‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 5 sur 142 · A. D'ALàs, Ledit de Calliste (1914), p · texte numérisé non relu

A. D'ALàs, Ledit de Calliste (1914), p

àVANT-PROPOS DE LA SIXIÈME ÉDITION. xix

Huius vero potestatis usum, cum in eiusdem Eccle- «iae arbitrio positus sit, varie temperatum et administratum esse non dubium est, et ad continendam sanciendamque disciplinam severioribus interdum legibus et institutis adstrictam.

En fait, est-il prouvé que, au moment où Calliste fulmine son édit, certains prétendaient refuser le pardon et la réconciliation aux adultères ou fornicateurs, aux apostats, aux homicides? Nous en avons pour preuve (abstraction faite de Tédit de Calliste même) le témoignage de saint Cyprien écrivant {Epis t. lv, 21) :

Et quidem apud antecessores nostros quidam de episcopis istic in provincia nostra dandam pacem moechis non putaverunt et in totum paenitentiae locum contra adulteria cluserunt. Non tamen a coepiscoporum suorum collegio recesserunt aut catholicae Ecclesiae unitatem vel duritiae vel censurae suae obstinatione ruperunt, ut, quia apud alios adulteris pax dabatur, qui non dabat de Ecclesia separaretur.

Ainsi en Afrique proconsulaire, sous des prédécesseurs directs de Cyprien, il s'est rencontré certains évêques pour estimer qu'ils devaient refuser la paix aux fornicateurs et exclure absolument les adultères de la pénitence ecclésiastique. Ces évêques ne se séparèrent pas pour autant de l'unité catholique en s'obstinant dans leur rigorisme, et il arriva de la sorte que « apud alios adulteris pax dabatur », et que

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dans d'autres Eglises on la refusait. Cyprien ne pose pas à ce propos d<i question de principe : il estime que refuser la paix aux adultères est une dureté; au nom de l'indulgence qu'il professe, il ne condamne pas les évoques rigoristes; il se félicite que ses prédécesseurs sur le siège de Garthagc n'aient pas rompu avec eux.

Cette divergence entre évoques sévères et évoques miséricordieux fut-elle particulière à l'Afrique proconsulaire? Non. L'édit de Calliste, en effet, suppose que l'évoque de Rome a eu à se prononcer sur le môme cas qui s'est posé en Afrique, et qu'il s'est prononcé dans le môme sens que Tévêque de Carthage. Il n'aura rompu la communion avec aucun évêque, mais il aura affirmé son sentiment fortement : « Ego et moechiae et fornicationis delicta paenitentia func" lis dimitto. » Que d'autres évoques refusent la paix aux fornicateurs, moi, évoque de Rome, je la leur accorde. Or, que le parti rigoriste fût très fort à Rome même au moment où Galliste se décida à le désavouer, l'auteur des Philosophoumena, Hippolyte, le dit sans ambages : « Le premier, Galliste s'avisa d'autoriser le plaisir, en disant qu'il remettait à tout le monde les péchés » (ix, 12). Et encore, parlant des sectateurs de Galliste : « Sans égard pour le Ghrist, ils laissent commettre le péché, se vantant de le

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remettre aux âmes bien disposées » (ibid). Hippolyte, certes, n'est pas recevable.à dire : Calliste a été le premier à donner la paix aux adultères, puisque le Pasteur d'Hermas la donnait déjà. Nous conclurons donc que, à Rome, sur la fin du second siècle, l'autorité du Pasteur s'était éclipsée, le rigorisme infiltré, et qu'il fallut le vigoureux coup de barre de Calliste pour restaurer l'indulgence pénitentielle, fut-ce au prix d'un schisme, le schisme d'Hippolyte.

Tertullien témoignera à son tour. Le Depudicitia est un pamphlet contre l'édit de Calliste. Des divers arguments qu'il pousse contre l'évêque de Rome, nous voulons retenir seulement le texte du décret des apôtres {Act, xv, 28-29) que Tertullien cite dans la forme que voici [De pudic. XII, 4) :

Yisum est, inquiiint, Spîritui sancto et nobis nullum amplius vobis adicere pondus quam eorum a quibus necesse est abstineri, a sacrificiis et a fornicationibus et sanguine. A quibus observando vos recte agetis vêtante Spiritu sancto.

