‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 66 sur 142 · Japfé n» 543. SozoM. col. 1460 A · texte numérisé non relu

Japfé n» 543. SozoM. col. 1460 A

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proporlionnôo au péché : TK^lise ne se désintéresse aucunement de cette satisfaction, elle Timpose, elle la contrôle \ et, si elle ne lui donne pas Umte la publicité dont elle l'entourait du temps de Tertullien, encore veut-elle que le prêtre pénitencier ait mission en son nom de veiller à ce qu'elle soit exécutée ri^'oureusement comme le paiement d'une dette.

Une dame de qualité vient avouer à ce prêtre les fautes qu'elle a commises depuis son baptême : xaxi (AEpoçt^ofjLoloYeÎTai xàf; aaaptiaçS; iT:nzp'iyn jxeTOiTC) ^aîmçjjLa. L'expression xaxà (j-Épo; tçouoXovtÎTai n'est pas claire. On a voulu y voir le fait et le précepte dune confession intégrale, cette pénitente étant supposée confesser ses fautes sigillatim. On a supposé aussi que xarà (x£po; signifiait /?flr///?2, la pénitente étant supposée faire un aveu incomplet. Si Socrates, remarq\ie-ton, avait voulu dire que la pénitente accusa seulement une partie de ses fautes, il aurait marqué cette restriction par quelque particule '. Nous le croyons aussi. Nous supposons donc que Socrates a voulu exprimer que la pénitente accuse — le verbe est àl'indicatif et marque une action qui commence, mais qui n'est pas achevée encore — accuse ses fautes en détail, une à une. Puis elle s'arrête : elle n'a pas tout dit, mais,

1. Telle est aussi la procédnre dans les Constitutions apostoliques, témoin de la discipline en Syrie au milieu du iv* siècle. Mais la le jugement préalable du pécheur appartient à i'évèque; la surveillance de la satislaclion est dévolue aux diacres ; la réconciliation ûnadeest une fonction de I'évèque. Holl, Enth. und Bussgetvalt, p. S41. Notons que la satisfaction est toujours proportionnée à la faute : Mf, Kàor^; àfxapTÎa; -zry aÙTTjv 7ioieïa6e à-oçaaiv, àV/'éxà^rrr,; îSiav. Certaines fautes ne méritent que des menaces; pour d'autres on imposera dei aumônes, pour d'autres des jeùnt^s. etc. 7:pô; xà \U^t^oi toû iyxJ.r.pLaTo;. Const. ap. II, 48. Cf. ibid. 11, 16, 24.

i. HoLL, p. •:49.

vraisemblablement intimidée au moment d'avouer sa faute la plus grave, elle n'en dit pas davantage. Le prêtre, trompé par cette réticence, lui impose une pénitence médiocre, comme il convient de faire quand il s'agit de fautes sans doute médiocres. Elle jeûnera et priera le temps de montrer une œuvre de satisfaction proportionnée à ses fautes : îva aùv t9î ôfAo^oyCa xal IpyovTi SeuvuEiv v/ri x^ç {xeravoiaç à^iov. Valois observe en note avec à propos qu'il ne saurait s'agir ici de pénitence publique, car ces prières et ces jeûnes n*ont nécessairement en soi rien de public, et les expressions de Socrates ne donnent pas à penser que la pénitente ait été obligée de se mettre dans les rangs des pénitents qui sont exclus de l'Église. Les fautes médiocres par elle confessées n'avaient d'ailleurs, semble-t-il, aucun caractère de publicité. Mais Socrates dit qu'elle devra montrer quelque œuvre de repentance : si ce ne sont pas les fidèles qu'elle prend comme témoins de ses œuvres de repentance, ce ne pourra être que le prêtre pénitencier, le même qu'elle a pris à témoin de son aveu, aùv TÎj ©[xoXoyia xal Ipyov. Il n'est point parlé dès lors d'I^oixoXoYYiaiç, mais d'ôfxoXo- Yia, deux mots qui ne sont pas exactement synonymes, l'exomologèse comprenant les deux actes distincts désignés le premier par le terme ôtxoXoY^a, le second par le terme epyov, l'aveu et la satisfaction, et impliquant en outre une publicité qui manque ici.

