SOUMIS A LA TORTURE SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XII
Une fois chaque année, depuis près d'un demi-siècle, la Société des Antiquaires de l'Ouest (1) a l'honneur d'appeler tous les amis de notre vieux Poitou à s'adjoindre à elle dans une séance commune, où elle aime à vous entretenir de ses travaux et de quelques épisodes de notre histoire ou des richesses archéologiques dont notre sol est rempli.
D'après nos statuts, la présidence de cette séance publique est le dernier acte de l'administration annuelle de celui de ses membres que la Société a honoré de ses suffrages. Avant de rentrer dans le rang, il s'acquitte ainsi d'une dette contractée depuis un an envers ses bienveillants confrères, et d'une dette nouvelle envers vous-mêmes née de votre présence et de vos sympathies pour notre Société.
C'est ce double devoir que je remplis aujourd'hui.
Ce sentiment et l'austérité des sujets qui nous réunis-
(1) Discours de présidence de la séance publique de 1878 de la Société des Antiquaires de l'Ouest.
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sent vous expliquent la présence de ceux mêmes qui fuiraient en ce moment Téclat des fêtes et du monde.
Pour payer aujourd'hui cette dette, je demande la permission de vous apporter moins un discours, que des documents inédits qui constatent un fait de notre histoire locale jusqu'àce jour inconnu de tousles historiens duPoitou, inconnu hier encore au sein même de notre Société,
Mes confrères ont si bien fouillé toutes nos archives locales ; des deux savants et respectés fondateurs de notre Société, que Dieu lui 'garde ! Tun a si bien catalogué, et éclairé d.'une si vive lumière tous les anciens titres et registres de notre municipalité, et l'autre, avec tout ce que révèle notre sol et tout ce que possèdent nos dépôts publics et privés, a si complètement fait revivre la monnaie de Poitiers, que, pour trouver un fait intéressant notre histoire municipale et celle de notre antique atelier monétaire, dont n'aient parlé ni M. Rédet, ni M. Lecointre-Dupont, il faut l'aller chercher loin d'ici, à Paris même, dans l'immense collection des Archives nationales.
Tandis qu'avec plusieurs de nos confrères j'avais l'honneur, à Pâques dernier, de représenter la Société des Antiquaires de l'Ouest aux réunions des Sociétés savantes de la Sorbonne, je pus trouver la trace du dossier de documents inédits que j'ai l'honneur de vous présenter aujourd'hui.
Il concerne un maître de la monnaie de Poitiers qui avait été maire de notre ville et même l'un de ceux dont Tadministration a laissé sa trace, et dont la famille au xv® et au xvi® siècle a fourni à notre cité le nombre le plus considérable d'officiers municipaux.
Cet ancien maire de Poitiers fut condamné à la perte de sa charge de maître de la monnaie de Poitiers et à des peines diverses, pour avoir fabriqué des monnaies audessous du titre légal, après avoir été, par application d'un mode 'd'instruction barbare, soumis à la torture le 5 août I5O69 sous le règne de Louis XII.
ANCIEN MAIRE DE POITIERS. I9l
Cet ancien maire de Poitiers est Hilaire Boisiève, maire en 1496, dont parlent Filleau, Thibaudeau, et tous les historiens du Poitou, sans qu'aucun d'eux ait mentionné ni connu cette triste circonstance.
Mais chacun sait combien cette ancienne famille des Boisiève fut jadis importante dans notre cité. De 1415 à 1S30, vingt membres différents de cette famille furent échevins de Poitiers; un autre fut lieutenant général de la sénéchaussée ; trois furent maîtres des monnaies ; et quatre furent maires de la ville. Ces quatre maires de Poitiers furent Thomas Boisiève en 1448, Jean Boisiève en 1460, Nicolas Boisiève en 1476, et enfin, en 1496, Hilaire Boisiève, celui qui fut mis à la torture en 1S06.
M. Filleau, dans le Dictionyiaire des familles de F ancien Poitou^ termine ainsi la longue nomenclature des membres de la famille Boisiève : « On trouve, dit-il, dans une liste de nobles qui ont eu des ordonnances de confirmation de noblesse, vers 1668, Boisiève (Sylvie), veuve de Jean de Magné, écuyer, seigneur de la Cicogne, et ses enfants. N'ayant vu figurer depuis 1550 aucun personnage du nom de Boisiève dans les nombreux documents que nous possédons ou qui sont passés sous nos yeux, nous présumons que Sylvie était la dernière héritière de cette antique famille, qui sans doute est éteinte ».
