Indulgenz-Edict, p
104 ÉTUDES DlilSTOIRE
nous avons VU Tertullicn roprocher à Calliste d*avoi^ invoqués clans son édit. « Si quelqu'un, constitué dans l'ordre ecclésiastique, contracte mariag^e, il demeurera dans la charge de son ordre comme s'il n'avait pas péché, car c'est de ce cas que lap/lttre a dit : Qui cs-tu pour juger le serviteur dautrui? A ce cas encore se rapporte la parabole de la zizanie : Laissez la manie grandir avec le blé, c'est-à-dire laissez le pécheur dans l'Eglise. L'arche de Noé, dans laquelle il y a des chiens, des loups, des corbeaux, tous les animaux purs ou impurs, n'est-elle pas aussi une figure de l'Kglise? Voilà l'Eglise, disait Calliste. Et il interprétait tout dans ce sens. » Il est clair que le texte Tu guis es qui iudices alienum servum^ ne peut avoir trait aux pécheurs soumis à la pénitence publique, puisque précisément ces pécheurs se soumettent au jugement de tous : ce texte, au contraire, convient très bien aux membres de la hiérarchie que l'édit entend soustraire au jugement, à la condamnation de tous ; de même la parabole de la zizanie et la similitude de l'arche ne convient pas à des pécheurs que l'on absout, quoique la conclusion soit ici moins rigoureuse. En toute hypothèse, il reste que ces motifs rappelés par les Philosophoumena sont de ceux aussi que rappelle le De pudicitia : c( Filios Dei miséricordes et pacifîcos esse oporte' bit,... non iudicantes ne iudicemur : ... Tu guis es ut sen^um iudices alienum » (ii, 2). Pour cette raison, M. Rolffs n'a pas hésité à attribuer à l'édit l'interprétation du Sinite zizania et la similitude de l'arche, fournies par les Philosophoumena : pourquoi n'y pas inclure les dispositions concernant les membres de la hiérarchie ?
On dira : Comment alors expliquer que Tertullien, aussi animé contre Calliste que peut l'être Fauteur des Philosophoumena^ n'ait pas combattu Calliste de ce chef? — S'il est vrai, comme il semble bien, que la dernière partie du De pudicitia nous manque, on peut conjecturer que c'est sans doute dans cette dernière partie que Tertullien, après avoir attaqué les pouvoirs reconnus aux martyrs, attaquait l'exemption des évoques, des prêtres et des diacres. Quelle arme contre les catholiques pour un montanisteî Quelle occasion de critiquer ce clergé et son ministère de gouvernement, si différent de l'idéal de « rhomme spirituel » que le Paraclet et ses charismes se vantaient de produire dans le montanisme? Quel triomphe pour cette continence que l'Esprit réclamait de ses fidèles? On n'a qu'à lire le De monogamia^ 0^ Tertullien combat les secondes noces, pour se rendre compte des invectives qu'il aurait adressées aux Psychiques : « Prospiciebat Spiritus sanctus dicturos quosdam : Omnia licent episcopis! Sicut ille {'ester Uthinensis nec Scantiniam timuit. Quoi enim et digami praesident apud vos, insultantes utiquè Apostolo^ ... »
Les Philosophoumena du moins expriment quelque chose des sentiments qui ont dû être ceux de Tertullien, quand ils dénoncent Calliste comme un corrupteur des mœurs. A partir de son pontificat, disent-ils, on vit recevoir dans les ordres des évêques, jdes prêtres, des diacres, qui avaient été mariés deux fois, trois fois. Et reprenant toute la controverse du De pudicitia^ lePhilosophouméniste écrit : « Ce fourbe
1. De monogamia, 12. Il est fait allusion à l'évêque (catholique) dUlhitta,en Afrique. La loi Scantinia est celle qui condamne les pédérastes.
K>6 ÉTUDIûS D'JllSTOiUB
[qu'était Callistc] a formé contre l'Église une école : le premier il a osé déclarer permises toutes les impudicités, quand il a enseig^né qu'il remettait les péchés. Que quelqu'un, dans quelque secte chrétienne que ce soit, se rencontre qui ait péché, son péché ne lui sera plus imputé, pourvu qu'il vienne k l'école de Calliste. Cette doctrine fut embrassée par beaucoup : on vit des hommes dont la conscience était pleine de remords et qui même avaient été rejetés de maintes sectes, on en vit qui par nous avaient été solennellement chassés de l'Eglise, passer au parti de Calliste et remplir son école... Ses auditeurs se complaisent dans ses principes, victimes, eux et beaucoup d'autres, qui en foule accourent à son école. Le parti de Calliste grandit en nombre et il s'en enorgueillit : les impudicités font son succès, des impudicités que le Christ n'a jamais permises : au mépris du Christ, aucun péché n'est plus défendu, et le Christ est censé pardonner à quiconque veut » Ces déclamations
manquent de la belle rhétorique de Tertullien! Mais elles montrent quel triomphe menait le parti rigoriste de l'indulgence de Calliste, avec cette intransigeance des petites Églises, peu soucieuses de s'adapter aux conditions universelles.
Pour en revenir au point précis qui nous occupe, Calliste, en exemptant les membres de la hiérarchie de la pénitence publique, témoigne que pour les péchés réservés à Dieu, nommément pour lincontinence, il n'existait pas de voie ordinaire conduisant à l'absolution autre que celle de la pénitence publique ^ Ainsi d'un côté, et nous l'avons appris de
i. Les textes dont nous disposons ne nous apprennent rien sur U Yoie extraordinaire par laquelle lei clercs fomicateun se réconci-
TertuUien, le plus grand nombre des pécheurs étaient enclins à se soustraire à cette dure expiation de l'exomologèse et à garder leur péché dans le secret de leur conscience, — premier déficit, — et d'un autre côté Calliste était amené à exempter les clercs de cette même exomologèse pour n'exposer pas la hiérarchie, — deuxième déficit. La discipline existante, imparfaitement adaptée encore à la réalité, appellera de nouvelles précisions.
Nous avons vu quelle opposition indignée l'édit de Calliste souleva chez les montanistes, et aussi chez les rigoristes romains dont l'auteur des Philosophou' mena est le porte-parole. On voudrait savoir par quels sentiments la discipline consacrée par Calliste fut accueillie dans les Églises autres que l'Église romaine ; mais la rareté des documents est pour rendre pareille enquête bien courte.
En Afrique, lorsque, quelque trente ans plus tard, se posera la question de savoir si on doit absoudre les lapsi, saint Cyprien reproduira les mêmes arguments que Calliste, pour défendre la thèse de l'indulgence. Toutefois saint Cyprien ne fera ni mention ni usage de l'édit de Calliste ^ Mais Cyprien témoigne que la question de l'absolution des incontinents avait été soulevée en Afrique vers le même temps qu'à
Itaientà Diea : auv« siècle, l'exemption posée par Calliste subsistant encore, nous aurons à y revenir.