Sermo xxsvi
chaste et si sobre que soit leur vie, n'en ont pas moins certainement à purifier le miroir de leur cœur des fines poussières et des subtils brouillards qui l'ont pu ternir. « Or, si ce devoir s'impose aux âmes les plus soigneuses, combien plus s'impose-t-il à celles qui, pendant tout le cours de l'année, ont vécu avec trop d'assurance ou peut-être de négligence? Avec toute la charité que nous devons, nous les avertissons de ne se point flatter..., de ne point mépriser la patience d'un Dieu qui laisse leurs péchés impunis, et de n'estimer pas que ce Dieu n'est point offensé parce qu'on n'a pas ressenti sa colère. La vie mortelle n'a pas de longs répits, et l'insouciance des imprudents est tôt passée à la douleur des châtiments éternels, si, tant quo la sentence de la justice est encore suspendue, on n'a pas recours à la médecine de la pénitence ^ . »
L'orateur s'inquiète de ces chrétiens médiocres parmi les bons, de ces pécheurs qui ignorent leur conscience, de ces âmes que leur manque de scrupule rassure injustement sur leur avenir, de ces cœurs trop contents d'eux-mêmes et trop aveuglément assurés de leur justice. Il a dans son auditoire les catéchumènes qui vont « dépouiller la vétusté d'Adam et revêtir la nouveauté du Christ » dans le baptême; il a les pécheurs qui, « conscients de leurs péchés mortels, se hâtent vers le pardon par le secours de la réconciliation » ; il a les fidèles qui, « en-
i. Sermo XLin, 2 et 3. «... Quod si etiam cautissimis animis necessarium est, quanto illis amplius est expetendum, qui tota fera anni spatia aut securius aut forte neglegentius transierunt?,.. Non sunt longae vitae mortalis induciae, nec diuturna est licentia insipientium voluntatum in aeternarum dolorem transitura paenarum, si dum iustitiae sententia suspenditur paenitentiae medicina non quaeritur. »
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très depuis lon^^tomps dans la carrière du combat évan<^éliqiie, courent le stade spirituel et doivent remporter le prix ». Mais les pécheurs qui ne se reconnaissent pas? Les consciences grossières ou orgueilleuses y 11 sait qu'au jour de Pâques tous ceux qui Técoutent seront invités au festin nuptial et que t l'Epoux dans sa bénignité les conviera tous à la communion des viandes royales », mais tous en seront-ils dignes? « Oui, certains abusent de la patience de Dieu, qui n'ont point la conscience libre et à qui leur impunité donne confiance. Qu'ils s'efforcent instamment, courageusement, de détruire par les purifications les plus diligentes tout ce qui souille le secret de leurs consciences, tout ce qui obscurcit le regard de leurs âmes... La pureté qui se demande toujours s'obtient toujours *. »
Ces pressantes exhortations ne sont pas les instances d'un évêque encourageant ses fidèles à faire des œuvres de pénitence, jeûnes ou aumônes, simplement : elles sont l'expression du rôle d'un pasteur qui , voyant dans son troupeau tant et tant d'imprudents en péril de perdre leur àme par une fausse confiance en leur justice, les conjure de scruter la secret de leur conscience et d'y purifier ce que Dieu y condamnerait à son jugement. Et à qui donc ne conviendrait point cette crainte? S'il est des fidèles qui n'ont pas à solliciter la pénitence, leur nombre est incertain, et ce nombre est petit, et personne ne pourrait sans présomption se flatter d'en être. On reconnaît ici aisément l'influence de la controverse contre les Pélagiens; l'homme est pécheur, le baptême ne supprime