Les armoiries de cette famille Boisiève des maires et échevins de Poitiers, étaient, selon Thibaudeau, gravées sur la cheminée d'une chambre haute de l'auberge Saint-Etienne, à Poitiers, Grand'Rue. D'après le même auteur, elle portait « d'azur au chevron de gueules et trois merlettes écor- « nées de sable en devise ».
Hilaire Boisiève n'appartenait pas seulement à une famille importante de Poitiers, il y a occupé lui-même une des premières places- par les fonctions publiques dont il a été pourvu sous les règnes de Charles VIII, Louis XII et François P'.
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Dès 1490, il apparaît sur les registres de la Cour des monnaies comme maître de la monnaie de Poitiers.
En 1496, étant toujours maître de la monnaie, il fut élu maire de Poitiers. Pendant son administration, il fit faire le pont de Rochereuil et rétablir la plate-forme de Thorloge. Un document de nos archives municipales, en parlant de cette réparation de l'horloge de ville par Hilaire Boislève, précise le fait de la manière suivante : « Aussi « fit icelluy couvrir tout à neuf de plom et faire au « dit auloge un beau cadran tout à neuf, le tout de plom « avecques la lune, et autres choses requises pour Ten- « treténement du dit cadran, tout ainsipar la forme et ma- « nière qu'on le peut voira l'œil, valeas felixseu longo tem- « pore feiiix d.
, Cette réparation fut aussi le sujet d'un quatrain qui a conservé au nom d'Hilaire Boislève une longue popularité. On le trouve dans l'édition de 1660 de la Gente poitevineriey sousle titre : c Inscriptions mises au gros horloge ».
9 Quiou qui quou reloge a fait foaire
« O l'est in moairc nommé Boislève,
« A cause que lez pouvre geans
« Gne scaviant a quo l'houre iglz diniant. »
Hilaire Boislève, indépendamment de sa mairie, a rempli les fonctions d'échevin pendant plus de vingt-cinq ans; il figure en cette qualité sur les registres des délibérations du conseil de l'hôtel de villejusqu'au 16juillet 1518,sousle règne de François P', date à laquelle son nom s'y trouve pour la dernière fois.
C'est cependant le même personnage, Hilaire Boislève, qui fut en 1S06, en qualité de maître de la monnaie de Poitiers, l'objet d'une grave poursuite (qui, d'après les pièces, n'aurait pas été la première) comme inculpé de fabrication de deniers eschaés ou esckarsy c'est-à-dire au-
dessous du titre légal, en outre de la tolérance, nommée remède, accordée à chaque maître de monnaie.
Le maître, ou maître particulier d'un atelier monétaire, en était le directeur, généralement nommé aux enchères, supportant toutes les dépenses de la fabrication, comme les directeurs de la fabrication des hôtels des monnaies de la loi monétaire du 7 germinal de Tan XI. Il s'engageait dans son bail à frapper les monnaies suivant un tarif dont le prix variait pour chaque métal. Il était chargé de la préparation des alliages et en était responsable. Il dirigeait les ouvriers et ouvrières qui taillaient les flans, dont l'ensemble formait une brève, et les monnayers qui leur appliquaient les empreintes.
Près du maître de la monnaie, dans chaque atelier monétaire il y avait deux gardes, ainsi nommés parce que les fers servant à la fabrication leur étaient confiés, à charge d'en surveiller l'emploi et laremise en caisse après le service.
Comme de nos jours, des échantillons de chaque brève étaient prélevés et jugés. Ils étaient placés dans des boîtes, fermées et portant le sceau du maître et des gardes. Ces boîtes étaient envoyées à la Chambre des monnaies de Paris, et le jugement appartenait aux généraux des monnaies.
Ces notions qui montrent les grands rapports existants dans le service de la fabrication des espèces monnayées entre le présent et le passé, sont utiles aussi pour mieux suivre les diverses parties de la pénible procédure que nous allons décrire.