L'entretien de la pénitente et du pénitencier en était à ce point, quand la pénitente, « allantplus loin», avoua une faute bien autrement grave, c'est à savoir qu'elle s'était donnée à un diacre de l'église à laquelle appartenait le prêtre pénitencier. Valois slest inscrit en faux contre l'interprétation de Christophorson, éditeur an-

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léricurde SocratcB (Cologne lG12j, qui traduiten paraphrasant : Mulier lon^ius inconfUendo prof^regnUy et hii-in(*mc veut (|u'on traduise :... pro^rexsu teniporis. Sucrâtes dit simplement : 'H oi yuvr, Tcpodîvooaa xa'i aÀÀo TTToî'rjjLa taur?,; xaTy,Yo'p«i : la traduction de Christopliorson est plus logique et plus exacte*. La pénitente n'est pas venue se confessera deux reprises séparées, en deux audiences : il n'y a qu'une seule audience, où elle commence par révéler une partie de ses fautes, les fautes médiocres; puis, allant subitement jusqu'au bout, elle accuse la faute capitale qu'elle avait d'abord cachée. La scène est exprimée par Socrates en raccourci, mais les péripéties en sont bien marquées.

Socrates ne nous dit pas ce qu'il advint de la dame de qualité : rien ne dit que sa faute ait été publiée et sa réputation compromise. Mais on cherche alors où est le scandale qui va émouvoir toute l'Eglise de Constantinople. Valois, fort embarrassé, ne veut pas admettre que, infidèle au sceau de la confession, le prêtre pénitencier ait révélé à Nectaire le nom du diacre incontinent : il suppose bien gratuitement, en vérité, que le pénitencier aura réuni en sa présence le diacre et la dame, et aura fait avouer au diacre son péché ; puis il aura dénoncé le diacre à Nectaire ; et le secret de la confession sera sauf, puisque c'est en dehors de la confession et sans doute avec l'autorisation de la dame que le pénitencier aura fait avouer au diacre son péché. C'est raisonner là avec des préoc-

1. w; e'r, CTvyxaOeuSiQaaç aOr^ rr;; Èxx),r,(7ia; Siàxovc; : notons que Socrates ne suppose pas que laponitenle »e plaigne d'avoir subi aucune violence de la pari du diacre : la pénitente n'accuse qu'elle même, 7tTaîff[JLa éauTî^; xaT/iyôpsi.

cupations que le bon pénitencier n'a probablement pas eues. Il y a eu un scandale. Ce scandale n'est pas l'incontinence du diacre, car le cas n'était pas inouï, puisqu'il était dès lors prévu par les canons. On peut ajouter, avec M. Holl, que, à supposer que le scandale vînt du diacre, l'indignation publique aurait dû retomber sur le clergé en général, mais non sur le prêtre pénitencier. M. Holl suppose que le prêtre pénitencier a été mis en cause et sa fonction supprimée, parce que sa fonction même a été cause occasionnelle du scandale : oui, et par là nous serrons le problème de plus près.

Mais pourquoi M. Holl recourt- il à l'explication de cet amplificateur qu'est Sozomène? Nous avons à interpréter Socrates par Socrates et à n'ajouter aucune donnée à celles qu'il fournit. Le scandale est exprimé dans ces quelques mots de Socrates : Toïïto X6j(6£v Tov (A£v Stocxovov Trjç ExxXyjffiaç exTcecreiv Tcapedxeuaae. La femme qui s'accusait n'eut aucun dommage, mais ce qu'elle avait dit suffit à provoquer la déposition du diacre de cette église. Le scandale consista en ce qu'un diacre avait été déposé sur la dénonciation d'un témoin unique, qui par surcroît était sa complice. Or rien de tout cela ne se serait produit, si la femme coupable n'avait pas été obligée d'ouvrir sa conscience à un pénitencier : l'indignation rejaillit ainsi sur l'institution du prêtre pénitencier, c'est-à-dire sur l'instruction préalable à la réconciliation.

Notons enfin que Socrates tient le récit du prêtre Eudémon, qui avait été en cette occurrence le conseiller écouté de Nectaire. On était, en 440, à cinquante ans de l'événement, et, à Constantinople, l'office du pénitencier n'avait pas été rétabli. Car Socrates

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avait (lit jadis à Eudémon : « Dieu fera voir si l'Église doit ou non de ton conseil tirer quelque bien! ■ Vers 440, toutes les appréhensions qu'on avait pu avoir au début de ce régime n'étaient que trop justifiées, au dire de Socrates môme, puisqu'il constate que les pécheurs ont pris prétexte de ce régime pour ne plus se reprocher leurs péchés.

