne, c'est-à-dire du Verbe de Dieu (vu, 10). Il insiste sur la parabole de l'enfant prodigue : le fils aîné est la figure du peuple juif; mais le fils prodigue est le chrétien, qui, ayant reçu de Dieu le Père la fortune du baptême, s'en est allé loin du Père, a vécu comme un païen, s'est mis au service du prince de ce siècle, a été mis par lui à la garde des pourceaux; puis il est revenu vers son Père, et alors il a recouvré sa tunique d'autrefois, c'est-àdire le revêtement de l'Esprit saint, et son anneau, c'est-à-dire le sceau du baptême; « Rccuperahit... i>estempj'iorem, indumentum Spiritiis sancti^ et anulum denuosignaculum lavacriy> (ix, 9-11). Calliste fait état de ce que le Sauveur a permis à la pécheresse de

1. M. Ri^LfFs joint à ces premières raisons celles qne Calliste tire du texte Tu quis es ut servum iudices, — de la parabole de la zizanie, — de la ûgure de i'arclie de Noê, — mais ces raisons n'ont rien à voir avec la rentrée d'un pécheur que nous supposons absous. Nous verrons plus loin comment ces considérants ont trait à un autre point de discipline.

baigner ses pieds de larmes, et aussi de ce que le Sauveur a conversé avec la Samaritaine (xi). Notons que Calliste ne fait aucun usage du fait de la femme adultère, qui aurait été bien plus probant pour sa thèse. Il fait état de l'incestueux de Corinthe. Cet impudique a été par saint Paul livré à Satan « in interitum carnis ». Cela signifie d'après Calliste, la pénitence, « officium paenitentiae », car les jeûnes, la malpropreté, les mauvais traitements subis pailla chair dans la pénitence, sont une satisfaction offerte à Dieu. Et ainsi l'impudique a été livré à Satan, non pour périr, mais pour s'amender et pour être pardonné (xiii). Enfin Calliste fait appel au témoignage de l'Apocalypse, où la femme Jézabel reçoit de l'Esprit de Dieu cet avertissement qu'un temps lui est donné pour se repentir de ses fornications ; ses amants et elle seront écrasés dans leur couche même, s'ils ne font pénitence de leurs œuvres (xix).

Pour ces motifs Calliste conclut (i, 6) : « Ego et moechiae et fornicalionis delicta paenU teniia functis dimitto. »

Il est piquant d'observer que les arguments que fait valoir Calliste sont pour la plupart ceux que faisait valoir Tertullien lui-même dans leDepaenitentia. Les paraboles de la brebis perdue, de la drachme égarée, de l'enfant prodigue, Tertullien les avait commentées dans ce sens. De même les reproches adressés aux Eglises de l'Apocalypse. Calliste n'a guère en propre que l'argument qu'il tire du fait de l'incestueux de Corinthe, argument d'ailleurs de nulle valeur, comme le lui reproche judicieusement Tertullien, puisque le chrétien que Paul pardonne dans la seconde épître aux Corinthiens n'est pas

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rinccstucux qu'il a condamné dani la première.

Terlullien avait déduit de ces argumenta la faculté pour le pécheur d'6tre pard<jnné par Dieu, tandis que Calliste en déduit le pouvoir pour l'Eglise de remettre Tadultére dès ce monde. TertuUien s'indigne de la conclusion de Calliste : si Ion remet l'adultère, pourquoi pas l'idolâtrie et l'homicide? Et en effet, il n'y a pas de raison de foi divine de remettre l'un et de retenir les autres'. Mais ici la logique est pour Calliste. Car, une fois posé le principe de la miséricorde en Dieu, une fois concédé au baptisé failli l'espoir du pardon divin, les restrictions mises par les rigoristes à l'exercice de cette miséricorde et à ce droit au pardon sont arbitraires et uniquement dictées par l'appréhension des conséquences que peut entraîner le principe juste qu'ils ont admis.

A plusieurs des invectives de TertuUien dans le De pudicitia, on peut conjecturer que Calliste faisait valoir des arguments d'ordre pratique, pour légitimer la miligationpar lui édictée de la discipline. Si la pénitence ne donne point le pardon, à quoi bon faire pénitence? Ainsi parlaient les pécheurs. Il ne faut, continuaient-ils, rien faire de vain : or vaine sera la pénitence, si elle ne donne point le pardon. Mais, au contraire, c'est un précepte qu'il faut faire pénitence : elle donnera dpnc le pardon (m, 1-2). — TertuUien, en répondant à cet argument, oublie que dans le De paenitentia, il a présenté l'exomologèse comme un moyen efficace d'obtenir le pardon de Dieu : l'assemblée des fidèles était saisie de compassion à la vue du pénitent en larmes ; le Christ

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