Le 16 mars 1506, deux généraux maîtres des monnaies furent envoyés de Paris, par ordonnance des généraux des monnaies, « pour aller à Poitiers touchant le fait de la « monnaie du dit lieu de Poitiers 3>, et, le 13 avril suivant, ils en revinrent rapportant ce x^ii écus au soleil qui leur € avoient été baillés faits sous la différance du maître d'i- « celle monnoye, lesquels écus ont été par eux mis sur « le bureau de la Chambre des dites monnaies ».
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Le H mai, « HilaireBoislève, maistre particulier, Hilaire a: de Coustures et Abel Chastignyer, garde de la monnaie d de Poitiers, ajournés à comparaître en personne à la (c requête du procureur du roi, sur le fait des monnaies, a comparaissent en la Chambre des dites monnaies »•
Le S juin, « pour plusieurs vacacions trouvées es con- « fessions de Hilaire de Coustures, Abel Chastignyer, et « Hilaire Boislève , maître particulier de la monnaie € de Poictiers, ont été envoies à la conciergerie du Paa lays ».
Le 15 du même mois de juin 1506, une sentence interlocutoire de la Cour des monnaies ordonne qu'Hilaire Boislève, prisonnier en la conciergerie du Palais, « sera mis « à la question et torturé pour savoir la vérité par sa bouchey i< sy les dits deniers courans par les bourses est ouvrage « fait à part, et autres cas contenus au dit procès ». Cette sentence motive la poursuite de la manière suivante : « Pour raison de certains deniers faits souslesfersd'icelle « monnaie à la nouvelle diflérance prise par le dit maître, « trouvés courans par les bourses, jugés en sa présence « grandement eschars et excédans les remèdes ».
Cette sentence interlocutoire prend soin de constater à la charge d'Hilaire Boislève des récidives multipliées, et conclut ainsi : « Le tout vu et considéré qu'il s'est trouvé « es boestes d'icelle monnaie, puis naguère apportées en < la dite Chambre, aucuns deniers d'or si grandement w eschars et excédans les remèdes que ceux qui ont été « trouvés courans par les bourses ; par quoy appert que (c c'est ouvrage fait à part » .
Pendant que cette première sentence ordonnait la queslionde l'ancien maire de Poitiers, iine autre décision, rendue dans la même affaire, ordonnait qu' Abel Chatignyer, garde de la monnaie, également prisonnier à la conciergerie, serait aussi « mis à la torture et question extraordi- « naire pour savoir par sa bouche la vérité ».
Hilaire des Coutures, arrêté comme eux au début du
ANCIRN MAIRE DE POITIEBS. 195
profcès etécroué à la conciergerie, parait [avoir été relâché à la suite des interrogatoires.
Hilàire Boislève et Abel Chatignyer interjetèrent appel au Parlement de la sentence interlocutoire de la Cour des monnaies ; mais cette cruelle sentence fut confirmée par arrêt du Parlement de Paris du 14 juillet 1506 qui ordonne qu'il sera passé outre à l'exécution.
En conséquence de ces décisions judiciaires, le 5 août 1506, celui qui, dix ans auparavant, avait été maire de Poitiers, Tlilaire Boislève, subit la torture.
J'ai l'honneur de vous apporter également le procèsverbaJ de cet odieux supplice. J'en omets ici le préambule de style ; mais veuillez me permettre d'en citer textuellement la partie essentielle, que l'analyse la plus scrupuleuse pourrait défigurer. Souffrez toutefois que je sollicite par avance votre indulgence pour l'étendue de cette citation nécessaire.
