De oral. XXVIII
110 ÉTUDKS DHlSTOinB.
cent la rémissibilitô iïan ^raviora criminn, rémissil)ilité unifiuo, il est vrai, force est d'enUmcIre le texte <lu iJe oratione, non sans doute comme une contradiction que se donnerait ()n\i;itnt à lui-noêrne, mais comme la condamnation d'un abus dans la rémission, pcut-ôtre une rémission sans condition. Je ne croig plus qu'on puisse dire qu'Origène est un témoin de la tendance contraire à celle de Calliste et de saint Cyprien.
Calliste nous amène à redire, en terminant, ce que nous disions d'Hermas : il y a dans les Eglises des controverses, des hésitations, des réactions, mais le développement se fait, continu et lent, avec une suite vitale. 1/Encratismc a été éliminé, le Montanisme a été éliminé, le Novatianisme va être éliminé, cependant que l'organisme pénitentiel fixe ses formes jadis malaisées à reconnaitre.
LA CRISE NOVATIENNE
L'édit du pape Calliste a fixé la doctrine et la discipline sur le pouvoir qu'a l'Église de remettre les péchés que Ton avait cru devoir, avant lui, réserver à Dieu. Le pape Cornélius va être amené à confirmer l'édit de Calliste et à en étendre la compréhension. Mais tandis que Calliste n'a soulevé que des controverses, Cornélius provoquera un schisme.
Sur la fin de 249, un édit publié par Dèce intima Tordre à tous les sujets de l'empire, citoyens, soldats, affranchis, esclaves, d'offrir des sacrifices expiatoires aux dieux : quiconque refuserait d'obtempérer à l'ordre impérial serait incarcéré et soumis à la torture : les magistrats devaient particulièrement veiller à ce que les chrétiens ne se dérobassent pas à ces prescriptions.
C'était ridolAtrie ou la mort, scmhlait-il. Mais, en fait, il se trouva nombre de chrétiens à qui leur rang ou leur fortune donna le moyen de prendre la fuite : Cyprien à Carthage, Novatien à Kome furent de ceux-là. Les autres payèrent de leur tète leur refus de sacrifice, ainsi le pape Fabien exécuté le 21 janvier 250; d'autres furent incarcérés de longs mois, et survécurent à leur comparution, à leur torture, à leur incarcération, ce furent les martijresy les confessores, deux mots alors synonymes; d'autres enfin [lapsi) se soumirent à Tédit, sacrifièrent aux idoles ; ou bien, profitant de la connivence de la police, obtinrent, sans sacrifice, un certificat de sacrifice [libella tici^. Or le nombre des lapsi de ces diverses catégories fut immense*. Novatien pourra écrire : « Aspice totum orbem pêne vastatum, et uhique iacere deiectorum reliquias et ruinas'. »
On était mis brusquement en présence de ce fait inouï que la plus grande partie des fidèles, coupable d'un péché a irrémissible », était maintenant hors de
l'Église.
Un second fait se produisit concurremment, qui fut que les martyres ou confessores, usant de la prérogative dont nous avons constaté l'existence à Lyon avec saint ïrénée, à Rome avec Calliste, à Césarée avec ôrigène, à Carthage avec TertuUien, prirent sur eux de remettre en masse leur apostasie aux lapsi. A Carthage, notamment, les confesseurs emprisonnés voyaient les fidèles les visiter « gloinera-
\. Cyprian. Delapsis.'.
i. Jnter Cypriak. Ejjislid. xix, &
tim et per multitudinem », comme nous l'apprend saint Cyprien [Epistul. v, 2). Or, second désordre, les confesseurs étaient fort nombreux, et, s'il en était d'admirables, il en était aussi de qualité inférieure, vulgaires, glorieux, querelleurs, arrogants, et certains même de mœurs équivoques (xiii, 5). Ils refusaient d'obéir aux prêtres et aux diacres (xiv, 3). En relevant ainsi l'indignité de tels martyrs, saint Cyprien rappelait (en conformité avec saint Irénée) que le pouvoir des martyrs était un simple pouvoir d'intercession par la prière auprès de Dieu : tant valait le martyr, tant valait l'intercession. Mais cette restriction ne suffisait pas , et il était urgent de régler l'usage de cette intercession, sous peine de voir la discipline de l'Eglise échapper aux mains légitimes.
L'équilibre de l'Eglise était donc compromis à la fois par le nombre des lapsi et par l'ingérence des confessores.
A Cartilage, saint Cyprien intervint avec une clairvoyante énergie , d'abord pour limiter la praerogativa martyr um (xviii, 1). Il interdit aux prêtres de rendre la communion aux lapsi sur le simple vu du billet de communion délivré par un martyr. Il voit dans cet acte une offense à l'épiscopat, une méconnaissance de l'extrême gravité de l'apostasie commise par les lapsi. Pour des péchés moindres les pécheurs font pénitence un temps convenable, puis ils reçoivent le droit de communier par l'imposition des mains de l'évêque et du clergé : et ces lapsi ^ alors que la persécution dure encore, seraient reçus à la communion, avant toute pénitence faite, avant toute imposition de mains de l'évêque et du clergé?