Nous n'avons plus à demander à Sozomène comment il a interprété le récit de Socrates, mais seulement à étudier les éléments qu'il y ajoute.

Socrates affirmait que les catholiques avaient supprimé l'organisation pénitentielle existante : c'est dire que l'état des choses était tel à Constantinople vers 440, car l'horizon de Socrates, quand il s'agit des choses dont il témoigne personnellement, comme c'est i^i le cas, ne s'étend guère au delà de Constantinople même. L'horizon de Sozomène est plus étendu. « Presque partout, dit-il, les évêquessuivirentlexemple de Nectaire. » Ce « presque partout » doit s'entendre de l'Orient grec, et, en effet, Sozomène dit plus loin que l'organisation pénitentielle « est soigneusement gardée dans les églises d'Occident, et surtout à home * ». Valois s'est mal rendu compte du caractère composite du récit de Sozomène, quand il a opposé telle phrase à telle autre, pour conclure de ces contradictions de détail que Sozomène disait le contraire de Socrates. En réalité, Sozomène affirme qu'en Occident et particulièrement à Rome l'institution subsiste que Nectaire a supprimée à Constantinople.

1. SozoM. vn, 16 : è7:i[xe")xô; 6à xai év Taî; xarà ôOffiv txyû,r,<Ticui çuXàrreTa:, xai ixdD.KTca èv t^ TcoiJLaiwv. Nous continuons d'entendre qu'il s'agit, non de l'oflice du pénitencier, mais de toute l'organisation pénitentielle que va décrire Sozomène.

Sozomène, qui a beaucoup voyagé et qui peut-être même a visité Rome, ajoute au récit de Socrates une description de la procédure pénitentielle en usage à Rome au milieu du v* siècle.

La partie secrète est constituée par l'aveu des péchés par le pécheur. L'impeccabilité, dit Sozomène, étant le fait d'une nature plus divine que l'humanité, Dieu veut que l'on pardonne à ceux qui pèchent, même à ceux qui ont maintes fois péché. Mais comme pour demander son pardon, il faut avouer son péché, depuis l'origine, il a paru, avec raison, pénible de divulguer ses fautes aux pontifes comme dans un théâtre, devant toute l'assemblée de l'Église. Voilà pourquoi les pontifes ont institué un prêtre, choisi parmi les plus excellents par leurs mœurs, leur discrétion et leur sagesse, afin que les pécheurs l'allassent trouver et lui fissent l'aveu de leurs fautes. Et lui, selon la faute de chacun, intime l'œuvre qu'il faut faire comme satisfaction ; puis il congédie le pénitent *, qui exigera de soi-même la satisfaction prescrite.

La partie publique de la pénitence s'ouvre alors s'il y a lieu. A Rome, dans les églises une place est réservée aux pénitents : ils s'y tiennent debout dans

1. Nous ne pouvons concéder à M. Holl, op. cit. p. 251, que le prêtre pénitencier absolve séance tenante le pénitent : le verbe àno^ûeiv employé par Sozomène dans celte circonstance n'a pas ce sens technique. Sozomène dira des pénitents : êxacrtoç, œaTrep Ti 6(pXT](jLa ùialvcraz ty)^ Ti(Xcopîav, ty]; àfiaçTiaç àviETOi (col. 4461 A). Et nous ne pouvons davantage concéder à Hinschius que le prêtre pénitencier renvoie le pénitent à Dieu pour être absous, et ne soit qu'un simple consultant : le pénitent sera absous soiennellement par l'évèque. Hinschius aurait mieux fait de vérifier ce point dans les textes, que d'écrire, en note : « Eine nàhers Erôrterung isl hier fruchllos, da die katholischer Schrifisteller ihre Ansichten nicht aùfgaben durfen, und immer wieder von Neuem trotz aller Wiederlegungen vertheidijjen mùssen »I System des Kath. Kirchenrechts^ t. IV (Berlin 1888), p. 724.