« A esté advenu le dit Boislève en la Chambre de la a: dite question, et es présences de maistres Denis Anjor- « rant, Guillaume Lesueur et François Couvain, généraulx <( des dites monnaies, à ce commis par mes dits seigneurs (( les généraux d'icelle monnaie , a esté dépoullé^ lyé^ « attaché et estandu à la dite question par le questionneur ; « lequel Boislève â52mie5towrfwaditet déclaré es présence a: des dessus diz généraulx, que combien qu'il ait été es- « cript en son procès que luy estant au lict malade en la « dite ville de Poictiers il a dit à Abel Chastignyer, l'un « des gardes de la dicte monnaie, qu'il fist une délivrance a: d'or quiestoità faire durant sa dicte maladie, se trouai voit le dit or aussi bon comme estoient les toucheaulx « que ledit Boislève luy avoit baillez et que ledit Chasti- « gnier fist la dite délivrance quelque chose qu'il deust « couster au dit Boislève, et néantmoins icellui Boislève « dit à mes dits seigneurs généraulx des monnaies dessus « nommés, qu'il ne pensoit point avoir dictes les dites pa- « rôles au dit Chastignier touchant la dicte délivrance, et
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« de cerequist lors que icelles paroUes fussent rejectées « de sa déposition : lesquels Anjorrant, Lesueur et Couvain « luy firent réponce qu'il avoit dicl et confessé les dictes « paroUes en la forme et manière qu'elles étoient escrip- « tes en son dit procès contre luyfaict, et qu'elles n'eussent « point été escriptes en son dit procès si ne les eust ainsi « dictes et confessées. Après laquelle questio7i a esté cou- « cké le dit Boislève devant le feu^ lequel a de rechief dit (c qu'il ne pensoit point avoir dictes les dictes paroUes, « dont et desquelles choses icelluy Boislève a requis acte. « Ce que moy Jehan le Père, greffier des dites monnaies, a luy ay baillé par ordonnance de messeigneurs les gênéc( raulx d'icelle monnaie pour luy valloir et servir que de « raison. »
Vous êtes trop bien fixés sur ce qu'un tel mode d'instruction criminelle avait à la foisd'impuissanxje à produire la manifestation de la vérité, de barbare et d'inique, pour que j'aie besoin de le redire après tant d'autres, depuis Robert Etienne et Montaigne, depuis l'édit de Louis XVI du i®' mai 1788, depuis les Codes d'instruction criminelle de 1791 et 1808. La torture a aussi pour nous le tort de rendre intéressants même les coupables. Ce procès-verbal que je viens de vous lire dans son texte, ne nous offre en lui-même aucune preuve pour ou contre Boislève ; il nous montre seulement qu'il était de ces hommes énergiques qui, même « dépouillés^ lyés^ attachés et estandus à la ques- « tion » et « couchés devant le feui>^ persistaient dans leurs dires. La lecture de ce document suffit à prouver une fois de plus l'inutilité véritable et la barbarie de la torture.
Ainsi la douleur n'avait arraché aucun aveu à Hilaire Boislève.
Mais, d'après ce procès-verbal même et d'après la sentence définitive, l'instruction de son procès paraît avoir obtenu d'ailleurs des éléments de preuves, et, le 12 août 1S06, la Cour des monnaies prononçait contre Hilaire Boislève les condamnations suivantes :
1° Il est privé de sa maîtrise et main-ferme de la monnaie de Poitiers :
2^11 est déclaré inhabile à jamais tenir maîtrise ou autre office concernant le fait de monnaie^ « avec défense de <t ne se trouver aucunement au fait et vacation d'aucune < monnaie ]> ;
3"* Il est condamné à une amende de 600 livres tournois envers le roi ;
4"* A tenir prison jusqu'à plein paiement et satisfaction d'icelle ;
5<» A faire bons tous et chacun les « deniers courans par « les bourses excédans les remèdes qui sont acquis et con- € fisqués au roi ».
La sentence de condamnation ainsi prononcée contre flilaire Boislève donne même aux numismatistes cette indication précieuse que les deniers ainsi condamnés comme eschars^ et qui coûtèrent si cher à Boislève, « sont faits € sous le nouveau différent, qui est une coquille à la fin « des lettres tant devers la croix que devers la peuille».
Enfin, en 6"® et dernier lieu, la sentence porte qu'elle « sera publiée à son de trompe et cry public en cette ville « de Paris, sur le pont au Change, es villes de Poictîers, « Nyort et Fontenay en Poictou w, afin que ceux qui auront desdits deniers excédant les remèdes en puissent recouvrer de bons et aientconnaissance de la condamnation prononcée.
Les motifs de la sentence sont en complète harmonie avec le dispositif que nous venons de faire connaître ; ils sont ainsi formulés : « pour raison de la dite escharceté « trouvée es dits deniers d'or courans par les bourses et « autres escharcelées trouvées es deniers de la dernière « boeste apportée par les dis commissaires et autres choses ^< contenues au dit procès d.
