‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 59 sur 142 · Epistul. Lix, 8. Cf. LV, T · texte numérisé non relu

Epistul. Lix, 8. Cf. LV, T

ET DE THÉOLOGIE POSITIVE. t31

Le concile de Carthage, qui s'était ouvert au début d'avril 251, fut clos en juin. Les résolutions qui y avaient été votées furent communiquées à tous les évêques des grands sièges, à Rome, à Antioche, notamment.

Pendant ce temps, la cabale des confesseurs, matée à Carthage, portait sur Rome tout son effort. Nous avons noté comment à Carthage elle était ralliée autour de quelques prêtres, dont le leader s'appelait Novatus. Ces prêtres étaient ceux qui avaient entrepris de rendre la communion aux lapsi sur le simple vu du billet de communion délivré par les martyrs : on sait avec quelle énergie Cyprien les avait condamnés, et le concile de Carthage après lui. Le dossier de Novatus était fort chargé, dès avant que s'ouvrît l'affaire des lapsi; son caractère, sa violence, son avarice, des faits plus graves, avaient motivé une enquête que l'ouverture de la persécution interrompit; Cyprien (lu, 2) le représente comme une sorte de Catilina ecclésiastique. Impuissant à Carthage, il passa la mer et survint à Rome pendant la vacance du siège, au moment où Novatien était le prêtre le plus marquant et vraisemblablement le plus ambitieux du presbytérat romain.

Novatus s'attacha à Novatien comme à quelqu'un à qui le siège de Rome devait échoir. Mais l'élection s'étant faite, Cornélius en sortit évêque de Rome (5 mars 25î). Novatus, pourtant, ne désespérant pas de gagner à Rome la partie perdue à Carthage, détermina ou aida Novatien à attaquer en nullité l'élection

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(Je Cornélius. Cinq prêtres romains (siir quararit^-sixj se joignirent à Novatien, et avec eux une [>artie d»i peuple et surtout des confesseurs romains. L intrigu< ainsi présentée aurait été une compétition de personnes; on lui donna plus de prise sur l'opinion, en la transformant en une question de principes, et le Novatiaûismc naquit.

Le nom de TKvangile, le mot de toutes les oppositions contre lEglise, fut le mot d'ordre du parti : les sectateurs de Novatien se proclament modestement « assertores Euangelii et Christi » (xliv, 3). Nous avons marqué le sens spécial du mot évang-ile, ici, et comment il est une allusion au texte évangélique qui est évidemment le plus dur contre les apostats*. Cai le parti de Novatien se donne pour doctrine de protester contre la réconciliation des lapsi. Notons bien que, à l'origine, le Novatianisme ne pose la question que des lapsi. Saint Cj'prien reproche à Novatien de garder dans son entourage des adultères et des fornicateurs, et ce pourrait être simplement une allusion à la moralité de tel ou tel de ses partisans, Novatus par exemple ; toutefois saint Cyprien insiste trop sur le fait, il en tire un argument a fortiori; on a là une preuve que Novatien admet la discipline déjà ancienne qui permet de remettre aux adultères leur faute ^lv. 26). Le point précis de l'opposition doctrinale de Novatien est dans le refus de « communier avec les idolâtres » (27). On a relevé que, à Carthage, Novatus admettait les lapsi à la communion, malgré l'évêque

1. Sur l'usage que faisaient de ce texte Novatien et son parti, voyez le pseudo-Cyprien (est-ce le papeXistus II ? 2oT-*o8), Ad JN'orafianum. 8 et lî. On lit dans ce dernier passage : « Novaliane, desine unius capituli praescriplione terrere... ■

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et sur la seule présentation du billet d'un martyr, tandis que, à Rome, Novatien s'oppose à la réconciliation des lapsi. On en a conclu que le parti novatien avait passé du pour au contre, et qu'en cela il montrait bien que la doctrine était pour lui un simple prétexte politique. Cela est vrai de Novatus, un brouillon méprisable; mais on ne peut le dire sans restriction de Novatien. La lettre, qu'il écrivit à Cyprien au nom du clergé romain pendant la vacance du siège, est empreinte de rigorisme assez pour que l'on puisse faire à Novatien l'honneur de lui reconnaître une conviction profonde ^ Il y témoigne qu'il inclinait vers la sévérité dans laquelle il voyait la vieille discipline, et qu'il entendait imposer aux lapsi une pénitence prolongée, encore que cette pénitence ne fût point sans rémission à l'article de la mort. Mais, et saint Cyprien le donne clairement à entendre, Novatien poussa ensuite la rigueur beaucoup plus loin : tout en ne cessant pas de reconnaître une valeur satisfactoire à la repentance du failli, il refusa à l'Église le pouvoir de le réconcilier jamais. N'y a-t-il pas quelque lien entre ce rigorisme et celui qui se manifeste à Rome avant l'élection de Cornélius ?

Quelle cruauté, dit saint Cyprien, de dire à nos frères : Lamente-toi, fonds en larmes, gémis jours et nuits, travaille à laver ta faute, mais après tant d'expiation tu mourras hors de l'Église [extra ecclesiam post omnia ista morieris) : qui ne serait jeté

1. Epistul. XXX, 2 : « Quid magis aut in pace tam aptum aut in bello persecutionis tam necessarium, quam debitam severitatem divini rigorts tenere? quam qui remiserit, instabili rerum cursu erret sempcr necesse est... Nec hoc nobis nunc nuper consilium cogilatum est... sed anliqua haec apud nos severitas, antiqua fides, disciplina legitur antiqua... » Cf. ibid. 4 et 6.

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dans le désfspoir par un pareil langaj^e? L'aulenr anonymo du traité Ad Novntianum^ i\n'\ est un contemporain du schisme de Novatien, reproche à Novatien de refuser aux lapsi iovLie réconciliation*. Eusèbe, qui paraît reproduire des expressions du temps, témoif,''ne que Novatien enseignait « qu'il n'v avait pas d'espoir de salut pour eux [les lapsî], quand môme ils accompliraient tout ce qui constitue une pénitence sincère et une parfaite exomologèse' >. Tous ces témoignages établissent bien que la question posée à Rome était de savoir si l'apostasie devait continuer à être un cas réservé à Dieu ou si l'Église pouvait relever l'apostat : la question était quelque peu différente de celle qui avait été posée à Cartilage.

Mais Rome et Carthage allaient abonder dans le même sens. Le concile romain fut imposant par le nombre des évoques qui y parurent et qui fut de soixante : le nombre des prêtres et des diacres fut plus grand encore. Novatien, rapporte Eusèbe, fut rejeté de l'Eglise et avec lui tous ceux qui avaient embrassé son opinion inhumaine ; cfuant aux faillis, on déclara qu'il fallait les soigner et les guérir avec les remèdes de la pénitence ^. Cyprien précise, car il exprime que les résolutions de Carthage en ce qui concerne les lapsi furent adoptées par le concile de Rome, marquant en cela l'antériorité et l'influence du concile de Carthage : « Super hac re scripsimus ad Cornelium collegam nostrum, quietipse cum pluri-

1. Ad isovatxanum, M : ■ NoTatiane. nullam spem pacis ac miseri cordiae habere lapsos praedicas ». Ibid. 13 : « [dicii] quod paenitentia lapsorum vana nec possit eis proficere ad salulem. »

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