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rattitude de la tristesse et du douil. Là, lorsque s'achève la liturgie de la messe \ les pénitents se pro8* ternent à genoux. L'évoque vient vers eux, et comme eux se prosterne, le front dans la poussière, pendant que toute l'assemblée des fidèles verse des larmes. Puis l'évoque se lève seul et ordonne aux péninitents de se lever : il prononce alors sur eux l'oraison pour les pécheurs qui font pénitence; après quoi il les congédie. Les pénitents accomplissent leurs jeûnes et les autres niortilications prescrites,' chacun en son particulier. Puis quand le jour fixé est arrivé, la dette étant payée, la satisfaction due pour le péché étant accomplie, le pénitent rentre dans l'assemblée des fidèles. Voilà, conclut Sozomène, ce qu'observent les pontifes romains aujourd'hui encore. Et, à son tour, comme Socrates, il déplore que pareille sévérité, c'est à-dire cette probation rigoureuse par l'Eglise de la conscience et de la satisfaction du pénitent, ait disparu des Eglises d'Orient.

Cette organisation romaine et occidentale de la pénitence, nous allons essayer d'en pénétrer plus à fond l'économie.

Et dabord au iv^ et au v* siècle, la distinction très ancienne subsistait qui, au m* siècle, distinguait les péchés en graçiora et leviora. A tous ces péchés, — abstraction faite des relaps et des clercs, — l'Eglise accordait la réconciliation après

1. Sur la missa paenitetitium^ yoytz notre étude publiée dans le Bulletin de litt. eccl. 1905, p. 5-18.

une pénitence variable. Certains comporteront une pénitence perpétuelle : telle est la pénitence que réclame des apostats et des moines fornicateurs le pape Sirice écrivant à l'évêque de Tarragone (10 février 385) ^ . Encore le pape Innocent, dans sa lettre à l'évêque de Toulouse, a-t-il soin de marquer que les chrétiens tombés après leur baptême dans la fornication et l'impudicité et qui in extremis sollicitent la pénitence et la réconciliation, ont droit à l'une et à l'autre. Autrefois, ajoute le pape, la discipline était plus sévère : l'Église accordait bien la pénitence, c'està-dire qu'elle prenait acte de la conversion, mais elle refusait la communion. Notons bien la nuance indiquée par le pape : on ne veut pas^ on ne peut pas décourager le pécheur qui se convertit, car on croit à la faculté qu'il a de conquérir la rémission de son péché ; mais on craint que trop de facilité à réadmettre à la communion, n'induise les fidèles à croire que la réconciliation est aisée après la chute, et le danger eût été grand en temps de persécution, « cum illis temporibus crebrae persecutiones essent ». Ne dirait-on pas une allusion aux difficultés soulevées à Rome au temps du pape Marcel et du pape Eusèbe? On craint d'amener le relâchement des consciences, mais on craint aussi de donner des gages aux Novatiens. Sitôt que la paix est rendue aux Eglises, la première de ces craintes se dissipe, et alors on décide de donner la communion à ces pénitents in extremis : « Sed postquam Dominas noster pacem ecclesiis suis reddidit^ iam, depulso terrore^ commuhionem dari abeuntibus plaçait, ne l^ovatianihaeretici, negantis çeniam, as-

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peritatem et duritiam subsequi videamur. » Le pape Innocent donne l'explication de ce changement quand il exprime qu'en cela l'indulgence a inspiré l'Église : a ...observatio prior durior : posterior intervenienie misericordia inclinatior est ^ ». Le môme esprit suggérera toutes les mitigations prochaines. Nous ne retenons pour l'instant que ceci : toute trace de réserve a disparu, tous les péchés sont remis par l'Église, mais le traitement n'est pas uniforme.

Saint Léon, pour citer en première ligne des témoignages romains, distingue en effet doux traitements : pour des fautes très graves, — et il énumère ridolàtrie, l'homicide et la fornication, — il pose en règle générale qu'on doit leur infliger la pénitence plénière : v^ Ad communionem eos^ nisi per paeniten." tiam publicarriy non oportet admilti i>. Cette pénitence plénière est celle qui est imposée à Fabiola en quête de la rémission de son adultère.

Voici la description que saint Jérôme fait de la pénitence de Fabiola :

Quis hoc crederet ut post mortem secundi viri in semetipsam reversa... saccum indueret, ut errorem publiée fateretur, et tota Urbe spectante romana ante diem paschae inbasilica quondam Laterani... staretin ordine paenitentium, episcopo presbyteris et omni populo collacrimantibus, sparsum crinem, ora lurida, squalidas manus, sordida colla submitteret? Quae peccata fletus iste non purget?... Aperuit cunctis vulnus suum. et décolorera in corpore cicatricem flens Roma conspexit. Nonestingressa ecclesiam Domini, sed extra castra cum Maria sorore

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