Tertullien entend le sang du sang humain : il obtient ainsi la solennelle interdiction par les apôtres de l'idolâtrie, de la fornication, de l'homicide, et il déclare que, tous les autres péchés étant défendus, ces trois sont irrémissibles par l'Eglise : « Non quod alla oermittant, sed

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quod haec sola praeponant utlqut non r mis^ sibilia. » Il ajoute que les Églises sont d'accord pour refuser la paix aux apostats et aux homicides : u Illnc est quod neque idololatriae /i«que sanguini pax ab Ecclesiis redditur. » II conclut que l'on n'a pas le droit d'accorder un traitement plus favorable aux adultères. Tertullien en appelle à la pratique des Églises : elles refusent la paix aux apostats et aux homicides, donc elles doivent la refuser pareillement aux adultères.

Nous nous garderons de dire que dans les Églises l'usage était, soit traditionnel, soit universel, de refuser la paix aux fornicateurs, mais nous dirons qu'il était en passe de faire violence à la miséricorde du pouvoir des clés, au moment où Calliste estima nécessaire d'intervenir par son édit. Si l'on avait toujours pris la peine de lire notre étude sans en négliger les nuances, on se serait rendu compte que les atténuations que l'on a proposées depuis à la doctrine de Funk étaient justement celles que nous avions proposées. Ce disant, je ne pense pas à la dissertation de G. Esser *, professeur de théologie catholique à Bonn, le même qui a signé les // n'est pas vrai du manifeste des 93 intel-

1. Die Bassschriften Tertuîlians... and dos Jndulgenzedikt des Papstes Kallistus (Bonn 1904).

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lectuels allemands de septembre 1914 : celui- jà ne nous avait pas fait la grâce de prendre en considération notre étude sur les origines de la pénitence. Je pense à G. Rauschen, professeur à la même faculté, qui modestement s'est imp "ovisé l'arbitre des controverses récentes sur Teuebaristie et la pénitence ^. Que l'on veuille bien consulter la traduction italienne que le P. Bonaccorsi a donné du livre de Rauscben, et les notes additionnelles où le traducteur a relevé les erreurs d'interprétations commises à mon seul sujet, en particulier celle où, perdant presque enfin patience, il déclare que « da vari indizi si sarehbe quasi tentati di credere qiCegli (Rauschen) non abbia letto o almeno utilizzato seriamente se non Vepilogo del Batiffol stesso » (p. 201), on estimera peut-être que nous avons quelque droit de dire que les nuances de nos vaes ont pu échapper à des juges expéditifs.

Le livre du P. d'Alès, VÉdit deCalliste (1914), est d'une tout autre valeur que ceux d'Esser ou de Rauschen, ne serait-ce que par l'étendue de son enquête. Le théologien parisien a-t-il réussi à dissiper « l'extrême confusion » qui, à l'en croire, régnait en la matière quand il y est

1. Eucharistie und Busssakrament in den ersten sechs lahrhunderten der Kirche (Freiburg 1908). L'Eacarestia e la Penitenza ne' primi sei secoli délia Chiesa (Firenze 1909),

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entré? En réalité, la confusion n'était pas telle, mais peut-ôtre aurait-il j>lus efficacement encore contribué à dissiper celle qui persistait du fait de certains extrémistes, s'il avait lui-m^me mis davantage en lumière les points si nombreux où il nous donne raison, et moins affecté de nous combattre. J'ai lu son livre avec soin; en ce qui concerne Origène, il m'a paru avoir tiré au clair le sens d'un texte du De oratione qui faisait jusqu'ici difHculté, et on verra que j'ai accepté rinterprétation du R. P. Mais on ne sera pas surpris que je maintienne, contre Esser, le fait que le rigorisme excluant l'adultère, l'apostasie et l'homicide du bénéfice de la réconciliation par la pénitence, était, quand Calliste intervint, un courant menaçant à l'intérieur môme de la grande Eglise.

Le R. P. dit-il d'ailleurs autre chose quand il écrit (p. 239-241) : « Que reste-t-il, en somme, des assertions de Tertullien relatives au refus de rémission des péchés ? Il reste un fait qui a laissé d'autre part quelques traces dans l'histoire, c'est l'existence, vers le début duii" siècle \ d'un courant rigoriste : plusieurs évéques de la communion catholique refusaient toute réconciliation aux impudiques, au moins jusqu'au danger

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