De l'absence de condamnation corporelle et infamante dans la sentence définitive, nous voudrions pouvoir conclure qu'Hilaire Boislève n'a été frappé que pour négli-
198 torturï: d'un maître de la monnaie
gence ou défaut de surveillance, et.non pour quelque chose déplus grave. Nous aimerions à conclure ainsi, au risque de rendre l'emploi de la torture en pareil cas plus révoltant encore. Mais cette illusion ne nous paraît permise ni par les constatations qui précèdent, ni par. le profit illicite que le maître de la monnaie retirait de la difTéronee entre le titre légal et le titre inférieur de sa fabrication. Elle nous parait inconciliable surtout avec, les divers éléments de preuve et de récidive visés par la sentence de condamnation.
Cette sentence mentionne en effet « les confessions falot tes parle dit Boislève à plusieurs fois par devant les dits « commissaires et depuis devant nous ensemble les confron- € tations, les pappiers et registres du dit maître, ses petits « billets et les papiers des gardes d'icelle monnaie, un au- « tre procès fait l'année passée à rencontre d'icelluy mais- « tre et des gardes, les sentences et condamnations données « à plusieurs fois contre luy ».
Tel est, dans son ensemble et dans ses résultats immédiats, ce procès de 1S06 suivi contre l'ancien maire de Poitiers de i496.
Ce procès eut aussi des conséquences indirectes.
La condamnation d'Hilaire Boislève fut suivie de longs et nombreux litiges entre lui et les gardes et autres employés de la monnaie de Poitiers pour le paiement de leurs gages. Il en fut ainsi principalement avec Abel Chatignyer, qui, le 26 mars 1509, obtint contre lui un jugement , que nous possédons aussi, condamnant Hilaire Boislève à lui payer de chefs divers 650 livres tournois.
Mais la condamnation d'Hilaire Boislève et la privation de sa charge ne nous semblent pas, comme pourrait le faire croire le simple rapprochement des deux dates, la cause directe de la suppression momentanée de Tatelier monétaire de Poitiers, qui se produisit du 19 novembre 1507 au 20 novembre 1508. Nous publions également des documents des Archives nationales établissant qu'Hilairc
Boislève a eu pour successeur immédiat Savinien Boutin ; que celui-ci fut nommé maître de Ja monnaie de Poitiers pour trois ans, par lettres patentes du Roi données à Bloisle 1*^ décembre 4506, présentées par Savinien Boutin le 7 du même mois à la Cour des monnaies qui lui CD a donné acte. De sorte que, si la suppression de 1507 se rattache à la destitution de Boislève, ce ne peut être que très indirectement.
Dans les actes des longues procédures qui ont suivi sa condamnation, Hilaire Boislève est qualifié de la sorte: « naguères maître particulier de monnaie de Poitiers » ; ily est aussi qualifié d' w échevin de la ville de Poitiers ».
11 était révoqué de sa maîtrise ; il n'était pas déchu de Téchevinage, n'ayant pas été frappé d'une peine corporelle principale et infamante. Aussi, en même temps qu'Hilaire Boislève prend cet honorable titre d'cr échevin de la ville de Poitiers» dans ses actes de procédure de 1507à 1509 devant la Cour des monnaies et le Parlement de Paris qui Tout frappé, nous le voyons, sur les registres delà ville de Poitiers, siéger comme échevin au conseil de Thôtel de ville presque aussitôt sa condamnation.
Nous venons de voir qu'elle est du J2 août 1506 ; or nous trouvons son nom parmi les échevin s siégeant un mois après, à la séance du conseil de Thôtel de ville de Poitiers du 14 septembre 1506, puis aux séances des 26 octobre, 7 et 14 décembre de la même année, pendant toute l'année 1507 et jusqu'au 16 juillet 1518. A cette date son nom est écrit pour la dernière fois sur les registres de l'hôtel de ville, et vraisemblablement elle indique l'année même de la mort d'Hilaire Boislève.
Mais nos registres municipaux, où l'ancien maire de 1496 figure si longtemps comme échevin, ne contiennent aucune trace du grave et triste incident de sa carrière que je viens d'avoir l'honneur de vous retracer. Ces documents étaient demeurés inconnus ou oubliés dans notre Poitou, malgré la publication ordonnée par la sentence de 1506. Vous
200 TORTURE d'un MAITRK DE LA MONNAIE.
penserez peut-être que Timpartiale histoire devait rapprocher un jour les précieuses constatations de nos archives municipales, des révélations inattendues des registres du Parlement, de la Cour das monnaies, et des inépuisables richesses déposées dans les Archives nationales de la France.